L’avènement des maîtres de la soie en France (1ère partie)

L’arbre d’or1  

« Cet arbre, est pour l’homme un des plus utiles qui existe ». C’est en ces termes que l’agronome français, Olivier de Serres 2 va proposer l’élevage du ver à soie à Henri IV.

Les feuilles de cet arbre va servir à alimenter le ver à soie ; un papillon appelé Bombyx mori qui n’existe pas dans la nature et domestiqué par l’homme. 

Pour comprendre ce projet incroyable, revenons plusieurs siècles en arrière. 

Comment l’élevage du ver à soie est-il arrivé jusqu’en Occident ?

L’activité de la soie en Chine, est datée de 1500 avant notre ère, sous la dynastie Zhou3 l’élevage du Bombyx mori prend son essor. La sériciculture vient de naître.

Au VIè siècle, l’empereur d’Orient, Justinien4 dépêche deux moines en Asie, pour connaître le secret de la production de la soie. A leur retour, les deux moines dissimulent dans leur bâton en bambou, des vers à soie. Le secret était dévoilé ! Mais la production de l’Occident ne mis pas un terme au commerce avec la Chine qui utilisait la soie5 comme monnaie d’échange avec les étrangers.

Quel pays européen développa l’industrie de la soie ? 

L’industrie de la soie en Europe trouve son origine en Italie. « En 1309, le pape Clément V, français d’origine, fuit l’Italie et transfère le Saint-siège à Avignon. Les artisans Italiens apporteront l’industrie du moulinage6 en 1466, à Avignon, le Forez et Lyon en 1537. Les premiers moulins portent le nom de piémontais (Région située au nord-ouest de l’Italie). 

C’est sous l’impulsion de l’agronome Olivier de Serres, que la sériciculture française prendra réellement son essor au XVIIè siècle. 

La production de la soie va être encouragée en plantant des mûriers. La motivation de la cour de France, est de vouloir disposer de production de soie suffisante et à faible coût. Le lieu devait être choisi en fonction de l’élevage du ver à soie, là où il peut se développer. Malgré la misère, les épidémies et les guerres de religion incessantes, le royaume de France sous Henri IV, était un des plus peuplés d’Europe. Avantage indéniable pour la reconstruction du pays. 

Mais pourquoi avoir choisi la région Rhône-Alpes pour créer l’élevage du ver à soie ?

Les objectifs assignés par le pouvoir royal eurent le mérite d’être clairs et soutenus par de remarquables conseillers. Barthélémy de Laffemas, qui présenta au roi un vaste programme mercantiliste de développement du commerce et manufactures, anima la commission du commerce et participa à l’établissement de nombreuses manufactures, verreries, tissages de toiles et de la soierie. Les riches marchands et financiers furent mis à contribution. Le roi Henri IV donna l’exemple, en faisant distribuer à ses frais, le livre « le Théâtre de l’Agriculture de Olivier de Serres ». Les manufactures aidées par les subventions et des primes, concurrencèrent les importations coûteuses de soieries, de draps d’or et d’argent. 

Si pour Paris, Orléans et Tours, le projet fut un fiasco, c’est un succès en Languedoc et en Dauphiné qui permirent les progrès des soieries lyonnaises. 

Un hiver très rigoureux dans les Cévennes, mis à mal les châtaigneraies qui périrent à cause du gel. La récolte des châtaignes qui engendrait une économie de subsistance cèdent la place aux mûriers qui suscita une économie de marché et donnèrent un essor important à la sériciculture. 

Recherches sur le sujet et liens de J. Baby ainsi que le montage vidéo.

  1. Le mûrier appelé ainsi au XVIè siècle, le nom scientifique « Morus alba », originaire de Chine.
  2. Olivier de Serres (né en 1539, mort en 1619), l’auteur d’un écrit « Théâtre de l’Agriculture », édité en 1600 sous l’impulsion de Henri IV, roi de France.
  3. Dynastie Zhou, XIè siècle avant notre ère.
  4. Justinien succède à son oncle Justin 1er en 527. Il entreprend de reconstituer le grand empire romain. 
  5. La soie Jin, son prix est égal à celui de l’or.
  6. Le moulin sert à augmenter la résistance de la soie pour être tissée, en lui faisant subir une torsion.