L’avènement des maîtres de la soie en France (2è partie)

Quel impact socio-économique des nouvelles inventions du tissage d’étoffes et de la soie ?

Sous François 1er, Lyon devint « la grande Fabrique » de la soierie lyonnaise. En 1750, Jacques Vaucanson va créer une machine semi-automatique, il sera chargé d’établir une manufacture royale à Aubenas (Ardèche). Il installera d’autres moulins à Romans (Drôme) et la Sône (Isère). Cette invention va donner un essor important à la sériciculture. Mais la Révolution française supprime les privilèges octroyées aux tisserands et va dissoudre les corporations par la Loi le Chapelier. La Convention de 1793 mettra un coup d’arrêt au commerce de la soie à Lyon. 

Il faudra attendre le début du 19è siècle, à la faveur de 1er Consul Bonaparte, pour que Lyon redevienne la capitale de la soie. En 1804, Jacquard7 invente le métier qui porte son nom. Le motif est réalisé à partir de cartes perforées et le système est actionné par une seule personne. On en dénombre 15 000 en 1815. Les moulins à fuseaux verticaux vont remplacer les moulins Vaucanson.

Les nouvelles techniques vont permettre la création d’emplois d’ouvriers-tisseurs dans la ville de Lyon. Ils sont au nombre de 30 000 personnes et travaillent dans les ateliers situés à la Croix rousse, sur les hauteurs de la ville. Le salaire est de 4 à 6 Francs par jour. Mais en 1831, une crise économique va engendrer une grave crise sociale : le salaire n’atteint pas 1 Franc par jour ! ; c’est le soulèvement des ouvriers-tisseurs. 

Dans la région Rhône-Alpes l’élevage du ver à soie fait vivre toute la population : « Un hectare de mûrier rapporte 600 francs contre 262 pour la vigne ». Lyon reste le maître d’oeuvre où l’on passe commande.

Grâce à la révolution industrielle, les régions productrices de cocons vont se développer rapidement. On dénombre dans l’industrie de filature, 600 filatures dans les Cévennes et le moulinage dans le Vivarais (Ardèche). On manque d’ouvriers pour faire tourner les machines. L’homme attaché à la terre, répugne à cette besogne et laisse les femmes et les enfants travaillés dans les manufactures à filature ou plutôt les usines-couvents, au vu des conditions auxquelles étaient soumises les femmes et les enfants. 

En 1850, dans la Drôme, on planta jusqu’à 5 millions d’arbres, dont 20 000 arbres sur la petite commune de Saillans ! 

Pourquoi la sériciculture française n’a-t-elle pas pu prospérer ?

Plusieurs causes peuvent être avancées pour répondre à cette question. En 1853, la récolte française de cocons de soie est de 26 millions de kg, c’est-à-dire 2 200 tonnes de soie grège. Mais bientôt, une maladie du ver à soie (la pébrine) va décimer la production. En 1865, la production chute à 5,5 millions de kg, malgré l’application de la méthode de Pasteur sur le grainage cellulaire8 .

L’élevage du ver à soie ne fait que décroître avec l’ouverture du canal de Suez (1869). En Asie, la seconde guerre de l’opium (1856 à 1860) oblige la Chine a commercé avec les Anglais et les Français ; les  ports “ouverts” ne progressent pas aussi vite que l’ont espéré les marchands de soie. Les maîtres de la soie lyonnais tenteront de développer la sériciculture en Indochine.

La deuxième guerre mondiale va mettre un terme à la production de soie française. Depuis le XVIIIè siècle, l’industrie lyonnaise a toujours su garder des liens avec les régions productrices asiatiques. Ainsi, elle renoue ses relations avec la Chine et le Japon dont l’industrie s’est modernisée après les guerres coloniales. Et, avec le marché de fabrication artisanale de la soie fait entièrement à la main en Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam et au Cambodge, Lyon peut relancer ses activités.

Aujourd’hui, que reste-il de la sériciculture française ?

La magnanerie de Saillans située entre Vercors et Provence, est le seul établissement centré sur l’élevage de vers à soie, un lieu unique en Europe. Autre lieu incontournable en la matière. 

l’atelier-musée de Pierre Lançon, cinquième génération d’une famille de mouliniers, les Lacroix. Pour cela rendez-vous chez Pierre Lançon qui nous servira de guide pour visiter son atelier, devenu musée depuis 1987. Cet atelier-musée était autrefois une magnanerie (terme provençal “magnau”, qui veut dire ver à soie), filature et moulinage. Toutes les machines de ce lieu ont été restaurées et sont en état de marche.  

Aujourd’hui, la France ne dispose plus d’usine de filature industrielle, la dernière a été reconvertie en lieu culturel, il s’agit du Mazel dans le Gard. 

Les maîtres de la soie en France avaient un rêve à conquérir, des milliers de personnes ont contribuées à ce rêve comme les ouvriers-tisseurs, les fileuses, les tisserand(e)s, les éducateurs de magnanerie, les couturières,  les inventeurs…, tous artisans de ce rêve, qui s’est payé au prix de la vie humaine lors de la crise sociale ! Ces artisans nous ont transmis des chefs d’oeuvres, à voir encore aujourd’hui à Lyon. Si la soie française n’est plus, quoi qu’il en soit, la soierie lyonnaise conserve le titre de capitale de la création.

Mise à jour de l’Avènement des Maîtres de la soie en France :

Vidéo 1 – Musée des tissus et de la soie

Vidéo 2 – L’apogée et le déclin de la sériciculture en France.

Vidéo 3 – Usine de filature dans les Cévennes au XIXè siècle.

Recherches sur le sujet et montage vidéo, de l’auteur.

7. Joseph-Marie Jacquard, né en 1752 à Lyon, mort en 1834.

8. C’est en 1865, que Pasteur met au point sa méthode de sélection systématique des femelles pondeuses : seules les oeufs non contaminés sont retenus.

Pour en savoir plus : 

Livres et lieux ouverts au public sur le sujet :

  • Les industries de la soierie de Jean Vaschalde, collection « Que sais-je ? » PUF, 1972. 
  • Au fil de la soie, Elisabeth Cossalter et Jean-Marc Blache, édition Didider Richard, 1996.
  • Musée Olivier de Serres, domaine du Pradel 07170, Mirabel
  • L’Atelier de soierie, 33, rue Romarin, 69001 Lyon (vers place des Terreaux)
  • Maison des Canuts, 10-12 rue d’Ivry, 69004 Lyon
  • Musée des tissus, 34 rue de la Charité, 69002 Lyon
  • Office du tourisme, place Bellecour, 69002 Lyon
  • Association « Soierie vivante », 21, rue Richan, 69004 Lyon
  • Institut Textile Français, avenue Guy de Collongue, 69130 Ecully

Livres de recherches scientifiques sur le sujet  :

  • Art, luxe et industrie, Bianchini Férier, un siècle de soieries lyonnaises, 1888-1992.
  • Claude-Joseph Bonnet (1786-1867) – Histoire, Société des Etablissements Textiles Bonnet, Lyon, Soieries-Textiles.
  • La « Grande Fabrique » lyonnaise est une des plus grandes « industries » françaises du 18è siècle, mais elle a conservé une organisation de forme artisanale…
  • La soierie lyonnaise du 18è au 20è siècle dans les collections du Musée des tissus de Lyon, Bouzard Marie (publication année 2000)
  • Une proto-industrialisation décalée : la ruralisation de la soierie lyonnaise dans la première    moitié du 19è siècle, Pierre Cayez, revue du Nord, année 1981 (résumé)
  • Réseaux d’influences et stratégie coloniale. Le cas des marchands de soie lyonnais en mer de    Chine (1843-1906), Jean-François Klein, année 2005, revue d’histoire.

Aujourd’hui où trouver de la soie de haute qualité :

Au Cambodge :