Les transformations des jardins de la ville de Paris

Première Partie –

Les jardins paysagers de France, les jardins publics et scientifiques émanent des grandes transformations de la ville de Paris, réalisées dans l’esprit des Lumières par les architectes-paysagistes.

Les architectes-paysagistes s’inspirent de la question d’art, en l’alliant à la nature, basées sur des principes précis, créant des effets harmonieux, en mettant en valeur la nature environnante.

Paris a été précurseur pour la création de jardins publics, notamment, le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes mais aussi, les squares dans les quartiers parisiens, les parcs et promenades dans la capitale, qui recèlent des trésors. 

L’histoire des jardins liée à l’histoire de la France

C’est au XVIIIè siècle que Dufresny1 inaugura les jardins paysagers, que l’Angleterre adopta avec empressement. La France mettra un coup d’arrêt à la création des parcs et jardins, imposé par les événements politiques. En 1855, un nouvel essor est donné par l’instruction et les ressources de l’horticulture, précédé par les innovateurs tels que Charles de L’Ecluse ou Clusius2, Claude Mollet3, Bernard  Palissy4, Olivier de Serres5, et Le Nôtre6.

La genèse des jardins en France, voit son développement à partir de la Renaissance (XVIè siècle), époque de renouveau artistique et de progrès. C’est sous l’impulsion de François 1er, qui avait la passion pour les jardins, que fut créer ceux de Chambord, de Fontainebleau et de Saint Germain en Laye.

Si Le Nôtre répondait aux besoins du roi Louis XIV à Versailles, au XVIIIè siècle, les idées démocratiques opéreront un changement radical dans l’art des jardins, répondant mieux aux besoins d’une société en pleine mutation ; les espaces se réduisent ainsi que les moyens économiques, mais le développement intellectuel des classes moyennes auront un impact considérable sur le style paysager des jardins. Longtemps attribué à William Kent7, il serait plus juste d’y voir les idées de Charles Rivière Dufresny.

Dufreyny est né à Paris en 1648, il était au service de Louis XIV en tant que valet de chambre auprès du roi. Dufreyny se passionna pour les arts, la peinture et les jardins. Il admirait les sites irréguliers et multipliait les vues en les divisant par des obstacles, pour mieux les franchir et variait les scènes le plus possible. Il obtint le titre honorifique d’intendant des jardins, puis par brevet du 21 septembre 1700, reçut le titre de dessinateur des jardins du Roi.  

Après les premières créations de Dufreyny, il faut attendre 1760, pour voir apparaître l’art des jardins-paysagers en France. C’est l’époque où la littérature et les idées des Lumières dominent l’Europe. Notamment, l’Allemagne témoigna un grand intérêt pour l’art des jardins français avec Sckell8. La Russie se dota des principes de Le Nôtre avec ses plans dessinés pour l’Allemagne, la Suède et l’Espagne, qui concouraient à la célébrité de son nom en Europe. Le Blond9, son élève, créa les jardins d’été de Saint Pétersbourg et celui de Peterhof.

En France, après la révolution sur l’art du jardin, on voit surgir de nouvelles idées. C’est André Thouin10, fils de Jean André Thouin qui dirige en 1764, l’école botanique où il s’occupe de l’acclimatation des plantes exotiques ; il enseigna l’horticulture et la botanique. Son fils, Gabriel Thouin11, inaugure le nouveau style. Il publie en 1819, le résultat de ses travaux : « Plans raisonnés de jardins ». Il donne à voir pour la première fois, une large part aux vues, combine les scènes en formant un cadre.

Les transformations de la ville de Paris et ses jardins publics

Dans les parcs du XVIè jusqu’au XVIIIè siècle, les promenades étaient particulières, seul un très petit nombre de privilégiés pouvaient y pénétrer, tels que les Tuileries, le Palais Royal, le jardin du Luxembourg, le Jardin des Plantes, appelé sous l’Ancien régime, « Jardin du Roi ».

Les transformations de Paris et des villes de province sont indissociables des événements politiques, économiques et sociales des années 1848 à 1870, rendus lisibles sous la plume d’illustres écrivains comme Honoré de Balzac12 ,Victor Hugo13, Gustave Flaubert14, Emile Zola15  qui ont immortalisé ces événements. Ils mettent en lumière les soubresauts d’une vieille monarchie et d’une république encore empreinte de sa jeunesse. 

Les parcs et jardins créés entre 1850 et 1860 sont le reflet de cette société en pleine mutation, imprégnée de romantisme, de grandeur, et d’histoires d’hommes. Artisans architectes-paysagers, ouvriers et ingénieurs ont su magnifier par leur travail, un environnement malade et meurtri par l’industrie du XIXè siècle. En 1855, d’importants travaux  sont entrepris par les Frères Bühler16 et bien d’autres architectes-jardiniers qui allèrent transformer les jardins de la ville de Paris, de Lyon et d’autres villes de province.

Le Bois de Boulogne

C’est sous Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, que va sortir de terre les jardins publics de Paris. D’abord, le Bois de Boulogne devint la promenade préférée des parisiens et des étrangers : se montrer au Bois de Boulogne était une obligation pour tout une classe de la Société. La promenade devenue de plus en plus fréquente, l’Etat français céda le Bois à la ville de Paris, qui se chargea de l’embellir. Deux millions de travaux furent exécutés. Le paysagiste Louis-Sulpice Varé17 en dessina les plans. Il fit creuser les lacs, qui constitue la scène la plus grandiose du bois. 

Son successeur Jean-Pierre Barillet-Deschamps18, continue l’oeuvre d’après le plan général dressé par Jean-Charles Alphand19 qui créa l’école moderne des architectes-paysagistes. La métamorphose en vaste jardin paysager présentait des difficultés ; on a comparé le plan ancien avec le nouveau plan, cette méthode donne d’excellentes indications ; on a fermé au moyen de plantations d’arbres et d’arbustes forestiers, les allées droites sont supprimées, en isolant et en mettant en vue les plus beaux arbres, les lignes droites des pelouses ont été égayées par des plantations sur les lisières ; par les distribution de groupe d’arbres, variés de port et de feuillage, formant un scène harmonieuse, nous retrouvons les principes de l’art paysager. Le Bois de Boulogne est toujours fréquenté de nos jours. Les pelouses sont prises d’assaut le week-end, on y vient pique-niquer en famille, faire la sieste ou faire du sport.

Le Bois de Vincennes

Situé à l’Est de Paris, ce bois fut tout d’abord une réserve de chasse pour le roi, il était entièrement clos en 1183, on y trouvait des cerfs, des chevreuils et des daims introduits par Henri II, roi d’Angleterre. A cette époque, fut bâti le château de Vincennes, résidence favorite des rois de France. St Louis y rendait la justice sous le chêne légendaire. Son fils, Philippe III Le Hardi s’y maria en 1214 et agrandit le Parc. Charles V, acheva le donjon et acheta une partie des bois. En 1792, Vincennes devint domaine de l’Etat. Sa superficie totale est de 904 hectares situé sur le territoire de sept communes différentes. 

En 1858, commence une grande transformation et en 1860, le terrain est vendu à la ville de Paris. On fait appel à Barillet-Deschamps, architecte-paysagiste, qui a déjà fait ses preuves dans les transformations de la capitale, il va façonner le Bois de Vincennes de façon magistrale. La promenade de Saint-Mandé et de Daumesnil est créée ; le terrain et les ressources naturelles se prêtent bien aux effets pittoresques, tout en harmonie avec le Bois de Vincennes.

Le Lac des Minimes

On creusa dans l’ancien enclos des Minimes20, un lac de huit hectares au milieu duquel trois grandes îles furent aménagées ; une allée de chênes séculaires porte le nom de route de beauté qui conduit à un carrefour. Au gré de notre promenade, nous arrivons devant une cascade qui se jette dans la rivière de Joinville, qui prend naissance dans le lac de Gravelle. Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes. Cette partie du Bois de Vincennes qui s’étend de Joinville à Nogent et à Fontenay, date de l’ancien bois tel qu’il devait être avant les transformations. A l’orée du bois, un restaurant porte le nom de la Porte jaune, ancien enclos des Minimes. 

 “Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes…”

Sources : BNF

Jardins et Parcs publics, le style paysager, par E. Deny, Architecte-paysager, 1893.Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, par Gabriel Thouin, 1820.L’art des jardins, par Edouard André, 1879.

L’art des jardins sous le Second Empire, par J.P. Barillet Deschamps. 

Théâtre de Dufreyny, par Georges d’Heylli, Paris 1882.

Notes et références (cliquer sur le lien du site) :

  1. Né en 1648 à Paris, meurt le 6 octobre 1724, dessinateur des jardins royaux ; dramaturge, journaliste et chansonnier.
  2. Né en 1526 à Arras, mort en 1609 à Leyde, Pays-Bas. Médecin et botaniste, créateur des jardins botaniques d’Europe à Leyde, fondateur de l’horticulture.
  3. Né en 1557, mort en 1647. Jardinier, dessinateur de jardins. Ouvrage « Théâtre des plans et jardinages » (1652). https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/10964-theatre-des-plans-et-jardinages?offset=2 (Institut National de l’Histoire de l’Art).
  4. Né en 1510, meurt à Paris à la Bastille en 1590. Potier, émailleur, peintre, artisan, verrier, écrivain et savant français.
  5. Né à Villeneuve-de Berg en 1539, meurt le 2 juillet 1619. Agronome français, écrivain, ouvrage « Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs ». 
  6. Né le 12 mars 1613 à Paris, meurt le 15 septembre 1700. Jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700.
  7. Né en 1685 à Bridlington, Royaume-uni, meurt le 12 avril 1748 à Burlington House, à Londres. Peintre graveur britannique, Architecte-paysagiste. 
  8. Né le 13 septembre 1750 à Weilbourg, meurt le 24 février 1823 à Munich. Artiste-peintre des Beaux-Arts, paysagiste, introduit le style paysager dans les jardins de Sans, Souci, Potsdam (Allemagne). 
  9. Né en 1679 à Paris, meurt le 10 mars 1719 à Saint Pétersbourg en Russie. Architecte du Roi, Louis XIV.
  10. André Thouin, fils de Jean André Thouin, né le 10 février 1747 à Paris, meurt le 27 octobre 1824 à Paris. Botaniste collabore à l’Encyclopédie méthodique, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle au jardin du Roi.
  11. Gabriel Thouin, né en 1754 à Paris, meurt le 9 mars 1829. Paysagiste, Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle au jardin du Roi. illustre représentant de l’ère pré-romantique du jardin anglais. Dans la préface de son ouvrage, « Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, cultivateur et architecte de jardins » (1819-1820), il rappelle que les jardins nommés « anglais » sont des principes établis en France, par Dufresny. « Les plans que Dufresny présenta à Louis XIV, des vastes jardins de Versailles, de Meudon, et de Saint-Germain en Laye, suffisent à lui assurer l’autorité sur ses concurrents ». 
  12. Ecrivain, né le 20 mai 1799, et meurt le 18 août 1850.
  13. Poète, dramaturge, écrivain, romancier, né le 26 février 1802 et meurt le 22 mai 1885 à Paris.
  14. Ecrivain, né le 12 décembre 1821 et meurt le 8 mai 1880.
  15. Ecrivain et journaliste, né le 2 avril 1840, et meurt le 29 septembre 1902.
  16. Les Frères Bühler : Denis, né le 22 avril 1811 à Lahr en Allemagne, mort en 1890, à Lausanne en Suisse ; Eugène, né le 4 décembre 1822 à Clamart en France, et mort en 1907, à Paris. Architectes-paysagistes français. Créateurs de nombreux parcs et jardins, notamment le parc de la Tête d’or à Lyon en 1857 et les jardins historiques de Tours (« Laissez-vous conter les jardins historiques », document téléchargeable).
  17. Né le 15 mai 1803 à Saint-Martin-du-Tertre (Oise), en France, meurt le 16 mai 1883 dans la même commune. Créations des jardins des Etournelles, dans l’Oise.
  18. Né le Le 7 juin 1824 à Saint Antoine du Rocher, meurt à Vichy, le 12 septembre 1873. Jardinier en chef du Service des Promenades et des Plantations de la Ville de Paris. Création du Jardin du Luxembourg, du Parc Monceau, du Parc des Buttes-Chaumont, du Parc Montsouris, le Square du Temple et le Square des Batignolles. Création d’une école d’horticulture « Le fleuriste » à Paris.
  19. Né à Grenoble, le 26 octobre 1817, et meurt à Paris le 6 décembre 1891. Ingénieur des Ponts et Chaussées français. Ouvrage de J.C. Alphand : « Les promenades de Paris ».

20. Octroi supprimé par arrêt du conseil d’Etat le 17 mars 1784.


L’avènement des maîtres de la soie en France (1ère partie)

L’arbre d’or1  

« Cet arbre, est pour l’homme un des plus utiles qui existe ». C’est en ces termes que l’agronome français, Olivier de Serres 2 va proposer l’élevage du ver à soie à Henri IV.

Les feuilles de cet arbre va servir à alimenter le ver à soie ; un papillon appelé Bombyx mori qui n’existe pas dans la nature et domestiqué par l’homme. 

Bombyx mori

Pour comprendre ce projet incroyable, revenons plusieurs siècles en arrière. 

Comment l’élevage du ver à soie est-il arrivé jusqu’en Occident ?

L’activité de la soie en Chine, est datée de 1500 avant notre ère, sous la dynastie Zhou3 l’élevage du Bombyx mori prend son essor. La sériciculture vient de naître.

Au VIè siècle, l’empereur d’Orient, Justinien4 dépêche deux moines en Asie, pour connaître le secret de la production de la soie. A leur retour, les deux moines dissimulent dans leur bâton en bambou, des vers à soie. Le secret était dévoilé ! Mais la production de l’Occident ne mis pas un terme au commerce avec la Chine qui utilisait la soie5 comme monnaie d’échange avec les étrangers.

Quel pays européen développa l’industrie de la soie ? 

L’industrie de la soie en Europe trouve son origine en Italie. « En 1309, le pape Clément V, français d’origine, fuit l’Italie et transfère le Saint-siège à Avignon. Les artisans Italiens apporteront l’industrie du moulinage6 en 1466, à Avignon, le Forez et Lyon en 1537. Les premiers moulins portent le nom de piémontais (Région située au nord-ouest de l’Italie). 

C’est sous l’impulsion de l’agronome Olivier de Serres, que la sériciculture française prendra réellement son essor au XVIIè siècle. 

La production de la soie va être encouragée en plantant des mûriers. La motivation de la cour de France, est de vouloir disposer de production de soie suffisante et à faible coût. Le lieu devait être choisi en fonction de l’élevage du ver à soie, là où il peut se développer. Malgré la misère, les épidémies et les guerres de religion incessantes, le royaume de France sous Henri IV, était un des plus peuplés d’Europe. Avantage indéniable pour la reconstruction du pays. 

Mais pourquoi avoir choisi la région Rhône-Alpes pour créer l’élevage du ver à soie ?

Les objectifs assignés par le pouvoir royal eurent le mérite d’être clairs et soutenus par de remarquables conseillers. Barthélémy de Laffemas, qui présenta au roi un vaste programme mercantiliste de développement du commerce et manufactures, anima la commission du commerce et participa à l’établissement de nombreuses manufactures, verreries, tissages de toiles et de la soierie. Les riches marchands et financiers furent mis à contribution. Le roi Henri IV donna l’exemple, en faisant distribuer à ses frais, le livre « le Théâtre de l’Agriculture de Olivier de Serres ». Les manufactures aidées par les subventions et des primes, concurrencèrent les importations coûteuses de soieries, de draps d’or et d’argent. 

Si pour Paris, Orléans et Tours, le projet fut un fiasco, c’est un succès en Languedoc et en Dauphiné qui permirent les progrès des soieries lyonnaises. 

Un hiver très rigoureux dans les Cévennes, mis à mal les châtaigneraies qui périrent à cause du gel. La récolte des châtaignes qui engendrait une économie de subsistance cèdent la place aux mûriers qui suscita une économie de marché et donnèrent un essor important à la sériciculture. 

À suivre…

Recherches sur le sujet et liens de J. Baby ainsi que le montage vidéo.

 

  1. Le mûrier appelé ainsi au XVIè siècle, le nom scientifique « Morus alba », originaire de Chine.
  2. Olivier de Serres (né en 1539, mort en 1619), l’auteur d’un écrit « Théâtre de l’Agriculture », édité en 1600 sous l’impulsion de Henri IV, roi de France.
  3. Dynastie Zhou, XIè siècle avant notre ère.
  4. Justinien succède à son oncle Justin 1er en 527. Il entreprend de reconstituer le grand empire romain. 
  5. La soie Jin, son prix est égal à celui de l’or.
  6. Le moulin sert à augmenter la résistance de la soie pour être tissée, en lui faisant subir une torsion.