Bienvenue à Saint-Valentin

Comment le village de Saint-Valentin a fait chavirer le cœur des touristes

REPORTAGE – La commune de 300 âmes située dans l’Indre est l’une des rares au monde à porter le nom du patron des amoureux. Une particularité qui en fait une curiosité touristique.

L’entrée du village de Saint-Valentin

À la sortie d’Issoudun, le long de la N151, un panneau indique deux communes voisines dont les noms se marient mal: Saint-Valentin et Vatan. Loin de nous éconduire, Pierre Rousseau nous emmène vers le premier village, dont il est maire depuis 1983. Situé entre Châteauroux et Issoudun, cette commune de 300 âmes est l’une des rares au monde à porter le nom du saint patron des amoureux. La seconde, en Autriche, est jumelée avec le village berrichon. La troisième se trouve dans la province de Québec, au Canada.

Être baptisé Saint-Valentin? En voilà un bon prétexte pour draguer les touristes. Le village de l’Indre accueille en moyenne 3 000 visiteurs chaque 14 février, soit dix fois sa population habituelle. Une success-story entamée dans les années 1980. En 1985, Raymond Peynet, connu pour ses dessins d’amoureux, imaginait un timbre-poste pour la commune autour de la fête du même nom. Son motif: un couple devant une boîte aux lettres dans laquelle des anges glissent un courrier.

Un coin de Japon au cœur du Berry

«C’est à partir de là que Saint-Valentin s’est fait connaître en France et même à l’étranger», se souvient l’édile de 74 ans en nous présentant des exemplaires de ce timbre, religieusement conservés. «Des Japonais ont parlé du village dans leur pays et l’information est arrivée jusqu’au maire de Sagara, une commune de 5000 habitants près de Kumamoto dans le sud du Japon, qui m’a contacté pour demander un jumelage. Depuis, les Japonais sont nos meilleurs ambassadeurs.» Le guide des festivités organisées à chaque Saint-Valentin est d’ailleurs en partie traduit en japonais. Comment expliquer cet attrait nippon pour la fête des amoureux? «Là-bas, la Saint-Valentin est plus suivie qu’en France. Le 14 février, les femmes offrent des chocolats aux hommes, tandis que le 14 mars, les hommes offrent un cadeau en retour», décrypte Pierre Rousseau.

Le saule, sur lequel les amoureux peuvent graver leurs noms

Le petit village de l’Indre est bien décidé à user cette homonymie jusqu’à la corde. Son unique restaurant, baptisé Au 14 février, est tenu par un chef japonais, Shigeki Satoh, qui apporte un twist oriental à la cuisine berrichonne. Seul étoilé au Michelin du département, l’établissement attire tout au long de l’année les voyageurs en quête de bonnes tables. La période du 14 février est sans surprise la plus chargée de l’année. «Les réservations commencent deux à trois mois à l’avance. Ce week-end, nous n’avons plus de tables disponibles», confie Shigeki Satoh.

Nous voulons être le village des amoureux tout au long de l’année, et pas seulement le 14 février

Pierre Rousseau, maire de Saint-Valentin (Indre)

Mairie de Saint-Valentin

Les touristes japonais sont cependant minoritaires à Saint-Valentin. Les visiteurs viennent en grande partie de la région Centre et d’Ile-de-France, à moins de deux heures de route. «Cette année, je pense que nous accueillerons davantage de monde car la fête tombe un vendredi et s’étend sur le week-end», savoure Renée Ougier, présidente de l’office du tourisme des Champs d’Amour qui englobe une trentaine de communes du Berry.

Pendant trois jours, la salle des fêtes doublée d’un chapiteau propose, entre autres, un thé dansant, une vente de lithographies sur le thème de l’amour, évidemment, et une remise de «diplômes des amoureux». Depuis quelques années, le village collabore avec deux agences chinoises réceptives. «Un ou deux cars font l’aller-retour depuis Paris dans la journée. Mais avec l’épidémie de coronavirus, ils ne viendront pas cette année», regrette le maire.

L’édile a encore un souhait: s’affranchir de la date de la fête des amoureux. «Nous voulons être le village des amoureux tout au long de l’année, et pas seulement le 14 février», insiste-t-il. Pour cela, il a créé des aménagements permanents comme un jardin des amoureux, doté notamment d’un kiosque à musique, d’arbres plantés par des couples et de saules artificiels aux feuilles de métal sur lesquelles les tourtereaux peuvent graver leur prénom. Pour faire vivre «l’esprit Saint-Valentin» toute l’année, Pierre Rousseau signe des confirmations de mariage venues de France et du Japon. «L’idée est de se dire oui une deuxième fois, en présence de témoins. En échange, je leur envoie une carte de félicitations ou un diplôme d’amour.» Les confirmations sont archivées dans la mairie mais elles n’ont rien d’officiel, l’acte est avant tout symbolique. Champagne, photographe, bouquet de fleurs… La cérémonie est facturée 200 euros.

Un engouement en perte de vitesse

De quoi assurer la prospérité à Saint-Valentin? Pas nécessairement. «Tout cet enthousiasme autour de la fête des amoureux rapporte finalement peu d’argent aux caisses de la commune, calcule le maire. Le principal est de jouer sur notre notoriété pour dynamiser le tourisme et l’activité des hôtels et restaurants.» Le Berry Relais, à quelques kilomètres de Saint-Valentin, a dû aménager une deuxième salle pour accueillir l’afflux de clients.

Mais certains habitants nuancent l’enthousiasme du maire quant aux retombées de l’événement. «Je vois passer de moins en moins de monde et seuls deux ou trois riverains décorent leurs façades pour la Saint-Valentin, regrette Sandrine, responsable du bureau de poste, embauchée il y a dix ans… un 14 février. Les traditions semblent se perdre et ne plus intéresser les jeunes». «Il reste des places pour les repas de la Saint-Valentin dans la salle des fêtes. D’habitude, on refuse du monde», observait aussi Pierre Rousseau à la veille des festivités.

Le manque d’hébergements à proximité est peut-être l’une des causes de ce désamour. Saint-Valentin n’a plus d’hôtel depuis le début des années 2000. «Le périmètre des Champs d’Amour compte 300 lits répartis entre hôtels, gîtes et meublés touristiques. Mais c’est sans compter Châteauroux et Issoudun, à une quinzaine de kilomètres, qui disposent d’une importante capacité hôtelière», argumente Renée Ougier. Pierre Rousseau, lui, aimerait qu’une maison d’hôtes s’installe le long de la rue du Quatorze-Février. «Cela permettrait aux visiteurs de rester à Saint-Valentin en fin de journée», projette-t-il. Par ailleurs, il a entamé des démarches pour que le village soit indiqué sur une sortie de l’autoroute A20. Un moyen d’inciter les curieux à faire un détour.

Car ne dit-on pas que l’amour vient au détour du chemin sans que l’on s’y attende?

Article du Figaro du 14 février 2020, écrit par Jean-Marc De Jaeger

Charlotte Perriand, le séjour au Japon

C’est en février 1940 que Charlotte Perriand se rend au Japon comme « conseiller pour la production d’art industriel du Japon », sur invitation du gouvernement japonais. Elle voyage à travers tout le pays et donne des conférences  dans les écoles et centres de production. Elle y découvre la vie quotidienne des japonais et se passionne pour la culture, les rites, les formes et le savoir-faire du Japon.

En 1941, une exposition à Tokyo et Osaka, intitulée « contribution à l‘équipement intérieur de l’habitation au Japon, Sélection, Tradition, Création », formule les recherches de Charlotte Perriand en adaptant ses meubles aux conditions locales, techniques et des matériaux.

Les matériaux disponibles au Japon à cette période, sont essentiellement le bambou, le bois, la pierre et les matières végétales. Charlotte Perriand adapte une série de meubles qu’elle avait créés de 1920 à 1930, notamment la chaise longue en acier qu’elle réitère en bambou, table, lit, fauteuil… (voir vidéo ci-contre).

Exposition à la Fondation Louis Vuitton sur Charlotte Perriand

Charlotte Perriand quitte le Japon en 1942 avant la guerre du Pacifique, et séjourne en Indochine. Elle y réalise un pavillon d’exposition de l’artisanat à Hanoï. De retour en France, l’architecte américain Paul Nelson, l’intègre à son équipe comme ingénieur conseil pour l’équipement de l’hôpital mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô. 

Charlotte Perriand revient au Japon en 1953 à 1955, où elle expose sa synthèse des arts. Avec ses amis Le Corbusier et Fernand Léger, elle réaffirme « le rapport d’unité entre l’architecture, la peinture et la sculpture ». Cette exposition du 1er avril 1955 aux Grands magasins de Takashimaya à Tokyo, montre les tendances et les préoccupations des occidentaux tout en exprimant la collaboration entre les artistes et les producteurs industriels : les tapisseries de Le corbusier et de Léger, les céramiques et études des vitraux, les travaux d’artistes Hartung, Richier, Soulages, sont exposés comme des éléments vivants et en perpétuels mouvements. Les réalisations de Charlotte Perriand au Japon, marque un hommage à son pays d’accueil. 

Aujourd’hui, la Fondation Louis Vuitton lui consacre une grande exposition intitulée « le monde nouveau de Charlotte Perriand » à l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition. 

Charlotte Perriand, architecte designer

Actuellement à Paris, l’exposition consacrée à l’oeuvre de Charlotte Perriand (1903-1999) à la Fondation Louis Vuitton, retrace l’histoire d’une femme libre et indépendante. Charlotte Perriand  a contribué à l’émergence d’une vision moderne du design en s’affranchissant de l’art de son époque. 

Créatrice et visionnaire, elle a su proposer une synthèse avec les arts notamment la peinture, la sculpture, la photographie, et donner une nouvelle approche des objets du quotidien. 

Nous aborderons à l’aide d’une première vidéo sa vision d’architecte et de designer qui réinvente l’habitation, qui va de la période de 1927 à 1940, et selon ses propos, se dirige vers un monde nouveau : « le métier d’architecte, c’est travailler pour l’homme ».

Exposition de l’oeuvre de Charlotte Perriand à la Fondation Louis Vuitton

La designer trouve son inspiration d’abord à travers les techniques modernes mais dont elle mesure vite les limites, pour tourner son regard vers la nature. 

Dans une prochaine vidéo, nous présenterons ses oeuvres après un séjour au Japon, où elle montre ses qualités humaines en participant aux chantiers de la Reconstruction après la Seconde Guerre mondiale.

La Ferme de Maisons-Alfort

La ferme de Maisons-Alfort fut une ancienne dépendance du château de  Réghat1, située aujourd’hui dans le parc du château. L’entrée s’ouvre sur une cour. Le château de style XVIIIe siècle, en pierre de taille, est constitué d’un rez-de-jardin et d’un étage. Le jardin était divisé en terrasses, parterres, potager, melonnière, boulingrin (parterre de gazon), allée de charmilles et de marronniers et un bois de haute futaie dont des arbres de plus de cent ans, le tout clos de murs.  C’était un lieu de chasse pour Louis XV et un lieu de séjour pour la marquise de Pompadour. 

Les propriétaires du château ont été multiples. L’ensemble était composé d’un vaste terrain de 115 hectares dont Pierre de Réghat de Villard fut le premier propriétaire. En 1817, le château et le parc sont revendus à M. Lecouteux qui cède à son tour la propriété à MM. Colin et Merville en 1823. Mais la ferme et les dépendances avec l’ensemble des terres sont conservées par M. Lecouteux. En 1856, M. Lagoutte rachète l’ensemble du domaine et revend le château et le parc en 1872 au baron de Springer, qui installera une distillerie de grains et de levure dans une partie du parc et des jardins. Encore aujourd’hui, l’usine Springer est toujours en activité à Maisons-Alfort.

Depuis 1979, le château de Réghat est classé à l’inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et accueille le Musée d’histoire locale depuis 2003. Le château de Réghat est le seul témoin de ces belles demeures-résidences, proche de Paris, de la fin du XVIIIè siècle.

En 2016, sur les  terrains inoccupés du parc est inaugurée la ferme de Maisons-Alfort selon les plans de 1820. Les visites de la ferme sont pédagogiques, l’ouverture au public a lieu tous les mercredi et le week-end (voir vidéo ci-dessous).

Une belle initiative de la Commune de Maisons-Alfort.

Un autre château, du nom de château d’Alfort, appartenait au baron de Bormes, il vend le château au roi en 1765, qui fait venir Claude Bourgelat2 de l’Ecole vétérinaire de Lyon pour y établir l’Ecole Royale vétérinaire de Paris. Son administration est confiée au directeur et aux professeurs de l’école, installée sur 124 hectares. En 1782, Daubenton3, naturaliste et auteur d’un ouvrage « Instruction pour les Bergers et pour les propriétaires de troupeaux », est nommé professeur d’économie rurale3 à l’école Royale.

Des bâtiments sont construits pour abriter les animaux très variés dont on voulait entreprendre l’élevage : ménagerie, vacherie, bergerie, garenne, volière, viviers etc. On acheta la ferme de Maisonville, qui fut confiée à Daubenton. Elle était constituée d’un logement pour le fermier, de remises, d’écuries, de bergeries, d’étables, de granges, d’un colombier et d’un jardin potager et d’un verger. Une terre labourable et de prés qui environnent le château. Une autre ferme fut construite à la place de la grange, dans le parc de l’école en 1786.

Lucien Bonaparte5 fit transférer à Alfort, le troupeau national de Versailles composé de brebis de différentes races. En 1832, Yvart4 introduit des brebis de la race de Bakewell qui sont croisées avec des béliers, on obtient ainsi des Dishley-mérinos, sous le nom de « race d’Alfort », puis rebaptisé « Ile de France », faisant l’objet de ventes annuelles célèbres dans toute la France.

Des dépenses budgétaires dispendieuses de l’école royale vétérinaire entrainèrent  en 1788, une réduction drastique des dépenses, et il fut question de transférer l’école vétérinaire à Versailles. Un an après, c’est l’assemblée constituante qui accomplit le projet que Necker, (il avait en vain tenté l’établissement des assemblées provinciales), elles se rassemblèrent dans chaque département, et des municipalités  furent instituées dans chaque ville : « il y eu une France au lieu d’une capitale, une capitale au lieu d’une cour ». En 1791, par suite des élections nouvelles, la commune est désignées sous le nom de Maisons-Alfort. La vente de la ferme de « Maisonville » fut ordonnée comme bien national en cette même année. 

EN 1810, la ferme de Maisonville est vendue au baron Rodier. En 1864, la commune de Maisons-Alfort, achète les bâtiments d’exploitation où fut installée l’ancienne mairie, qui devient plus tard le groupe scolaire Parmentier. Le corps de la ferme de « Maisonville » fut rasée en 1920 due à sa vétusté.

L’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort perpétue son savoir et savoir-faire et occupe aujourd’hui un espace de 11 hectares, elle conserve un patrimoine important : le jardin botanique, le parc statuaire, le Musée Fragonard, la bibliothèque… L’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort  a ouvert ses portes pour ses 253 ans d’existence, les 21 au 22 septembre 2019 derniers.

Visite de la ferme pédagogique en vidéo ci-dessus.

Notes et Références :

  1. Pierre de Réghat, Secrétaire de l’Ordre de Malte.
  2. Claude Bourgelat, né à Lyon le 27 mars 1712, meurt à Paris, le 3 Janvier 1779. Fondateur vétérinaire Royale de Lyon en 1762, puis à Maisons-Alfort en 1765. Il publie un ouvrage « Des éléments d’hippiatrique ; il est nommé correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, concepteur de biopathologie comparée. 
  1. Louis-Jean-Marie Daubenton, né à Fain, près de Montbard en Bourgogne, le 29 mai 1716, meurt à Paris en 1800. Garde et conservateur au cabinet du roi situé au Jardin du Roi, aujourd’hui Jardin des Plantes de Paris.
  1. Charles-Auguste Yvart, né le 17 octobre 1798 à Bruges (Belgique). Décédé le 11 novembre 1873 à Boulogne S/Mer, neveu de Victor Yvart (agronome). Vétérinaire, agronome, professeur à l’Ecole d’Alfort, créateur de la race ovine « Ile de France ».
  1. Né le 21 mai 1775 à Ajaccio, Corse du sud, France. Frère de Napoléon Bonaparte. Décédé le 29 juin 1840, à Viterbe en Italie.Homme politique français, député puis président des Cinq-Cents en 1799, ministre de l’intérieur. 

Ouvrages de recherche :

  • Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville depuis les temps les plus reculés, Amédée Chenal, 1852 -1919. BNF.
  • Histoire d’Ecole d’Alfort, A. Baillet et L. Moulé, 1908. BNF.
  • Instruction pour les Bergers et pour les propriétaires de troupeaux par Daubenton, 1792. BNF.
  • Daubenton par Renault Ernest (1830-1903 édition 1883, BNF.

L’art du porte-monnaie

Le 11 Conti, le Musée de la Monnaie de Paris, a présenté 300 pièces de matériaux et provenances divers, depuis l’Antiquité à nos jours. Un objet banal, qui peut devenir une véritable œuvre d’art, et symbolise l’élégance à la française.

Quoi de plus naturel que de s’intéresser au porte-monnaie dans le temple de l’argent ? C’est malgré tout une première qui n’avait jamais été organisée en France. La Monnaie de Paris a proposé une exposition jolie et originale qui nous plonge dans l’histoire du porte-monnaie.

Cet accessoire courant fait partie de notre quotidien, qu’il soit dans le sac, dans la poche ou tout simplement dans la main pour descendre acheter du pain. En cuir, en tissu, à strass, coloré ou uni, il peut avoir des fermoirs bien différents – fermeture éclair, clapet, petit nœud… On y est attaché parce qu’il est souvent lié à un cadeau ou à un souvenir de voyage.

Cette exposition est née de la patience du collectionneur Henri Joannis-Deberne (1928-2009). En 1963, il achète par hasard un porte-monnaie en écaille. De là commence sa quête de petits objets, carnets de bal, porte-bouquets, éventails… datant de 1830 à 1930, dont 250 porte-monnaie, tant féminins que masculins. Sa veuve, Claudette Joannis, conservatrice honoraire du patrimoine, propose le prêt de cette collection à la Monnaie de Paris. Aussitôt séduit, le musée du quai de Conti la complète pour atteindre 300 pièces provenant de France mais aussi d’autres pays d’Europe. Béatrice Coullaré, l’une des commissaires de l’exposition a souligné qu’il représente «un accessoire incontournable de l’élégance à la française et [que] sa fabrication participe des arts décoratifs réunissant le précieux et l’utile.»

L’exposition a rappelé l’origine du porte-monnaie dès l’Antiquité, pour s’arrêter plus spécialement sur le XIXe siècle. Aumônière, bourse, porte-louis, réticule, escarcelle, minaudière (inventé par Van Cleef & Arpels)… le vocabulaire est décliné au fil du temps, ainsi que des mots mystérieux comme cannetille, maroquin, galuchat, niellé… désignant leur matériau. Les fermoirs sont à boule ou à friction mais aussi à rabat, à levier, à bascule, à clapet, à tirette ou à pression. Il fait savoir qu’entre 1847 et 1901, 598 brevets d’invention portant sur la fabrication des porte-monnaie sont déposés. Le Second Empire est inspiré par le cuir. En 1898, la maison Le Tanneur invente un porte-monnaie sans couture alors que pendant les Années folles les bijoutiers, notamment de la place Vendôme, s’approprient l’objet pour l’agrémenter d’or et de pierres précieuses. En 1934, la Maison Hermès créé son porte-monnaie appelé «Zoulou», pliable comme un origami et encore fabriqué de nos jours. L’exposition s’achève avec le XXIe siècle, présentant de grandes marques de maroquinerie et joaillerie.

Ci-dessous, les références aux clichés de la vidéo.

  1. Bourse au mailles d’or « Le Rêve », Frédéric Vernon, 1901-1903, France. Collection patrimoniales Musée du 11 Conti. Photo Thierry Caron, Monnaie de Paris.
  2. Petit sac du soir avec nécessaire de beauté comprenant un miroir, des emplacements pour les fards à joues et à lèvres et un emplacement pour les monnaies de 20 et 10 francs or. Collection Joannis-Deberne.Photo Jean-Marie Duvillier.
  3. Porte-monnaie en bois peint au décor allégorique, inspiré du tableau « Riche et Pauvre » peint par Alfred de Dreux (1810-1860), fin du XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duvillier.
  4. Porte-monnaie en émail « trompe l’oeil » en forme de montre, XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duvillier.
  5. Vue intérieure du porte-monnaie en émail en forme de montre, autre vue du précédent, XIXe siècle, France, Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duviller.
  6. Porte-monnaie en galuchat à grains, XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duviller.
  7. De gauche à droite : porte-monnaie en écaille à décor piqueté et incrusté d’or, XIXe siècle, collection Joannis-Deberne ; porte-monnaie en ivoire et ivoire artificiel gravé et piqueté d’or, 1840-1850, France, Collection Joannis-Deberne ; porte-monnaie en écaille (?) Piqueté d’or, XIXe siècle, France, Collection Joannis-Deberne  ; porte-monnaie en ivoire et ivoire artificiel à décor d’applique, seconde moitié du XIXe siècle, France, Collection Joannis-Deberne. Photo : Thierry Caron/Divergence-image.
  8. Porte-monnaie en porcelaine avec décor floral, début du XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne. Photo : Jean-Marie Duvillier.
  9. Porte-monnaie en émail, fin du XIXe siècle, France. Entièrement recouvert d’un décor assez exceptionnel. Les arabesques de couleur blanche se détachent sur fond noir et rappellent les « grotesques » de la Renaissance. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duviller.
  10. Porte-monnaie en bois peint « La Sauvenière », XIXe siècle, Spa, Belgique. Parmi les porte-monnaie souvenir, les miniatures peintes sur bois sont assez rares. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duviller.
  11. Moule transformée en porte-monnaie, XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne. Photo Jean-Marie Duviller.
  12. Porte-monnaie en émail avec incrustation étain (?) sur cuivre, début du XIXe siècle, France. Collection Joannis-Deberne.Photo : Thierry Caron/Divergence-image.
L’art du porte-monnaie

L’histoire de Ripaille

Nous allons vous faire découvrir l’histoire de Ripaille à travers deux personnages, dont l’un est né au XIVè siècle, il s’agit de Amédée VIII, et l’autre au XIXe siècle, il s’appelle Frédéric Engel-Gros. Les traits communs de ces deux hommes sont la sagesse, l’humanisme et la générosité. Ils sont tous deux issus de grandes familles : Amédée VIII appartenait à la Maison de Savoie dont les membres étaient des évêques et des comtes ; F. Engel-Gros était associé à la famille industrielle des Dollfus. Ils ont vécu tous deux dans le château de Ripaille à quatre siècles de distance. Nous retracerons dans cet article, les grandes étapes de leur vie, dans l’histoire de la France.

Ripaille, la résidence d’une princesse, Bonne de Bourbon

L’oeuvre de Ripaille fut celle de Bonne de Bourbon, la grand-mère de Amédée VIII. La gent féminine de la branche familiale avait été élevée dans le goût du luxe, toutes ces princesses étaient nées dans de splendides demeures. Bonne de Bourdon s’installe à Ripaille en 1377.

Un tragique événement va mettre un terme à sa résidence, par la mort accidentelle de son fils en 1391.

Amédée VIII, petit-fils de Bonne de Bourbon

Amédée1 enfant était atteint d’une maladie grave, il fut confié à l’âge  de dix ans à des hommes pour parfaire son éducation. Il était devenu un homme simple et pieux. Il avait bon esprit et avait l’habitude du travail intellectuel. Il était reconnu pour sa sagesse précoce avec un grand caractère, homme pacifique, il savait aussi défendre ses droits par la force des armes, tout en laissant une porte ouverte à la négociation. Il était adroit administrateur, dirigeait ses domaines en bon père de famille. Il conseillait à ses enfants « d’être juste sans sévérité excessive, d’éviter la vengeance, d’aimer le peuple sans l’accabler d’impôts, de protéger les bons, de fuir la guerre et de veiller constamment au maintien du bon ordre ». Il disait aussi à ses fils de fuir l’orgueil, l’avarice, la luxure, la gourmandise et les autres vices. 

Médiateur efficace, il est reconnu par la Sérénissime République de Venise et par le roi de France dès 1410. Amédée VIII prépara le traité d’Arras qui scella la paix du roi de France et du duc de Bourgogne en 1435, ce qui permis de chasser les anglais hors de France2.

La construction d’un monastère à Ripaille

La véritable raison de cette oeuvre pieuse, a été sciemment oubliée, pour éviter des souvenirs trop pénibles. Les témoins du drame de Ripaille étaient au côté de Amédée VIII pour célébrer la mémoire de son père, mort à l’âge de 51 ans, des suites de ses blessures. Amédée plaça le couvent sous l’invocation de Notre-Dame et de Saint Maurice. 

Amédée VIII voulut être en phase avec sa foi, il entreprit de donner le domaine de Ripaille avec toutes ses dépendances, notamment « la maison ou manoir » sur une grande étendue en dehors des murs d’enceinte. Il offrit une dotation de 1 000 florins d’or de revenus et installa le mobilier nécessaire à la vie monastique. Amédée traversa les épreuves de la vie par la mort de ses enfants et de sa femme morte en couches en 1422. La souffrance l’attachait à cette terre, il s’habitua à l’idée de finir ses jours dans cette paisible retraite. Mais il faudra attendre, car son fils louis3 n’est encore qu’un adolescent. Le 1er janvier 1432, Amédée marie son fils Louis âgé de 19 ans, avec Anne de Chypre4.

Une tentative d’enlèvement5 contre Amédée VIII assombri son projet de retraite. Il choisit de se retirer mais de conserver la direction de ses affaires. 

La construction du château de Ripaille 

Lorsqu’on entre par la grande porte d’entrée, on se trouve dans la cour actuelle du château de Ripaille. A gauche, l’église et les dépendances du prieuré fondée par Amédée VIII. Au fond, la grande tour de vieille porte, élevée par Bonne de Bourbon, à droite, les débris de la résidence de la princesse, c’est là que le château sera édifié par Amédée VIII.

Amédée peut enfin prendre sa retraite le 16 octobre 1434. Il allait partager sa solitude avec les religieux, mais Amédée savait garder son indépendance. Une tour, détruite depuis, et un pont-levis appelé « l’heureux pont » furent construits pour accéder à la grande place. Le visiteur devait attendre devant la grande place l’autorisation d’entrer. Une autre entrée existait au sud-est pour se rendre au parc, appelée « la porte des palissades ». 

Les chanoines avaient aussi leur accès bien gardé, par des fossés et un pont jusqu’au XVIè siècle, des clôtures de bois délimitaient leur domaine. Le bâtiment a une façade de 104 m et à l’époque était flanqué de sept tours circulaires incorporées dans la muraille et lui donnait une architecture féodale avec ses fossés, son pont-levis et ses meurtrières (voir croquis de la restitution de l’état d’origine du château, vers 1339). Aujourd’hui, de ces sept tours, il n’en reste plus que quatre, dont chacune correspond à un appartement. De ces sept logis se trouvait agencé un jardin, indépendant les uns des autres par des clôtures. La plus haute tour était habitée par le doyen des chevaliers de Saint Maurice, appelée depuis, « la Tour du pape Félix ». La construction fut terminée en 1439. 

L’ermite devenu pape

Lorsqu’il pris sa retraite, Amédée avait choisi la neutralité. Il ne prit pas position, mais la situation évolua, car il fut question du projet d’unir les deux églises (catholique et protestante) pour réformer le Concile6. Eugène IV, pape, pris pour prétexte que pour favoriser l’entrevue, il devait transférer le Concile dans une ville italienne. Des membres du Conseil et Amédée décidèrent de soutenir le projet des Pères, le lieu du Concile serait Avignon. 

Eugène IV refusa, les Pères résistèrent et désignèrent Bâle ou une ville de Savoie ou encore Avignon. Eugène IV, désigna Ferrare, en Italie. Entre temps, il avait déjà persuadé les Grecs installés à Constantinople de le suivre en Italie. L’ambassadeur Nicod de Menthon, venu de Savoie essuya un échec. A son retour, les Pères voulurent se venger. Ainsi Amédée était devenu partisan du Concile. 

Des ecclésiastiques adversaires du pape Eugène IV, persuadèrent Amédée qu’il devait être l’arbitre de la chrétienté. Quand les Pères de Bâle vinrent à Ripaille prier Amédée de ratifier son élection, il exprima le désir de conserver sur le trône pontifical le nom glorieux de sa famille. Les rapports entre Bâle et Ripaille se resserrent, mais à la suite de l’excommunions d’Eugène IV, les rapports devinrent tumultueux. Les modérés quittèrent l’assemblée. Les autres amoncelaient les accusations contre le souverain pontife. Il fut déposé par les Pères de Bâle le 25 juin 1439 (34è session).

A Ripaille, Amédée déclarait être resté fidèle à l’Eglise. Laquelle ?. C’était l’acte diplomatique par excellence, destiné à faciliter ses rapports avec le Saint-Siège. 

L’élection du pape Félix V

Le Concile de Bâle, le 29 octobre 1439, désigna les électeurs appelés à élire le successeur d’Eugène IV : sur les trente-trois électeurs, vingt-six votèrent pour Amédée, soit deux tiers des suffrages pour l’élire pape. D’après le compte-rendu, les ambassadeurs du Concile de Bâle furent reçus par le duc de Savoie, celui-ci resta muet, l’assemblée supplia le pieux Amédée de sauver l’église. Amédée parut hésité, il implora un délai à demi-agenouillé devant les membres du Concile. On le pressa, l’acceptation devant se faire sous les 24 heures après la notification de l’élection. Mais de cette scène, les détracteurs7 du duc de Savoie y ont vu une mascarade, car Amédée avait eu le temps de se préparer, et connaissait depuis longtemps la décision du Concile de Bâle. Le nouveau pape n’avait pas négligé l’obédience et les revenus. On lui promit la libre disposition des biens de l’Eglise avec la faculté des hypothèques. 

Pourtant, Amédée VIII avait des partisans, le cardinal d’Arles et Jean de Ségovie8, écrivirent que le duc de Savoie était devenu anxieux et triste en apprenant son élection comme pape. Le procès-verbal officiel mentionna l’hésitation et protestations du duc de Savoie et déclara qu’il avait accepté la tiare pour sauver la chrétienté9

Le 18 décembre 1439, une grande fête fut donnée à Thonon, pendant deux semaines au frais du Trésor. Le nouveau pape profita de cette occasion pour émanciper son fils, Louis, en le nommant duc de Savoie. Amédée devenu « Félix V », le nouveau pape part rejoindre ses électeurs à Bâle. Il arriva le jour de la Saint-Jean-Baptiste, commença une retraite et reçut les ordres sacrés. 

Le 24 juillet 1440, toute la ville de Bâle assiste au couronnement du pape Félix V. Faut-il y voir un triomphe ou une illusion ? La réalité est la lutte avec Rome. Elle se fera avec l’appât de l’argent. Certains princes profitent de la cacophonie de l’Eglise pour faire avancer leurs affaires en se vendant au plus offrant. 

L’abdication du pape Félix V 

Les deux papes furent excommuniés, l’un, Eugène IV par le Concile de Bâle, l’autre, Félix V, par l’Eglise de Rome.

Du côté de la France, Charles VII refusa d’adhérer à cette élection. Pire encore pour Amédée, le Concile de Bâle autorisa la levée d’une cinquième denier sur les bénéfices ecclésiastiques pour subvenir aux dépenses du nouveau pape et les cardinaux en demandèrent la moitié. Amédée comprit qu’il devait sauver sa fortune, la situation pouvait paraître difficile pour certains, mais Amédée utilisa la diplomatie pour résoudre cette impasse. Des négociations eurent lieu et le roi de France joua un rôle de pacificateur. Cette lutte devait durer dix ans. Eugène IV mourut avant que la paix fut annoncée. 

Le vieux sage Amédée et par l’influence de la France, le 7 avril 1449, l’élu du Concile de Bâle abdiqua à Lausanne, dans le couvent de Saint François. Félix V, était devenu le cardinal de Sainte Sabine (premier derrière le pape) et gardait ses prérogatives de ses États de Savoie, en Suisse de son ancienne obédience. 

Le vieil homme ne trouvera pas le repos qu’il avait cherché quelques années auparavant, il mourut comme il avait vécu, en travaillant. Le 7 janvier 1451, il rendait son dernier soupir à Genève. On transporta sa dépouille à Ripaille. La mort de Amédée VIII, Félix V, pape, marque le point culminant de la grandeur de Ripaille. Cette période essentiellement pacifique pour la maison de Savoie et de son peuple. 

le déclin de Ripaille et les guerres de religion  

Au début du XVIè siècle, les descendants d’Amédée VIII vont devoir affronter un grave périple : les guerres de religion s’abattent dans le Chablais. Les héritiers de Ripaille ne furent pas aussi avisés, ils crurent bon de rompre avec une politique pacifique d’Amédée VIII qui avait tout fait pour sauvegarder la paix. La population dans le Chablais souffrait de la famine10. Ripaille devenait un champ de bataille, les alliances avec les Suisses, les Lanquenets, les Français et les Genevois firent du château de Ripaille un brasier. Ripaille fut détruit et brûla pendant trois jours. 

Les Chartreux s’installent au château de Ripaille  

Le temps fit son oeuvre, après  douze ans de guerres, L’ancien prieuré va à la couronne de France. Ripaille renaîtra sous la main pieuse des Chartreux11. L’installation des Chartreux à Ripaille  en 1624, corroborait le programme catholique établit par Charles Emmanuel, duc de Savoie. Un plan de Ripaille fut dressé par Boldrino après 1733 (archives de Ripaille). Les Chartreux occupaient le château d’Amédée VIII sur l’autorisation du prince de Savoie. L’enclos de Ripaille représentait 128 hectares, la construction du prieuré, la scierie, les champs, les prés, le moulin et la forêt. 

Les moines avaient peu de ressources, ils devaient se défendre pour arriver à vivre notamment en vendant la farine de leur moulin, ce qui occasionna de la part des syndics de la ville de Thonon une protestation12. Les moulins communaux souffraient de cette concurrence. L’affaire fut arranger à l’amiable. Les Chartreux entreprirent une requête auprès de Genève contre les habitants venus couper le bois de hautes futaies. L’eau qui servait à alimenter le moulin à Ripaille n’était pas desservie pour les nombreux riverains, des contestations éclatèrent pour l’utilisation de cette canalisation, un privilège qui remontait au 20 mai 141613

Au temps d’Amédée VIII, Ripaille était mêlée à la vie intellectuelle et matérielle de la population. Au XVIIè siècle, après les guerres de religion, les Chartreux sont isolés de la population, ils cultivent pour se nourrir mais ils ne sont plus mêlés à la vie de la cité qui décroît par l’abandon des princes. 

La Révolution et Ripaille

A la Révolution, la Savoie est réunie à la France sous le nom département du Mont Blanc et le général Montesquiou par une occupation pacifique et une décision de l’assemblée nationale des Allobroges, le 26 octobre 1792, confisqua les biens du clergé14.

Ripaille devenu propriété nationale, les biens de ferme furent loués pour éviter les vols, seul le parc fut utilisé pour un service public. Il fut décider de vendre le domaine. De la splendeur passée de Ripaille, il ne reste que des ruines, seule la forêt est encore debout avec ses chênes et ses bosquets qui ont échappés à la coupe. Les terres sont très bien cultivées. 

C’est le général Dupas, militaire savoisien, qui achète Ripaille pour 275 000 Frs par contrat du 10 avril 1809. C’est là qu’il prit sa retraite et y mourut à l’âge de 62 ans, le 6 mars 1823. La famille Dupas conserva Ripaille jusqu’en 1892, à cette date Ripaille est en vente.

Un grand industriel s’éprend de Ripaille

Le nouveau propriétaire, se nomme Frédéric Engel-Gros15, il est né à Mulhouse et membre associé d’une grande famille d’industriels, les Dollfus16.

Le grand-père, le père et le fils sont associés, ils étaient complémentaires en ce qui concerne leur méthode de travail. F. Engel-Gros partage les intérêts et les goûts de ceux d’utilité publique et des beaux arts. Il succédera à la tête de l’ « Association pour prévenir des accidents de machines industrielles » et sera nommé président d’honneur pour la France du Comité permanente des Congrès internationaux des Assurances sociales. L’attitude de ces industriels mulhousiens est liée à a religion calviniste qui imprègne les mentalités et la vie sociale de la cité.

Une pensée particulière va naître, celle d’en finir avec les révolutions des XVIII et XIXe siècles et les guerres, et de passer de l’âge théologique et féodal à l’âge positif et industriel. C’est l’idée de Claude-Henri de Rouvroy de Saint Simon. Il préconise l’esprit d’entreprise, l’intérêt général, la liberté et la paix. Saint Simon va avoir une influence chez les industriels mulhousiens notamment lorsqu’en 1870, la Prusse conquiert l’Alsace et beaucoup de Mulhousiens, refusent d’adopter la nationalité allemande dont Frédéric Engel-Gros. C’est l’exil et il se réfugie à Bâle d’où il pouvait gérer ses usines. 

Il existe un lien profond qui unit le château de Ripaille aux deux personnages avec l’histoire de la France. Engel-Gros est un industriel qui a travaillé pour le bien commun et Amédée VIII par sa foi catholique, a le goût du partage avec les humbles.

F. Engel-Gros avait un oncle à Genève. Les Dollfus possédait une villa à Evian. Aussi cherchait-il a s’installer dans les environs, Ripaille était à vendre. Ainsi, il achète le château aux héritiers du général Dupas en 1892. Il ne restait que des ruines de Ripaille, les anciens propriétaires par faute d’argent n’avaient pu faire les réparations nécessaires et à la fin du XIXè siècle, le domaine avait été dispersé. 

La renaissance de Ripaille

 F. Engel-Gros va racheter l’ensemble des terrains qui constituait Ripaille. La reconstruction durera de 1892 à 1908. F. Engel-Gros mandate Max Brochet17. La méthode utilisée est celle de l’analyse à l’aide des sources documentaires couplée avec de minutieuses observations archéologiques. Les archives départementales de la Haute Savoie serviront à l’analyse architecturale de Ripaille. 

Après une campagne de relevés et de photographies, le chantier de Ripaille fut confié aux architectes Frédéric de Morsier, puis Charles Schüle et Seltzer, de Mulhouse en 1894.

F. Engel-Gros est un industriel du textile et il allie son travail avec celle de la beauté, pour devenir par la suite un collectionneur d’art de dimension européenne. Il avait le goût de son époque, c’est-à-dire, l’Art nouveau qui fut la marque de la restauration intérieure de Ripaille et pour ses jardins, il adopte le style paysager, il achète des terrains éloignés du château pour dégager la vue. En 1899, l’industriel finance le quai de Ripaille pour fermer la petite route qui longeait le château. En 1903 à 1914, un jardin à la française est réalisé à l’emplacement de l’ancienne église de la chartreuse de Ripaille. Le puits médiéval fut réhabilité lors des travaux de rénovation. 

Frédéric Engel-Gros était un grand industriel et il possédait le plus grand yacht privé de son temps, « la Dranse », bateau à vapeur qui a navigué sur le Léman au début du XXe siècle.

En 1905, F. Engel-Gros démissionne de la société DMC pour se consacrer à sa propriété au bord du lac Léman. La première guerre mondiale éclate en 1914, F. Engel-Gros va aider financièrement des familles endeuillées du Chablais. Il meurt à Bâle en avril 1918. 

Ripaille au XXIe siècle

Ses quatre enfants continueront l’oeuvre entreprise par leur père. René et André ont hérités des goûts artistiques de leur père. André devient ingénieur forestier et crée l’arboretum de Ripaille.

Ripaille possède une vieille forêt qui s’étend sur 53 hectares près de laquelle se trouve un arboretum-sylvetum qui possède une collection d’arbres composés de différentes essences, plantés de 1930 à 1934 sur 19 hectares par André Engel ; partant de la maison forestière il vous permet d’accéder à la clairière des Justes, Mémorial élevé en hommage à ceux qui ont sauvé du génocide de nombreuses vies humaines durant la Seconde Guerre mondiale. 

La fille d’André, Elisabeth Engel-Necker, hérite du domaine et créera la Fondation de Ripaille (1976), reconnue d’utilité publique, soutenue par le Conseil Départemental de la Haute-Savoie et par la Ville de Thonon-les-Bains, pour la conservation, la valorisation et l’animation du château et la préservation de l’environnement.

Aujourd’hui, une grande partie du domaine de Ripaille (120 ha) appartient au domaine privé. Les autres propriétaires sont la Fondation Ripaille qui possède le château et quelques terrains autour du château.

Notes et références :

  1. Duc de Savoie, né le 4 septembre 1383 au château de Chambéry, meurt à Genève le 7 janvier 1451.
  2. Ouvrage Histoire de Savoie par Guichenon, Tome 2, (p. 37 à 56).
  3. Louis 1er de Savoie, né en 1413, meurt le 4 janvier 1465.
  4. Anne de Lusignan, fille de Janus, roi de Chypre, ouvrage de l’Histoire de Savoie ( p.136 à 137) de Charles Dufayard, 1913, source BNF.
  5. Aynard de Cordon, seigneur des Marches et Antoine de Sura après condamnation de leurs brigandage, voulurent se venger en enlevant Amédée VIII pour le livrer au comte de Clermont, ouvrage de l’Histoire de Savoie (p.150) par Charles Dufayard.
  6. Assemblée d’évêques et de docteurs pour statuer sur des questions de doctrine, de discipline
  7. Jean, comte d’Angoulême et le général des Chartreux, selon Guichenon, ouvrage de Histoire de Savoie (p.314).
  8. L’excommunion par Eugène IV contre Amédé VIII, par Jean Ségovie (p.483).
  9. Procès-verbal, par J. Phillippi Bergomensis.
  10. Témoignage de l’ambassadeur vénitien Vendramin de passage dans la région a vu sur les routes des gens inanimés ayant encore à la bouche une poignée d’herbe (Trente mille personnes sont mortes de faim dans le Chablais).
  11. Le traité de Lyon et de Saint Julien entre le duc de Savoie et le roi de France, du 17 janvier 1601.
  12. Délibération du 17 juin 1705. Mémoires de l’Académie chablaisienne, Tome XV (p.128).
  13. Archives de Ripaille.
  14. Article 19 de l’arrêté du Conseil général du département du Mont Blanc du 28 mars 1793 publié dans Lavanchy, le Diocèse de Genève (Annecy 1894, Tome 1er (p.166).
  15. F. Engel-Gros est né le 3 novembre 1843 et meurt à Bâle le 19 avril 1918.
  16. Dollfus, Mieg & Cies, la célèbre firme DMC, fondée à Mulhouse par Jean-Henri Dollfus en 1746.
  17. dont l’étude historique de Ripaille a été largement dévoilée dans son ouvrage « château de   Ripaille » (disponible dans Gallica de la BNF).
Visite du château de Ripaille à Thonon s/Léman

Ouvrages et articles de presse :

  • « Histoire de la Savoie, les origines à 1860 » par A. Perrin (disponible dans Gallica, BNF).
  • Article : « nouveau regard sur le château de Ripaille, ancienne résidence des ducs de Savoie » par Louis Necker. 
  • « Château de Ripaille » par Max Bruchet (avec annexes des preuves historiques sur les événements de la Maison de Savoie. 
  • Le messager, article de Yvan Strelzyk « Pourquoi de grands industriels alsaciens sont venus s’installer au bord du Léman », actualité du Chablais du 12 septembre 2013.
  • Article : Mémoire mulhousienne  « la famille Engel », industriels et philantropes » par Nicolas Stoskopf, Maître de conférence à l’Université de Haute-Alsace et responsable du CRESAT.
  • Site : Ripaille.fr

Les transformations des jardins de la ville de Paris

Troisième partie – Fin

Le Lac de Saint-Mandé

C’est le plus petit lac du Bois de Vincennes, il occupe une superficie de deux hectares. Une voie souterraine conduit jusqu’aux grands collecteurs d’eau de Paris, le ru de Montreuil. Les chênes, les bouleaux, les platanes et bien d’autres essences s’arrondissent en voûte au-dessus de sentiers onduleux, l’île centrale est bordée de saules pleureurs et de cerisiers japonais. Des habitations bordent l’avenue qui longe le lac, qui porte le nom de chaussée de l’Etang, datant de 1274. En parcourant le bois, les cascades se succèdent, au milieu d’arbustes et d’arbres, les rivières qui alimentent le lac portent des noms souvent méconnues par les promeneurs : la rivière de Saint-Mandé, la rivière de Pompadour, et la rivière Aimable pour rejoindre le lac de Gravelle. Des kiosques marquent les différents points de vue du bois ; des rochers apportent une note minérale au pittoresque des différentes scènes que nous avons sous les yeux. C’est un havre de tranquillité, imprégné de fraîcheur ombragée.

Le Bois de Vincennes est resté naturel grâce à l’ingéniosité de Barillet-Deschamps. Les essences forestières sont nombreuses : bouleaux, chênes, érables, sycomores, pins, acacias, ormes plantés sur le sol fertile du Bois, se développent facilement. Les scènes sont champêtres avec une prairie naturelle égayée de fleurs des champs. 

Le lac de Saint-Mandé est le plus petit lac du Bois de Vincennes.

Le Lac de Gravelle

Sur le sommet de Gravelle, la vue est saisissante. On y arrive par la porte de Charenton (3,5 km) ou de Saint Maurice (4 km). Un kiosque élégant orne le sommet du plateau de Gravelle. 

Le plateau de Gravelle est constitué de bosquets autour du lac de Gravelle, baigné de roseaux qui forment un petit îlot agrémentant la vie des oiseaux, des hérons, des canards et des poules d’eau, qui affectionnent ce charmant endroit. Or, ce n’a pas été toujours le cas, auparavant un immense champ de manoeuvre militaire avait été taillé en plein bois. On aménagea un réservoir, qui reçoit encore de nos jours,15 000 m3 d’eau par jour, puisés quarante mètres plus bas, dans la Marne. Des machines hydrauliques, actionnées par des pompes laissent échapper une trombe d’eau, une partie en sort bouillonnante, s’étend en nappe limpide dans le lac de Gravelle et se partage en plusieurs bras. Elle remplit le lit de la rivière Pompadour, de la rivière Aimable, de la rivière Couverte et autres rivières qui serpentent au milieu du Bois. Elle alimente les trois grands lacs des Minimes, de Saint-Mandé et de Daumesnil. Ce système de distribution des eaux fut conçu lorsque la loi du 24 juillet 1860 eût autorisée la cession du Bois de Vincennes à la ville de Paris, qui s’engagea à l’entretenir en promenade publique à perpétuité.

Le lac de Gravelle est baigné de roseaux qui agrémente la vie des oiseaux…

Le Bois de Vincennes est l’oeuvre de gigantesques travaux exécutés par de nombreux travailleurs de Paris et des communes avoisinantes, il est aussi l’oeuvre d’un artiste, Barillet-Deschamps, grand maître des jardins-paysagers. Aujourd’hui encore, ce site joue son rôle incontestable, alliant la préservation de l’environnement à la joie de pouvoir profiter de ce lieu, par le sport, la promenade ou autre activité ludique. Une zone du bois a été interdite aux véhicules pour le bien-être des promeneurs. Les jardiniers de la ville de Paris continuent cette oeuvre en apportant les soins nécessaires aux plantations et à l’assainissement des eaux qui font parties intégrantes de ce site protégé.  

Le coût financiers des transformations de Paris

L’ensemble des parcs et jardins ont coûté à la ville de Paris, 35 millions de Francs de l’époque. Ces créations ont été payées par les parisiens et les visiteurs étrangers qui sont venus de loin pour s’y promener. Les transformations de l’environnement de Paris ont généré de la plus-value pour les propriétaires de terrains et de maisons. La richesse particulière étant l’élément de la richesse générale, l’augmentation de la valeur des immeubles se traduit par l’augmentation des recettes de la ville de Paris. La population apprécie ce bien-être public, accessible à tous. L’installation de ces parcs et jardins à fait reculer l’insalubrité et le manque d’air dans Paris aux XIXè et XXè siècles. 

L’enjeu du XXIè siècle pour Paris

En ce début du XXIè siècle, la pollution de l’air par les automobiles, chauffages et climatiseurs anciennes générations, affectent notre bien-être, voire notre santé. Il est donc primordial de trouver des solutions efficaces et pérennes et de promouvoir les initiatives et changements de nos habitudes de vie : se déplacer en transport en commun ou en vélo, construire des bâtiments à faible empreinte énergétique, sensibiliser les jeunes générations sur la question du changement climatique, aider les constructeurs à choisir les matériaux les mieux adaptés à la question du réchauffement climatique. 

La meilleure solution reste encore de végétaliser la ville. C’est à dire, planter des arbres qui permettent de stocker et de fixer l’O2, dioxygène nécessaire à notre survie, car les arbres sont générateurs d’oxygène et ils sont des atouts contre la pollution. L’action de l’organisation Reforest’Action et la ville de Paris en ont montré un bel exemple : deux cents bénévoles ont planté 2 000 jeunes arbres dans le bois de Vincennes, en mars dernier. La sauvegarde de l’environnement reste l’enjeu majeur de notre siècle et nous pouvons tous y contribuer.


Les transformations des jardins de la ville de Paris

Deuxième partie – Suite

Le Bois de Vincennes est resté naturel grâce à l’ingéniosité de Barillet-Deschamps. Les essences forestières sont nombreuses : bouleaux, chênes, érables, sycomores, pins, acacias, ormes plantés sur le sol fertile du Bois, se développent facilement. Les scènes sont champêtres avec une prairie naturelle égayée de fleurs des champs.

Le Lac Daumesnil

Le lac de Daumesnil, (ancien nom, lac de Charenton) est constitué de deux îles, elles ont été aménagées et couvertes de plantations. L’île de Reuilly (2,5 ha)  est reliée par un pont aux rives du lac Daumesnil, et l’île de Bercy (2 ha) est relié par un autre pont à suspension à l’île de Bercy. Les grottes et la cascade de Reuilly, entourée du temple de Diane, complète la beauté du site. D’un lieu aride de cette plaine est né un lac artificiel, endroit lumineux, parsemé d’ombrage et arrosé par des eaux murmurantes. En parcourant la route de la Ceinture-du-lac-Daumesnil, se dresse au milieu d’un enclos de près d’un hectare, une grande pagode, qui accueille le siège de l’Institut International Bouddhique. Des fêtes sont organisées pour célébrer la Fête du bouddhisme (en mai), le Festival du Tibet (en septembre) ou encore des cérémonies liées au calendrier bouddhique. Le lieu est ouvert au public lors de ces manifestations.

Les grottes et la cascade de Reuilly, entourée du temple de Diane (photo,1866).

Les transformations des jardins de la ville de Paris

Première Partie –

Les jardins paysagers de France, les jardins publics et scientifiques émanent des grandes transformations de la ville de Paris, réalisées dans l’esprit des Lumières par les architectes-paysagistes.

Les architectes-paysagistes s’inspirent de la question d’art, en l’alliant à la nature, basées sur des principes précis, créant des effets harmonieux, en mettant en valeur la nature environnante.

Paris a été précurseur pour la création de jardins publics, notamment, le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes mais aussi, les squares dans les quartiers parisiens, les parcs et promenades dans la capitale, qui recèlent des trésors. 

L’histoire des jardins liée à l’histoire de la France

C’est au XVIIIè siècle que Dufresny1 inaugura les jardins paysagers, que l’Angleterre adopta avec empressement. La France mettra un coup d’arrêt à la création des parcs et jardins, imposé par les événements politiques. En 1855, un nouvel essor est donné par l’instruction et les ressources de l’horticulture, précédé par les innovateurs tels que Charles de L’Ecluse ou Clusius2, Claude Mollet3, Bernard  Palissy4, Olivier de Serres5, et Le Nôtre6.

La genèse des jardins en France, voit son développement à partir de la Renaissance (XVIè siècle), époque de renouveau artistique et de progrès. C’est sous l’impulsion de François 1er, qui avait la passion pour les jardins, que fut créer ceux de Chambord, de Fontainebleau et de Saint Germain en Laye.

Si Le Nôtre répondait aux besoins du roi Louis XIV à Versailles, au XVIIIè siècle, les idées démocratiques opéreront un changement radical dans l’art des jardins, répondant mieux aux besoins d’une société en pleine mutation ; les espaces se réduisent ainsi que les moyens économiques, mais le développement intellectuel des classes moyennes auront un impact considérable sur le style paysager des jardins. Longtemps attribué à William Kent7, il serait plus juste d’y voir les idées de Charles Rivière Dufresny.

Dufreyny est né à Paris en 1648, il était au service de Louis XIV en tant que valet de chambre auprès du roi. Dufreyny se passionna pour les arts, la peinture et les jardins. Il admirait les sites irréguliers et multipliait les vues en les divisant par des obstacles, pour mieux les franchir et variait les scènes le plus possible. Il obtint le titre honorifique d’intendant des jardins, puis par brevet du 21 septembre 1700, reçut le titre de dessinateur des jardins du Roi.  

Après les premières créations de Dufreyny, il faut attendre 1760, pour voir apparaître l’art des jardins-paysagers en France. C’est l’époque où la littérature et les idées des Lumières dominent l’Europe. Notamment, l’Allemagne témoigna un grand intérêt pour l’art des jardins français avec Sckell8. La Russie se dota des principes de Le Nôtre avec ses plans dessinés pour l’Allemagne, la Suède et l’Espagne, qui concouraient à la célébrité de son nom en Europe. Le Blond9, son élève, créa les jardins d’été de Saint Pétersbourg et celui de Peterhof.

En France, après la révolution sur l’art du jardin, on voit surgir de nouvelles idées. C’est André Thouin10, fils de Jean André Thouin qui dirige en 1764, l’école botanique où il s’occupe de l’acclimatation des plantes exotiques ; il enseigna l’horticulture et la botanique. Son fils, Gabriel Thouin11, inaugure le nouveau style. Il publie en 1819, le résultat de ses travaux : « Plans raisonnés de jardins ». Il donne à voir pour la première fois, une large part aux vues, combine les scènes en formant un cadre.

Les transformations de la ville de Paris et ses jardins publics

Dans les parcs du XVIè jusqu’au XVIIIè siècle, les promenades étaient particulières, seul un très petit nombre de privilégiés pouvaient y pénétrer, tels que les Tuileries, le Palais Royal, le jardin du Luxembourg, le Jardin des Plantes, appelé sous l’Ancien régime, « Jardin du Roi ».

Les transformations de Paris et des villes de province sont indissociables des événements politiques, économiques et sociales des années 1848 à 1870, rendus lisibles sous la plume d’illustres écrivains comme Honoré de Balzac12 ,Victor Hugo13, Gustave Flaubert14, Emile Zola15  qui ont immortalisé ces événements. Ils mettent en lumière les soubresauts d’une vieille monarchie et d’une république encore empreinte de sa jeunesse. 

Les parcs et jardins créés entre 1850 et 1860 sont le reflet de cette société en pleine mutation, imprégnée de romantisme, de grandeur, et d’histoires d’hommes. Artisans architectes-paysagers, ouvriers et ingénieurs ont su magnifier par leur travail, un environnement malade et meurtri par l’industrie du XIXè siècle. En 1855, d’importants travaux  sont entrepris par les Frères Bühler16 et bien d’autres architectes-jardiniers qui allèrent transformer les jardins de la ville de Paris, de Lyon et d’autres villes de province.

Le Bois de Boulogne

C’est sous Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, que va sortir de terre les jardins publics de Paris. D’abord, le Bois de Boulogne devint la promenade préférée des parisiens et des étrangers : se montrer au Bois de Boulogne était une obligation pour tout une classe de la Société. La promenade devenue de plus en plus fréquente, l’Etat français céda le Bois à la ville de Paris, qui se chargea de l’embellir. Deux millions de travaux furent exécutés. Le paysagiste Louis-Sulpice Varé17 en dessina les plans. Il fit creuser les lacs, qui constitue la scène la plus grandiose du bois. 

Son successeur Jean-Pierre Barillet-Deschamps18, continue l’oeuvre d’après le plan général dressé par Jean-Charles Alphand19 qui créa l’école moderne des architectes-paysagistes. La métamorphose en vaste jardin paysager présentait des difficultés ; on a comparé le plan ancien avec le nouveau plan, cette méthode donne d’excellentes indications ; on a fermé au moyen de plantations d’arbres et d’arbustes forestiers, les allées droites sont supprimées, en isolant et en mettant en vue les plus beaux arbres, les lignes droites des pelouses ont été égayées par des plantations sur les lisières ; par les distribution de groupe d’arbres, variés de port et de feuillage, formant un scène harmonieuse, nous retrouvons les principes de l’art paysager. Le Bois de Boulogne est toujours fréquenté de nos jours. Les pelouses sont prises d’assaut le week-end, on y vient pique-niquer en famille, faire la sieste ou faire du sport.

Le Bois de Vincennes

Situé à l’Est de Paris, ce bois fut tout d’abord une réserve de chasse pour le roi, il était entièrement clos en 1183, on y trouvait des cerfs, des chevreuils et des daims introduits par Henri II, roi d’Angleterre. A cette époque, fut bâti le château de Vincennes, résidence favorite des rois de France. St Louis y rendait la justice sous le chêne légendaire. Son fils, Philippe III Le Hardi s’y maria en 1214 et agrandit le Parc. Charles V, acheva le donjon et acheta une partie des bois. En 1792, Vincennes devint domaine de l’Etat. Sa superficie totale est de 904 hectares situé sur le territoire de sept communes différentes. 

En 1858, commence une grande transformation et en 1860, le terrain est vendu à la ville de Paris. On fait appel à Barillet-Deschamps, architecte-paysagiste, qui a déjà fait ses preuves dans les transformations de la capitale, il va façonner le Bois de Vincennes de façon magistrale. La promenade de Saint-Mandé et de Daumesnil est créée ; le terrain et les ressources naturelles se prêtent bien aux effets pittoresques, tout en harmonie avec le Bois de Vincennes.

Le Lac des Minimes

On creusa dans l’ancien enclos des Minimes20, un lac de huit hectares au milieu duquel trois grandes îles furent aménagées ; une allée de chênes séculaires porte le nom de route de beauté qui conduit à un carrefour. Au gré de notre promenade, nous arrivons devant une cascade qui se jette dans la rivière de Joinville, qui prend naissance dans le lac de Gravelle. Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes. Cette partie du Bois de Vincennes qui s’étend de Joinville à Nogent et à Fontenay, date de l’ancien bois tel qu’il devait être avant les transformations. A l’orée du bois, un restaurant porte le nom de la Porte jaune, ancien enclos des Minimes. 

 “Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes…”

Sources : BNF

Jardins et Parcs publics, le style paysager, par E. Deny, Architecte-paysager, 1893.Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, par Gabriel Thouin, 1820.L’art des jardins, par Edouard André, 1879.

L’art des jardins sous le Second Empire, par J.P. Barillet Deschamps. 

Théâtre de Dufreyny, par Georges d’Heylli, Paris 1882.

Notes et références (cliquer sur le lien du site) :

  1. Né en 1648 à Paris, meurt le 6 octobre 1724, dessinateur des jardins royaux ; dramaturge, journaliste et chansonnier.
  2. Né en 1526 à Arras, mort en 1609 à Leyde, Pays-Bas. Médecin et botaniste, créateur des jardins botaniques d’Europe à Leyde, fondateur de l’horticulture.
  3. Né en 1557, mort en 1647. Jardinier, dessinateur de jardins. Ouvrage « Théâtre des plans et jardinages » (1652). https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/10964-theatre-des-plans-et-jardinages?offset=2 (Institut National de l’Histoire de l’Art).
  4. Né en 1510, meurt à Paris à la Bastille en 1590. Potier, émailleur, peintre, artisan, verrier, écrivain et savant français.
  5. Né à Villeneuve-de Berg en 1539, meurt le 2 juillet 1619. Agronome français, écrivain, ouvrage « Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs ». 
  6. Né le 12 mars 1613 à Paris, meurt le 15 septembre 1700. Jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700.
  7. Né en 1685 à Bridlington, Royaume-uni, meurt le 12 avril 1748 à Burlington House, à Londres. Peintre graveur britannique, Architecte-paysagiste. 
  8. Né le 13 septembre 1750 à Weilbourg, meurt le 24 février 1823 à Munich. Artiste-peintre des Beaux-Arts, paysagiste, introduit le style paysager dans les jardins de Sans, Souci, Potsdam (Allemagne). 
  9. Né en 1679 à Paris, meurt le 10 mars 1719 à Saint Pétersbourg en Russie. Architecte du Roi, Louis XIV.
  10. André Thouin, fils de Jean André Thouin, né le 10 février 1747 à Paris, meurt le 27 octobre 1824 à Paris. Botaniste collabore à l’Encyclopédie méthodique, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle au jardin du Roi.
  11. Gabriel Thouin, né en 1754 à Paris, meurt le 9 mars 1829. Paysagiste, Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle au jardin du Roi. illustre représentant de l’ère pré-romantique du jardin anglais. Dans la préface de son ouvrage, « Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, cultivateur et architecte de jardins » (1819-1820), il rappelle que les jardins nommés « anglais » sont des principes établis en France, par Dufresny. « Les plans que Dufresny présenta à Louis XIV, des vastes jardins de Versailles, de Meudon, et de Saint-Germain en Laye, suffisent à lui assurer l’autorité sur ses concurrents ». 
  12. Ecrivain, né le 20 mai 1799, et meurt le 18 août 1850.
  13. Poète, dramaturge, écrivain, romancier, né le 26 février 1802 et meurt le 22 mai 1885 à Paris.
  14. Ecrivain, né le 12 décembre 1821 et meurt le 8 mai 1880.
  15. Ecrivain et journaliste, né le 2 avril 1840, et meurt le 29 septembre 1902.
  16. Les Frères Bühler : Denis, né le 22 avril 1811 à Lahr en Allemagne, mort en 1890, à Lausanne en Suisse ; Eugène, né le 4 décembre 1822 à Clamart en France, et mort en 1907, à Paris. Architectes-paysagistes français. Créateurs de nombreux parcs et jardins, notamment le parc de la Tête d’or à Lyon en 1857 et les jardins historiques de Tours (« Laissez-vous conter les jardins historiques », document téléchargeable).
  17. Né le 15 mai 1803 à Saint-Martin-du-Tertre (Oise), en France, meurt le 16 mai 1883 dans la même commune. Créations des jardins des Etournelles, dans l’Oise.
  18. Né le Le 7 juin 1824 à Saint Antoine du Rocher, meurt à Vichy, le 12 septembre 1873. Jardinier en chef du Service des Promenades et des Plantations de la Ville de Paris. Création du Jardin du Luxembourg, du Parc Monceau, du Parc des Buttes-Chaumont, du Parc Montsouris, le Square du Temple et le Square des Batignolles. Création d’une école d’horticulture « Le fleuriste » à Paris.
  19. Né à Grenoble, le 26 octobre 1817, et meurt à Paris le 6 décembre 1891. Ingénieur des Ponts et Chaussées français. Ouvrage de J.C. Alphand : « Les promenades de Paris ».

20. Octroi supprimé par arrêt du conseil d’Etat le 17 mars 1784.