La musique et l’amour

La musique pour les Grecs anciens était l’art des Muses : toute science et tout art était considéré  comme une chose agréable. Selon Pythagore, les astres dans leurs mouvements forment une musique céleste et pour Aristote, la musique a une puissance qui agit sur les moeurs.

Au XXe siècle, un professeur d’histoire de la Musique au Collège de France écrit : « la musique reproduit le dynamisme de la vie passionnelle. Elle pénètre dans notre sub-conscient, pour atteindre les ressorts cachés de toutes les passions ». 

Darwin, célèbre naturaliste, associe la musique à l’altruisme et le social, c’est à dire à l’amour, force sociale et aussi force universelle. Darwin place le rôle social de l’amour bien avant l’homme, chez les êtres vivants dont l’homme est le descendant. Il questionne selon ces termes : 

  • Pourquoi la musique a-t-elle un pouvoir d’émotion si troublant ? – 
  • Pourquoi nous remue-t-elle a de si grandes profondeurs ? 

Darwin se fonde si les trois faits suivants :

1- La musique a un pouvoir d’expression, elle traduit l’amour et la joie du triomphe.

2- Dans la saison de reproduction, les animaux font entendre des sons, ils ébauchent même un un chant.

3- Entre les animaux et les hommes, il y a transmission héréditaire.  

Darwin insiste sur les oiseaux. Les mâles qui cherchent à attirer les femelles déploient toutes les ressources qui leur permettent de briller. Ils n’étalent pas seulement la richesse de leur plumage, comme l’oiseau de Paradis qui prend ce que l’on appelle la « parure des noces » ; l’instinct de reproduction le fait artiste : ils chantent. (Voir la vidéo sur les oiseaux de Paradis en Nouvelle Guinée).

Darwin nous livre ses observations : «  le coq se livre à une pantomime curieuse, mêlée de chant ;

Placé sur une branche basse, il dresse les longues plumes de son cou, fait la roue, laisse pendre ses ailes, se gonfle, piétine, tourne les yeux, de façon comique, puis il émet des sons cliquetants et claquetants, lents et séparés, mais de plus en plus rapides ; il continue par un clac très fort, que suit toute une suite de sons, à la fois strident et musicaux…; il finit par un son soutenu, et en même temps ferme les yeux comme enivré de jouissance ». 

Notre philosophe n’hésite pas à écrire, que « l’homme serait l’héritier de l’animal, pour la musique comme pour le reste. Les mélodies seraient un fait initial lié à un des sentiments de la vie sociale. Ce qui expliquerait le caractère mystérieux et les effets si troublant de la musique. Elle est mystérieuse parce qu’elle est désapproprier de sa fonction première et qu’elle applique à des objets librement choisis par la fantaisie, un langage, qui, à l’origine, fut exclusivement celui de l’amour ; elle est profondément troublante parce qu’elle touche en nous l’instinct vital lui-même, l’instinct de reproduction et de progrès, et qu’elle réveille vaguement, à notre insu des associations d’idées qu’une très longue hérédité, avait fait passer dans le domaine inconscient. Deux êtres qui se cherchent ne veulent pas seulement  la reproduction et la conduite de la vie : ils veulent sa promotion vers le mieux et le plus beau. Or le progrès s’il existe réellement, doit être rattaché au plan même de la création, à un principe premier réglant l’évolution des êtres : l’expression musicale serait donc ramenée à un rôle grandiose et magnifique !

Ce que Darwin a voulu expliquer, c’est l’effet si troublant du langage des sons. Le point de vue social n’est pas le point de vue artistique, il oblige cependant à tenir compte de certains faits, alors même qu’une part d’erreurs y serait mêlée.

Tous les poètes anciens ont donné aux oiseaux le nom de « chanteurs ». Ils les ont même regardés comme des maîtres. Athénée dit que le poète Aleman s’était mis à son école. Lucrèce affirmait que l’homme les avait imités avant de savoir parler. 

La musique a le privilège d’exprimer ce qu’il y a de plus fondamental dans notre être intime : l’amour de la vie ; le désir de la prolonger et de la perpétuer, en la rendant meilleure et plus brillante. Sans amour, il n’y aurait pas d’art ; et l’amour est la manifestation principale d’une force universelle, où tous les sentiments sociaux sont inclus.