Art des peintures murales tibétaines

Des déserts arides aux vallées encastrées du Tibet, le photographe, journaliste et écrivain américain Thomas Laird (né le 30 juin 1953) a arpenté pendant plus de dix ans ce vaste territoire en quête de peintures murales, souvent abritées — et dissimulées pour ne pas être détruites — dans des temples bouddhistes.

Classées au Patrimoine mondial de l’humanité, ces fresques tibétaines sont réunies pour la première fois en un seul volume — dont le « format sumo », publié aux éditions Taschen, permet de les reproduire en grand et de mettre en valeur certains détails. Ce livre (498 pages, 33 kg) rare et cher (10 000 euros) est destiné avant tout aux collectionneurs.

Thomas Laird a commenté pour le journal Le Monde une sélection de peintures extraites de cet ouvrage, véritable « alliance entre la technologie de la photographie contemporaine et les traditions millénaires ». La vidéo vous permet de vous immerger dans l’art des peintures murales tibétaines. Mais il est nécessaire de lire les explications ci-dessous se rapportant à chaque peinture pour en comprendre toute la signification.  

Art des peintures murales tibétaines.

Vous trouverez ci-dessous, la signification des peintures murales de la vidéo.

1

La reine Maya Devi et la naissance du Bouddha (XVe siècle), Toling, Dukhang, ou salle de réunion – 71 × 100 cm, détail

« La reine Maya Devi, qui porte un habit de style kasmerian, bien ajusté, donne naissance au futur Bouddha à l’âge de 50 ans. Sur cette représentation, on la voit s’accrocher à la branche d’un arbre pendant que Bouddha sort de son flanc (probablement par césarienne). En bas de l’image à gauche, le dieu Indra, reconnaissable aux nombreux yeux couvrant son corps, s’appelle le Mille-Yeux. De l’autre côté de Maya, l’une de ses dames l’aide à l’accouchement. »

2

Amoghasiddhi (début du XVIIe siècle) Jonang Puntsoling, Lhakhang principal, dernier étage – 206 x 287 cm`

« Amoghasiddhi, seigneur de la famille d’action, Bouddha du Nord, comme toujours représenté en vert, symbolise l’activité illuminée. Il est flanqué de deux gardiens bodhisattva. »

3

Le coin sud-est du dernier étage de la chapelle à Jonang Puntsoling avec Semnyi Ngelso se reposant, une première forme d’Avalokiteshvara (à gauche) et de Ratnasambhava (à droite)

« Au dernier étage du monastère de Phuntsholing  se trouvent des chefs-d’œuvre muraux supervisés par Taranatha (1575-1634), le savant le plus éminent de l’ordre controversé Jonang et figure majeure du Tibet de la fin du XVIe au début du XVIIe siècle. Durant la construction de Phuntsholing, il invita de nombreux artistes newar du Katmandou à faire des statues et à orner les murs de superbes peintures contemporaines indo-newar de style tantrique. Il employa aussi Punkyempa, un maître-peintre tibétain qui peignit des fresques murales très raffinées montrant des scènes de la vie de Shakyamuni, aussi bien que des portraits de Taranatha et de Dolpopa. »

4

Bouddha enseignant (début du XIVe siècle). Shalu Khorlam, Temple Prajnaparamita, 2e étage, mur de l’est – 148 × 275 cm

« Ce Bouddha affiche l’enseignement mudra sous un arbre de la Bodhi multicolore entouré de lumières arc-en-ciel et d’hôtes de bodhisattvas. Les feuilles orange semblent être la représentation exacte de celles de l’arbre de la Bodhi sous lequel Bouddha acheva son illumination. A l’arrière-plan, de chaque côté de lui se situent le soleil et la lune avec des joyaux triples enflammés. Dessous, trois bouddhas sont assis de chaque côté. »

5

Intérieur de la chapelle 2 W à Gyantse Kumbum avec bouddha Shakyamuni

« Shakyamuni est représenté ici dans la posture de l’enseignement. Au-dessus de lui, à sa gauche, se trouve Dharma Lord Buton (1250-1364) et à sa droite, le grand prêtre Drakpa Gyaltsen (1352-1405), tous les deux du monastère de Shalu. Ses longs lobes d’oreille indiquent qu’avant l’illumination, le Bouddha était le prince Siddhartha et portait des boucles d’oreille en or si lourdes qu’elles avaient étiré ses lobes. Ces derniers nous rappellent sa grande renonciation quand il quitta femme et enfant et tous les trésors de son palais et enleva ses boucles d’oreille en or pour prendre la route impliquant des années d’austérité et de méditation avant d’atteindre l’illumination. »

6

Le danseur Jataka – début du XIVe siècle. Shalu, Khorlam, 1er étage, mur de l’ouest – 104 × 155 cm

« Voici un chef-d’œuvre typique des peintures de style Newar de la vallée de Katmandou, peint par une école d’artistes népalais instruits par le grand maître Arniko (1245-1306). Ces peintures murales situées dans le khorlam (le grand corridor processionnel) du monastère de Shalu, sont les seules à grande échelle encore existantes. Autrement, ce genre d’art ne se trouve que sous la forme de thangka (des peintures de forme rectangulaire exécutées sur des toiles de lin, de coton ou parfois de soie imbibées de chaux et de gomme végétale ou animale), en grande partie à cause de la destruction par des tremblements de terre. Dans cette peinture, on distingue des douzaines de détails précis, fidèles à la réalité, de la culture newar. Ici : Jataka représente la fille de Bodhisattva. »

7

Dombini Verte et nue (milieu de 1460). Gongkar Chode, Kyedor Lhakhang, 1er étage – 81 × 53 cm

« La dakini verte elle-même est une figure secondaire dans l’entourage de l’une des grandes déités Yidam : Hevajra (Kyedor). Elle porte un chapelet et une couronne de têtes de mort, avec une auréole enflammée. Dans la main droite, elle brandit un vajra (un petit sceptre, marque de royauté et de puissance) tandis que de sa main gauche, elle fait un geste menaçant, tout en dansant sur un corps étendu, symbolisant ainsi la subjugation de l’ego dans la tradition tantrique. Elle danse dans un cimetière où un oiseau bizarre semblable à une chouette au sourire macabre se perche sur un corps disloqué à ses côtés. »

8

Intérieur de la chapelle 2 S b à Gyantse Kumbum avec Tara Verte Excellente Générosité ainsi que les statues de Tara Verte Khadiravanu flanquées de deux gardiens aux quatre bras. Marichi, à gauche, et Bhrikuti, à droite.

« Tara est un bodhisattva féminin, une divinité de la compassion. La couleur verte symbolise le vent — ce qui veut dire que Tara arrive rapidement quand les gens l’appellent à l’aide. Dans la mythologie grecque, on disait aussi d’Athena qu’elle arrivait en aide à la vitesse du vent à ceux qui faisaient appel à elle. »

9

Tara Verte Perfection de générosité (15e siècle. Gyantse Kumbum, Chapel 2 Sb – 235 × 286 cm

« Ici, la Tara verte (qui représente la générosité) est entourée d’autres formes de Tara de couleurs et au nombre de bras variés. La main droite relevée au niveau de l’épaule exhibe la Varada, symbole de protection. La main gauche au niveau du cœur forme la Vitarka-Mudrâ, posture de l’enseignement. Dans ses deux autres mains, elle serre un crochet très fin et une fleur de lotus utpala bleue. Elle est assise dans une posture de bodhissatva détendue, accompagnée par deux gardiens aux quatre bras : Marichi (à gauche) et Ekajati (à droite). L’un est rosâtre et paisible, l’autre bleu foncé et courroucé. »

Ouvrage :

Murals of Tibet : Photographies et introduction de Thomas Laird, avec la contribution des auteurs Robert Thurman, Heather Stoddard et Jakob Winkler – Editions Taschen, 2018.

« Murals of Tibet », limité à 998 exemplaires signés par sa sainteté le 14e dalaï-lama, « format sumo » 50 x 70 cm, 498 pages dont 6 pages dépliantes, imprimé en cinq couleurs dont l’or. Lutrin conçu par l’architecte Shigeru Ban, lauréat du prix Pritzker et pionnier de l’humanitaire. Volume explicatif illustré de 528 pages en complément. Le poids du livre avec son volume explicatif et son support  par Shigeru Ban pèsent 56 kilos (les deux ouvrages seuls : 33kg).

Edition collector au « format sumo », limitée à 998 exemplaires signés par sa sainteté le 14e dalaï-lama et accompagnés d’un lutrin créé par l’architecte Shigeru Ban, lauréat du prix Pritzker et pionnier dans l’aide humanitaire. Egalement disponible en deux éditions d’art (no 1 à 80), limitées à 40 exemplaires chacune et accompagnées d’un tirage.

THOMAS LAIRD,/TASCHEN, MURALS OF TIBET VOL. 2 P. 452