Sauvetage de Notre-Dame de Paris

L’opération de sauvetage de Notre Dame de Paris

La structure de la cathédrale parisienne, fragilisée par le brasier et l’eau pour éteindre l’incendie, devra subir une importante opération de sécurisation et de consolidation, avant de passer à l’étape du diagnostic.

Déblayer les gravats sans gêner l’enquête, achever la pose du parapluie pour protéger l’édifice, démonter les vitraux pour faciliter la pose d’une double rangée de poutres au-dessus et en deçà de la voûte…La sécurisation de Notre Dame de Paris partiellement détruite par un incendie le 15 avril s’avère aussi délicate que longue.

Cet indispensable préambule à la phase du diagnostic ne sera pas achevé avant l’été. «On est toujours en phase de sécurisation et de protection des biens, il faudra au moins 4 mois», a estimé lors d’une conférence de presse Frédéric Létoffé, président du Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), qui regroupe environ 200 entreprises. Actuellement 80 personnes sont mobilisées pour cette phase initiale, tant pendant la journée que la nuit.

Concrètement, la sécurisation de Notre-Dame a d’abord consisté en la mise en place d’un parapluie, achevé quelques jours après l’incendie pour protéger le site des intempéries. Puis commencera un long travail particulièrement minutieux. Il s’agira en effet de mettre en place un vaste réseau de poutres au-dessus et en dessous des voûtes de l’édifice. Cette structure devra prévenir les éboulements, toujours redoutés. «Elles vont rester un certain temps parce qu’elles vont aussi servir (…) d’accès pour travailler sur les voûtes», a souligné Frédéric Létoffé. Concrètement, plus de 1000 mètres carrés de vitraux seront déposés par des artisans spécialisés.

Prudence sur les délais

Le long et délicat retrait des tonnes de gravats seront soigneusement examinés pour les besoins de l’enquête de police destinée à déterminer les causes de l’incendie. Ensuite seulement débutera la phase de diagnostic pilotée par l’architecte Philippe Villeneuve.

La question des délais de restauration, et la tournure politique qu’elle semble prendre, est toujours traitée avec la plus grande circonspection. «On ne sait pas l’état structurel des voûtes, à la fois à la suite du feu et des arrivées d’eaux destinées à l’éteindre», a indiqué Frédéric Létoffé. Celui-ci est un peu plus optimiste qu’au lendemain de la catastrophe. Juste après l’incendie, il estimait que 10 à 15 ans seraient nécessaires. Désormais, il considère que les délais pourraient être plus courts si, notamment, les procédures administratives étaient facilitées.

Selon l’ingénieur qui avait réalisé un rapport sur les risques d’incendie dans la cathédrale, les parties hautes de la nef pourraient s’effondrer en cas de tempête. «Notre-Dame a réellement perdu de sa capacité de résistance», estime-t-il.

La résistance de la structure de la cathédrale Notre-Dame de Paris à des vents violents a nettement diminué depuis l’incendie qui l’a ravagée, s’est inquiété le professeur Paolo Vannucci, spécialiste de mécanique et bon connaisseur du bâtiment. «On a mesuré une diminution de 60% de la résistance au vent. La structure a changé. Une partie de cette structure n’existe plus, la toiture a disparu, ainsi qu’une partie de la voûte. Cet effondrement d’une partie de la voûte a causé les dommages les plus importants» pour l’équilibre du bâtiment gothique, a souligné à l’AFP Paolo Vannucci, qui est professeur de mécanique à l’Université de Versailles et explique avoir utilisé un modèle numérique pour procéder à des simulations.

L’ingénieur, qui avait réalisé en 2016 un rapport sur les risques d’incendie à Notre-Dame, calcule dans le magazine spécialisé «Batiactu» qu’avant l’incendie, «la vitesse des vents critiques que pouvait supporter la cathédrale était de 222 km/heure» et qu’elle «n’est plus que 90 km/heure aujourd’hui». Il n’a pas exclu « qu’une violente tempête puisse en l’état actuel entraîner l’effondrement d’une partie du clair-étage, c’est-à-dire la rangée supérieure des murs de la nef ornée de vitraux », tout en soulignant qu’il s’agit de simples hypothèses tant que les données précises ne sont pas précisément connues sur l’état de la structure.

«Notre-Dame a réellement perdu de sa capacité de résistance. Les voûtes ont été exposées à des hautes températures, et les pierres et mortiers ont subi des dommages», ce qui fait que «la résistance en compression a été amoindrie», affirme cet expert. La fragilisation du monument doit être évaluée sous toutes les coutures par les experts avant tous travaux. Le feu et l’eau ont eu des effets fragilisants et corrosifs qui peuvent perdurer ou se manifester à long terme. Une des priorités absolues est la mise hors d’eau et le séchage. Le bâchage intérieur et extérieur a débuté mardi.

Cloches électrifiées malgré le risque de court-circuit, long délai pour alerter les pompiers, ouvriers qui fument sur les échafaudages… de nombreuses erreurs ont été commises avant l’incendie du 15 avril, révèle Le Canard enchaîné.

À qui incombe la responsabilité de la catastrophe de Notre-Dame de Paris? Si les enquêteurs pour l’heure retiennent “la thèse accidentelle de destruction involontaire” a été retenue par le Parquet de Paris, des failles de sécurité auraient retardé l’intervention des pompiers, le soir du drame. Le Canard enchaîné, dans son édition de mercredi, révèle que les soldats du feu n’ont été appelés que trente-cinq minutes après la première alerte incendie, contre vingt minutes annoncé officiellement. Ce retard est dû, d’après l’hebdomadaire, à «une série d’erreurs humaines».

Si une première alarme a effectivement retenti cinq minutes après l’alerte du détecteur de fumée, celle-ci a été considérée comme une «fausse alerte». Le régisseur et un agent de sécurité de la cathédrale, envoyés sur les toits pour vérifier la véracité de l’alerte, n’auraient rien trouvé. La faute, selon eux, à un employé du PC sécurité de la société Elitys, qui n’aurait pas correctement indiqué la zone concernée. Contactée par le journal, l’entreprise dément formellement. Finalement, le régisseur et l’agent de sécurité sont parvenus à localiser les flammes à la base de la flèche, avant de prévenir les pompiers, 35 minutes après les premiers signaux du détecteur de fumée.

«Fumer sur les échafaudages»

Concernant la source du feu, la Brigade criminelle privilégierait aujourd’hui «la piste du court-circuit». En cause, «les moteurs des ascenseurs des échafaudages et les boîtiers électriques nécessaires aux travaux». Problème: ces matériaux se trouvaient loin du point de départ de l’incendie. Selon Le Canard enchaîné, des ouvriers, interrogés par la police, ont avoué qu’il leur arrivait de «fumer sur les échafaudages». Une pratique strictement interdite. Sept mégots auraient d’ailleurs été retrouvés sur les lieux. Pour autant, il est «hors de question» que cette négligence soit à l’origine de l’incendie, s’est défendu le porte-parole de l’entreprise Le Bras Frères, Marc Eskenazi.

Des responsables de la cathédrale, interrogés par le journal, ont en outre confirmé que des fils électriques couraient dans les combles du monument, l’exposant à des «courts-circuits». Une pratique interdite par tous les règlements de sécurité. Quant à la flèche, elle abritait trois cloches. Celles-ci ont été électrifiées «au début des travaux de rénovation des grandes cloches des beffrois» en 2012, selon l’hebdomadaire. Malgré la fin des travaux, l’électricité n’aurait pas été coupée. Le jour du drame, les cloches auraient tinté lors des messes de 8 heures, 9 heures, midi et 18h04, soit douze minutes avant la première alerte du détecteur de fumée.

Des colonnes sèches insuffisantes

Autre faille: le plan incendie, mis en place par la direction régionale des affaires culturelles, n’aurait pas été respecté. Ce dispositif prévoyait notamment la mise en place d’un PC sécurité 24h/24, avec deux surveillants payés par l’État. Or, un seul homme était présent et seulement de 8 à 23 heures.

Enfin, les colonnes sèches, censées pouvoir être raccordées en extérieur à une source d’eau, ne permettaient pas de délivrer plus de 200 à 500 litres par minute. «Le débit pour éteindre un départ d’incendie mais pas un brasier de grande ampleur», croit savoir le journal satirique. Cette insuffisance aurait contraint les pompiers à battre en retraite avant de remonter plus tard, armés de lances plus puissantes.

Les travaux de bâchage de Notre-Dame de Paris ont débuté, en commençant par l’intérieur de la cathédrale, en effet, la pluie est tombée deux jours après l’incendie, «Les travaux de bâchage ont commencé, a indiqué à l’AFP le responsable communication de Notre-Dame, André Finot. On va commencer par le chœur, puis la nef».

Les dégradations et les affaissements qu’est susceptible de causer le ruissellement de l’eau sur l’édifice et les œuvres qui s’y trouvent encore sont redoutés, alors que d’importantes quantités d’eau ont déjà été déversées dans l’édifice par les pompiers pour éteindre l’incendie géant du 15 avril.

Comme c’est le cas dans ce type de chantier, une sorte d’immense «parapluie» doit être installé à terme afin de protéger le bâtiment de façon permanente des intempéries, le temps pour les ouvriers d’effectuer les travaux de reconstruction. Cette installation pourrait prendre des semaines.

L’objectif que la reconstruction de la cathédrale soit achevée dans les cinq ans est un délai tenable aux yeux de nombreux experts, mais trop court, selon d’autres, notamment en raison des délais des expertises.

Selon divers architectes interrogés, la phase préalable aux travaux proprement dits devrait être la plus longue et la plus complexe: il faut tout d’abord déblayer, mettre hors d’eau, assainir, enquêter sur les causes du sinistre, consolider les parties fragiles, faire des évaluations sur les travaux souhaitables, puis lancer des appels d’offres, et, pour les entreprises retenues, préparer le chantier (échafaudages, etc.). À cela s’ajoutera le concours international d’architectes pour la reconstruction de la flèche. Ensuite, les technologies modernes devraient permettre de mener à bien le chantier assez rapidement.

Les causes de l’incendie pas encore déterminées

L’origine accidentelle (court-circuit notamment) est privilégiée. Mais la cause pour l’instant n’est pas éclaircie, et les débris calcinés vont être passés au peigne fin à la recherche du moindre indice. La thèse d’une action malveillante paraît très improbable même si elle a été évoquée, notamment dans les partis de droite et d’extrême droite.

Les dédommagements pour les biens détruits lors du sauvetage du bâtiment ont été évoqués. Mgr Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale, avait annoncé son intention de «porter plainte pour destruction involontaire», pour que «les assurances fonctionnent» pour les biens appartenant à l’Église à l’intérieur de l’édifice, a-t-on appris auprès du diocèse.

D’après un article du journal « Le Figaro ».

Un mois après l’incendie de Notre-Dame de Paris, l’opération de sauvetage continue.