Les jardins de Bagatelle

Les jardins romantiques ou anglo-chinois

A la fin du XVIIIè siècle, on les appelait « les jardins anglo-chinois ». En 1757, un ouvrage intitulé « les maisons et jardins chinois » de Chambers, fit sensation en France comme en Angleterre et en Allemagne, ce qui suscita tant d’enthousiasme que les créations se multiplièrent. Le jardinage était devenu le caprice favori de la société française. On vit apparaître des treillages ornementés, de maints arrangements nouveaux au potager, dans les pots et dans les serres pour les plantes rares : tulipes, asters…

En 1777, le jardin de Bagatelle est créé, mais c’est aux abords des bâtiments que l’on peut encore apercevoir les arrangements géométrique et régulier des jardins du 17è siècle, de Le Nôtre. Les jardiniers laisseront « la règle et le compas qui traçaient les jardins réguliers, pour le crayon et la grâce du pinceau », propos repris de l’architecte Béranger, des jardins de Bagatelle. Des travaux sont entrepris sur dix hectares, annexés sur l’ancienne concession. La grande entrée (devenue avenue des Acacias) de barrière en bois rustique est remplacée à la demande du marquis de Hertford, par des grilles monumentales et il fit construire un pavillon louis XVI pour le portier.

A la lecture de l’ouvrage intitulé « Voyage pittoresque en France », l’auteur décrit un rocher élevé duquel sort une nappe d’eau, qui tombe en forme de cascade qui finit par chuter dans le lac. Aujourd’hui, lorsque vous vous promenez dans les jardins de Bagatelle, vous êtes transporté dans un jardin du XVIIIè siècle, mais la vue de cette cascade est bien réelle, l’eau de la cascade vient d’un réservoir conçu par H. Robert1.

En continuant la visite, on tombe sur une vaste pelouse, dont un chemin qui conduit au château. Contre le mur de la terrasse du château, un parterre de collections de pivoines herbacées et arbustives nous accueillent, certaines aux tons pastels et de forme simple, d’autres semi-simple ou double de couleurs éclatantes. Un chemin nous mène au bord du bassin  aux nénuphars ; la vue offre à voir des plantes vivaces rares et surprenantes par leur forme et leur couleur inhabituelles. En franchissant un petit gué en pierre, nous arrivons devant une grotte, d’où l’eau jaillit dans un ruissellement continu qui agrémente le parcours. A la sortie de la grotte, on arrive de l’autre côté du bassin bordé de magnifiques arbres centenaires d’essences variées, qui font partie de la collection botanique de Bagatelle. 

Les collections des plantes de Bagatelle

Les végétaux par les différents propriétaires furent répertoriés et étiquetés. La partie où se trouvait le potager a été transformée, on peut y voir encore des collections de plantes vivaces et de plantes sarmenteuses. Sur des arceaux, les glycines de Chine (mauve) et du Japon (blanche) alternent par leur couleur et leur parfum suave, sont des plus agréables effets. Sur le mur d’enclos, courent des roses grimpantes et des clématites à grandes fleurs. 

En poursuivant le chemin, on tombe sur la petite maison du chef jardinier où se trouve des carrés de plantes aromatiques et de potager. Sur le mur, les chèvrefeuilles et les clématites succèdent aux rosiers. L’allée qui conduit à la Roseraie passe devant l’Orangerie qui est en rénovation, les orangers en pot sont déjà sortis sur la terrasse. 

La Roseraie de Bagatelle

Les origines de la création de la Roseraie de Bagatelle date de 1880, c’est  au cours d’un Conseil municipal qu’à eu lieu les discussions et les propositions pour fonder un institut de botanique et de culture. Mais c’est en 1883 qu’un conseiller municipal3, relança le projet de la création de la Roseraie, et que le Conseil ratifia le projet en invitant le Préfet à sa mise en oeuvre.

Des délégations s’en suivirent, qui allèrent s’enquérir à Londres de l’organisation du jardin botanique de Kew, dont la réputation était déjà internationale. Le projet de la Roseraie de Bagatelle restera sans suite, jusqu’à ce que le 30 décembre 1905, on rouvrit le dossier sur le projet, avec des collections horticoles d’arbres, d’arbustes et de végétaux d’ornements, permettant ainsi à l’industrie agricole de la Région de Paris de lutter contre la concurrence anglaise, américaine, belge, hollandaise et allemande. Il fut décider des expositions permanentes, des plantes, des fleurs qui profiteraient aussi bien aux horticulteurs qu’aux amateurs jardinier, ainsi le Parc de Bagatelle resterait ouvert au public. Les conclusions votées, un rapport fut émis4, mais un autre projet5 en date du 17 mars 1906, reprend l’historique de la question puis fait une proposition à l’initiative du privé, en vue des expositions horticoles de plantes diverses, de l’entretien des collections et le concours de spécialistes. Le Conseil chargea M. Forestier6 de demander aux rosiéristes de France de contribuer à la création d’un Rosarium à Bagatelle. 

M. Graveraux7 écrivit au conservateur, le 12 janvier 1906, pour offrir ce qu’il avait de plus beau dans sa Roseraie à l’Haÿ. Ce sont 1 500 espèces et variétés de roses qui furent offertes à la ville de Paris, le 17 janvier 1906. La presse relaya l’information. L’opinion publique témoigna de sa gratitude envers le donateur et la ville de Paris rendit un hommage à M. Graveraux par une lettre du préfet de la Seine. Ce don permis de dessiner et de mettre en place les collections de la Roseraie très rapidement. 

La création de concours de roses

A Bagatelle, le but est de mettre à disposition des collectionneurs et spécialistes de roses de tous types, toutes espèces. Les visiteurs pourront y voir les rosiers nouveaux, cultivés en plein air pour qu’on puisse en connaître les qualités et les défauts de ces rosiers, à cultiver dans leur jardin.

Et c’est bien la Roseraie de Bagatelle qui mérite la visite de tous les amoureux de la Rose. La Roseraie à des lignes bien tracées, bien régulières, elle a la forme d’un rectangle à ses parties extérieures divisée dans le sens de la longueur et de la largeur, par des allées très droites. Ces allées permettent d’avoir des plates-bandes rectangulaires, à angles très prononcés. Les lignes du milieu sont bordées de piliers en fer de 4m de hauteur, recouverts de rosiers sarmenteux. Dans la partie médiane de la Roseraie, est réservée aux roses nouvelles. La disposition des roses est mise en valeur, par l’encadrement qu’elles offrent dans les grands rectangles. La treille du fond, enchante tout particulièrement le regard, par les luxuriantes guirlandes de roses qui offre un spectacle grandiose et féérique.

Après examen de la collection de Bagatelle, on peut se réjouir du travail effectué dans la Roseraie, une véritable sélection du genre rosier, de toute les parties du monde. Leur classement est basé sur des données scientifiques permet de ranger par ordre plus de 10 000 pieds. 

Les amateurs de roses peuvent ainsi fixés leur choix d’une façon précise en se basant sur la qualité de chacune d’elles et de leurs goûts, ou l’utilisation qu’ils recherchent. Chaque variété de rose porte une fiche qui mentionne son nom, son numéro de groupement horticole et numéro d’ordre dans les plantations : le nom de son obtenteur et l’indication sur l’origine de la variété, c’est par là même que ce jardin donne toute sa dimension, “un jardin-école unique au monde”. 

Sources : 

  • Bagatelle et ses jardins (avant 1860), librairie horticole, 1910. BNF, Gallica
  • Le château de Bagatelle, roseraie, Gallica.

De l’auteur, « Visite des jardins de Bagatelle », juin 2019.

  1. Dessinateur des jardins du Roi.
  2. M. Lanesson ouvre la discussion en séance du 17 mars 1880.
  3. M. Massoulon
  4. M. Jousselin
  5. M. Quentin-Bauchart
  6. Conservateur du secteur Ouest des promenades Paris, et créateur de la Roseraie de Bagatelle.
  7. Jules Gravereaux, (né en1844, mort en 1916), créateur de la Roseraie de L’Haÿ, aujourd’hui, propriété du Département du Val-de-Marne depuis 1968.


Les Jardins de Bagatelle