Les maladies infectieuses et la crise sanitaire mondiale

Les maladies infectieuses tuent chaque année 14 millions1 de personnes et 90 % des agents pathogènes actuellement recensés étaient encore inconnus dans les années 80. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (L’OIE), 60 % des 1 400 agents pathogènes humains sont d’origine animale et 75 % des maladies animales émergentes peuvent contaminer l’homme. 

Les zoonoses2 sont des maladies qui se transmettent naturellement des animaux vertébrés à l’homme et vice-versa (définition de l’Organisation mondiale pour la santé en 1959). Si certaines maladies ont une forme clinique humaine anodine, d’autres constituent un danger majeur comme l’influenzia aviaire, plus connue sous le nom H5N1 (grippe aviaire). Cette maladie est apparue à Hong Kong en 1997, s’est développée en Asie du Sud Est, puis s’est étendue vers l’Ouest avant de toucher la France, en février 2006. Les craintes d’une pandémie était présente, car la forme hautement pathogène de l’agent viral évoquait la grippe de 1918, le virus H1N1 (appelée grippe espagnole) qui avait fait 40 millions de morts en Europe.

Une des pandémies du XIXè siècle, le choléra.

Le Centre d’études et de prospective en 2014, analysait clairement les causes et l’évolution des maladies zoonotiques infectieuses et les méthodes de prévention et de lutte contre celles-ci. Elle met en évidence les facteurs d’émergence et de réémergence des zoonoses. Facteurs qui favoriseraient le développement de ces maladies dans les prochaines années. 

Histoire et évolution des maladies infectieuses et leur gestion

La première pandémie est la peste noire qui, de 1349 à 1351, a tué 30 % de la population en Europe, soit 25 millions de personnes. Ce sont les navires partis d’Extrême Orient, qui ont importé la bactérie Yersinia pestis. Le découvreur Yercin a été vivre au Vietnam et lors de la 3è pandémie de peste, il a rejoint Hong Kong où la peste sévissait. Il a pu identifié le bacille de la peste qui porte son nom. Le dernier cas de peste en France, date de 1946. 

Cependant, la peste noire est au niveau mondial, un enjeu de santé publique, dans certaines régions, jusqu’en 2005, elle était répertoriée dans le règlement sanitaire international de l’OMS, pour éviter les risques infectieux mondiaux ; les deux autres maladies répertoriées étaient la variole et la malaria (fièvre jaune). 

Depuis 2000, la peste a été signalée en Russie, en Chine, aux Etats-Unis et en Afrique. Les animaux porteurs de cette maladie sont les écureuils, les marmottes et les gerbilles. Les rats sont un relais secondaire vers l’homme.

Les conséquences de la peste noire du XIVè siècle ont été aggravées par le manque de police sanitaire. Des mesures ont été prises progressivement, le principe de la quarantaine des navires en 1377 à Raguse (actuellement Dubrovnik)3. La France va appliquer ce principe à partir du XVIIIe siècle. La peste de Marseille de 1720 est circonscrite, elle fit 100 000 victimes. 

La gestion des principales maladies animales en France, a progressé avec la création des écoles vétérinaires à partir de 1761, dont l’objectif était de lutter contre les maladies du bétail, l’élevage des animaux touchés par des épizooties5 et de soigner les chevaux qui servaient encore à de nombreux besoins. Le deuxième objectif, était d’instaurer des mesures visant à protéger l’homme. 

Louis Pasteur et ses travaux, à la fin du XIXè siècle.

Au XIXè siècle, Les maladies infectieuses, notamment celle du charbon qui se transmet au bétail est découvert par Louis Pasteur. Cet éminent chercheur (chimiste de formation) va marquer son siècle par ses découvertes. Il fait adopter des règles d’hygiène médicale car trop de patients mourraient par manque d’hygiène, et enfin, il élabore un vaccin contre la rage qui sévit dans le monde. 

Louis Pasteur élabore un vaccin contre la rage.

En 1851, la 1ère conférence internationale organisée à Paris sur le choléra, va faire une avancée sur les mesures à prendre au niveau mondial. La loi de 1881 est promulguée sur la police sanitaire des maladies animales , elle fixe les mesures à appliquer en cas d’infections ; les services vétérinaires en 1901, mettront en oeuvre le principe de surveillance sanitaire animale et humaine dans tous les départements.

En 1924, l’Office international des épizooties, devient en 2003, l’Organisation mondiale de la santé animale, elle compte 180 Etats membres, en 2020. Cette organisation joue un rôle essentiel dans la protection contre les maladies de type zoonotique.

A la fin du XXè siècle, une politique de prévention sanitaire et vaccinale est conduit et aboutit à une éradication de grandes maladies de l’élevage, la tuberculose et la brucellose. Cette situation a permis à la France de satisfaire aux mesures de prophylaxie sanitaire comme l’isolement et l’abattage du bétail au niveau de la politique de l’Union européenne. Au niveau mondial, nombre de pays ne peuvent pas appliquer ces mesures pour des raisons logistiques et économiques. 

Emergences de nouvelles maladies infectieuses

En 1918-19, pendant la Première guerre mondiale, une deuxième pandémie voit le jour, c’est la grippe « espagnole «, qui porte mal son nom . Cette grippe vient probablement de la faune aviaire ; les premières traces proviennent des camps américains, des soldats sont porteurs de la grippe, elle fait des ravages en Europe, puis dans le monde, on estime à 40 millions de personnes décédées de cette grippe.  

Dans les années 80, de nouvelles maladies humaines surgissent, notamment le SIDA en 1970 (il faut 10 ans d’incubation pour l’émergence de ce virus), a pour origine un animal, le chimpanzé, transmis à l’homme d’Afrique centrale pour s’étendre à l’ensemble de la planète. En 2002, le SRAS, il vient du Sud-Est de la Chine, dans des restaurants qui vendaient des nourritures exotiques : les civettes palmistes masquées ; elles étaient infectées par le coronavirus du SRAS, qui a leur tour infestaient les clients et les cuisiniers qui travaillaient à la préparation de l’animal.

A noter que le SIDA et le SRAS, ne sont pas considérés comme des zoonoses, c’est l’adaptation virale qui est en cause, la contamination est strictement humaine et non animale. 

D’autres infections liées au coronavirus sont apparues chez des personnes ayant séjourné au Moyen Orient, le MERS serait lié à un double réservoir animal, la chauve-souris et le dromadaire. Certaines maladies sont zoonotiques comme l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) apparue d’abord au Royaume-Uni en 1980, puis nouvelles crises en 1996 et 2001. Des grippes d’origine animale, la grippe aviaire (H5N1), est apparue en France en 2006 et enfin la grippe mexicaine (H1N1), d’origine porcine en 2009. Le virus de la grippe peut se réassortir de gènes et circule dans la faune aviaire et la faune porcine, des mélanges peuvent se faire entre virus, il y a alors réassortiment de gènes, un nouveau virus émerge et nous n’avons pas de protection immunitaire contre ce nouveau virus, une pandémie est possible, un tiers de la population mondiale est infectée à chaque réémergence des maladies infectieuses.

L’Organisation mondiale de la Santé et la veille sanitaire

En 2005, l’OMS tient compte des nouveaux risques infectieux. Le règlement sanitaire international (RSI) fait obligation aux 194 Etats membres de l’OMS, de déclarer les maladies comme étant d’importances internationales. Le budget de l’OMS est de 4,625 Milliards d’Euros en 2020. Le fonctionnement de cette veille nécessite une coordination efficace des politiques sanitaires au niveau national, européen et mondial, entre les structures dédiées aux animaux et aux hommes. Le mode de contamination de l’animal à l’homme est variable selon les zoonoses : contact direct ou transmission via un support passif (air, eau, alimentation) ou actif (un vecteur).

Les circonstances du passage de l’animal à l’homme diffèrent également selon qu’il s’agit de la faune sauvage ou domestique. L’émergence et de la propagation de la maladie zoonotique des animaux d’élevage ou d’animaux domestiques, les 3/4 des contaminations zoonotiques7, sont liées à la faune sauvage qui croît en zones tropicales. Autre élément, la présence d’un animal sauvage, réservoir intermédiaire qui contamine un animal domestique est un phénomène souvent relaté.

Les différents facteurs favorisant le développement des maladies zoonotiques

A l’échelle mondiale, le premier facteur, est le développement des maladies zoonotiques qui se font par l’augmentation de la population mondiale, elle a été multipliée par quatre, de 1,5 au XXè siècle, elle est passée à  7 milliards d’hommes au XXIè siècle. Le flux des populations, d’animaux et de marchandises, facilitant l’apparition de germes, comme le moustique tigre, Aedes albopictus, originaire d’Asie du Sud-Est, qui aujourd’hui à élu domicile dans 15 départements de la France, en 20138. Dans l’hémisphère Sud, l’urbanisation intensive et mal régulée s’accompagne du développement rapide d’une population animale urbaine dont l’hygiène sanitaire est peu contrôlée, favorisant les zoonoses. 

Les conflits politiques et territoriaux constituent un deuxième facteur important, qui engendre des mouvements de population et désorganisent les programmes médicaux et sanitaires. Le troisième  facteur, est l’évolution de l’environnement qui entraîne un important risque zoonotique et enfin, le réchauffement climatique favorise le développement en régions tempérées de certaines maladies auparavant connues que dans les pays chauds, comme la maladie de West-Nile, contracté par les chevaux et les hommes, portée par les oiseaux. L’intensification de la production agricole peut être un réservoir des maladies zoonotiques9

D’autres facteurs interviennent, les élevages industriels qui cumulent un grand nombre d’animaux et des des contacts étroits, pourraient être un facteur favorisant la contamination liées à l’inhalation ou à des contacts liés avec les liquides biologiques10. La déforestation qui accompagne le développement agricole dans les zones tropicales, pourraient accroître les risques de contamination. Le virus Nipah en 1998, en Asie du Sud-Est s’est traduit par des épisodes infectieux chez les porcs et les humains, dont l’origine est la contamination des porcs par des chauve-souris chassées de leur habitat naturel. 

De 1940 à 2004, on a dénombré, 350 nouvelles maladies11 et selon une récente revue scientifique, plus de 320 000 nouveaux virus pourraient être découverts chez les mammifères12.

Des stratégies pour lutter contre les maladies infectieuses et zoonotiques

D’abord les progrès scientifiques et technologiques, mais aussi le développement socio-économique de zones à risques (Afrique et certaines zones d’Asie) nécessite plus de moyens aux politiques de surveillance et de lutte contre les maladies infectieuses. Une meilleure coordination internationale auraient des effets positifs pour la maîtrise des risques de contamination13

La tendance dans les prochaines années est de voir la fréquence des zoonoses s’accroître,  il dépend des capacités des réactions des Etats et de la Communauté internationale à réagir efficacement, ainsi cette conjecture progresserait plus vite que les risques de zoonoses, la situation serait maîtrisée et contrôlée. 

Dans le cas contraire, l’insuffisance de contrôle des zoonoses conduiraient à des tensions entre Etats et au sein des Etats, entre les différents acteurs, engendrait une crise des internationales, Chine, Etats-Unis, Europe. 

La pandémie mondiale que nous vivons actuellement fait écho à la dernière situation exposée ci-dessus. Des réactions diverses de la part des Etats, ceux qui prônent l’isolement contraint et abouti à une crise économique mondiale, ou une prise de conscience que cet enjeu constitue un « bien public mondial », qu’une véritable stratégie de lutte contre les zoonoses serait à mettre en place, une surveillance accrue par les instances internationales et les moyens pour faire face à cette menace. Les modes d’organisation et de régulation pourraient être divers et adaptables. La maîtrise des risques zoonotiques dépendra  de l’évolution combinée des différents facteurs de ces risques, que de la réalisation de ces risques et, enfin, des stratégies déployées par les acteurs, entre coopération et isolement. 

Le rôle des organisations mondiales, mais aussi des Etats et organisations publiques et privées sera primordiale pour maîtriser la situation épidémiologique des pays concernés. D’où la nécessité de renforcer la transparence, notamment la Chine qui avait tardé de déclarer des cas de grippe aviaire (en 2003), du SRAS (en 2002) et du Covid-19, en janvier 2020. L’OMS face au danger a manqué de réactivité pour déclarer une « urgence sanitaire mondiale » pour le cas du Covid-19. La veille sanitaire doit être renforcée pour plus d’efficacité afin d’éviter une nouvelle pandémie dans le futur. Et une coopération internationale doit être soutenue en matière de recherche médicale, pour pallier le manque de médicaments anti-infectieux et dont les coûts devraient être maîtrisés dans le but est d’abord de protéger et de soigner l’ensemble des populations dans le monde. 

Sources

– Extraits du Rapport de Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective, Analyse Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, n°66, Javier 2014 « zoonoses émergentes et réemergentes : enjeux et perspectives ». 

– Conférence de Arnaud Fontanet, médecin-chercheur épidémiologiste, Professeur au CNAM et à l’Institut Pasteur, détenteur de la chaire de santé publique au Collège de France, membre du conseil scientifique pour la gestion de la pandémie du Covid-19.

Références

  1. Keller F. 2012, les nouvelles menaces des maladies infectieuses « émergentes, Rapport du Sénat n° 233, p.2.
  2. Terme créé en 1855 par le médecin allemand Rudolf Wirchow.
  3. Debré P., Gonzalès J.P, 2013 « Vie et mort d’épidémies, éd. Odile Jacob.
  4. Fondateur Claude Bourgelat (1712-1779).
  5. Une maladie qui frappe une région, une espèce animale ou un groupe d’espèces.
  6. Moutou F. 2007, La vengeance de la civette masquée, d’où viennent les nouvelles épidémies.
  7. Jones K.E., 2008, Revue Nature, n° 451.
  8. Maladies virales émergentes, Bulletin de l’Institut Pasteur n° 48, 2006.
  9. Armelagos G-J., et al 1996, National Museum of Natural History, Bulletin for teachers, vol. 18, n° 3, Fall 1996.
  10. Brasseur G., Vaudoux D. 2008, les zoonoses, un risque pluriel.
  11. Debré P. , Gonzalès I.P, op. cit.
  12. Anthony S.I. et Al, 2013.
  13. Rapport du Sénat, Keller, 2012, op. cit.