La Ferme de Maisons-Alfort

La ferme de Maisons-Alfort fut une ancienne dépendance du château de  Réghat1, située aujourd’hui dans le parc du château. L’entrée s’ouvre sur une cour. Le château de style XVIIIe siècle, en pierre de taille, est constitué d’un rez-de-jardin et d’un étage. Le jardin était divisé en terrasses, parterres, potager, melonnière, boulingrin (parterre de gazon), allée de charmilles et de marronniers et un bois de haute futaie dont des arbres de plus de cent ans, le tout clos de murs.  C’était un lieu de chasse pour Louis XV et un lieu de séjour pour la marquise de Pompadour. 

Les propriétaires du château ont été multiples. L’ensemble était composé d’un vaste terrain de 115 hectares dont Pierre de Réghat de Villard fut le premier propriétaire. En 1817, le château et le parc sont revendus à M. Lecouteux qui cède à son tour la propriété à MM. Colin et Merville en 1823. Mais la ferme et les dépendances avec l’ensemble des terres sont conservées par M. Lecouteux. En 1856, M. Lagoutte rachète l’ensemble du domaine et revend le château et le parc en 1872 au baron de Springer, qui installera une distillerie de grains et de levure dans une partie du parc et des jardins. Encore aujourd’hui, l’usine Springer est toujours en activité à Maisons-Alfort.

Depuis 1979, le château de Réghat est classé à l’inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et accueille le Musée d’histoire locale depuis 2003. Le château de Réghat est le seul témoin de ces belles demeures-résidences, proche de Paris, de la fin du XVIIIè siècle.

En 2016, sur les  terrains inoccupés du parc est inaugurée la ferme de Maisons-Alfort selon les plans de 1820. Les visites de la ferme sont pédagogiques, l’ouverture au public a lieu tous les mercredi et le week-end (voir vidéo ci-dessous).

Une belle initiative de la Commune de Maisons-Alfort.

Un autre château, du nom de château d’Alfort, appartenait au baron de Bormes, il vend le château au roi en 1765, qui fait venir Claude Bourgelat2 de l’Ecole vétérinaire de Lyon pour y établir l’Ecole Royale vétérinaire de Paris. Son administration est confiée au directeur et aux professeurs de l’école, installée sur 124 hectares. En 1782, Daubenton3, naturaliste et auteur d’un ouvrage « Instruction pour les Bergers et pour les propriétaires de troupeaux », est nommé professeur d’économie rurale3 à l’école Royale.

Des bâtiments sont construits pour abriter les animaux très variés dont on voulait entreprendre l’élevage : ménagerie, vacherie, bergerie, garenne, volière, viviers etc. On acheta la ferme de Maisonville, qui fut confiée à Daubenton. Elle était constituée d’un logement pour le fermier, de remises, d’écuries, de bergeries, d’étables, de granges, d’un colombier et d’un jardin potager et d’un verger. Une terre labourable et de prés qui environnent le château. Une autre ferme fut construite à la place de la grange, dans le parc de l’école en 1786.

Lucien Bonaparte5 fit transférer à Alfort, le troupeau national de Versailles composé de brebis de différentes races. En 1832, Yvart4 introduit des brebis de la race de Bakewell qui sont croisées avec des béliers, on obtient ainsi des Dishley-mérinos, sous le nom de « race d’Alfort », puis rebaptisé « Ile de France », faisant l’objet de ventes annuelles célèbres dans toute la France.

Des dépenses budgétaires dispendieuses de l’école royale vétérinaire entrainèrent  en 1788, une réduction drastique des dépenses, et il fut question de transférer l’école vétérinaire à Versailles. Un an après, c’est l’assemblée constituante qui accomplit le projet que Necker, (il avait en vain tenté l’établissement des assemblées provinciales), elles se rassemblèrent dans chaque département, et des municipalités  furent instituées dans chaque ville : « il y eu une France au lieu d’une capitale, une capitale au lieu d’une cour ». En 1791, par suite des élections nouvelles, la commune est désignées sous le nom de Maisons-Alfort. La vente de la ferme de « Maisonville » fut ordonnée comme bien national en cette même année. 

EN 1810, la ferme de Maisonville est vendue au baron Rodier. En 1864, la commune de Maisons-Alfort, achète les bâtiments d’exploitation où fut installée l’ancienne mairie, qui devient plus tard le groupe scolaire Parmentier. Le corps de la ferme de « Maisonville » fut rasée en 1920 due à sa vétusté.

L’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort perpétue son savoir et savoir-faire et occupe aujourd’hui un espace de 11 hectares, elle conserve un patrimoine important : le jardin botanique, le parc statuaire, le Musée Fragonard, la bibliothèque… L’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort  a ouvert ses portes pour ses 253 ans d’existence, les 21 au 22 septembre 2019 derniers.

Visite de la ferme pédagogique en vidéo ci-dessus.

Notes et Références :

  1. Pierre de Réghat, Secrétaire de l’Ordre de Malte.
  2. Claude Bourgelat, né à Lyon le 27 mars 1712, meurt à Paris, le 3 Janvier 1779. Fondateur vétérinaire Royale de Lyon en 1762, puis à Maisons-Alfort en 1765. Il publie un ouvrage « Des éléments d’hippiatrique ; il est nommé correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, concepteur de biopathologie comparée. 
  1. Louis-Jean-Marie Daubenton, né à Fain, près de Montbard en Bourgogne, le 29 mai 1716, meurt à Paris en 1800. Garde et conservateur au cabinet du roi situé au Jardin du Roi, aujourd’hui Jardin des Plantes de Paris.
  1. Charles-Auguste Yvart, né le 17 octobre 1798 à Bruges (Belgique). Décédé le 11 novembre 1873 à Boulogne S/Mer, neveu de Victor Yvart (agronome). Vétérinaire, agronome, professeur à l’Ecole d’Alfort, créateur de la race ovine « Ile de France ».
  1. Né le 21 mai 1775 à Ajaccio, Corse du sud, France. Frère de Napoléon Bonaparte. Décédé le 29 juin 1840, à Viterbe en Italie.Homme politique français, député puis président des Cinq-Cents en 1799, ministre de l’intérieur. 

Ouvrages de recherche :

  • Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville depuis les temps les plus reculés, Amédée Chenal, 1852 -1919. BNF.
  • Histoire d’Ecole d’Alfort, A. Baillet et L. Moulé, 1908. BNF.
  • Instruction pour les Bergers et pour les propriétaires de troupeaux par Daubenton, 1792. BNF.
  • Daubenton par Renault Ernest (1830-1903 édition 1883, BNF.