Les transformations des jardins de la ville de Paris

Première Partie –

Les jardins paysagers de France, les jardins publics et scientifiques émanent des grandes transformations de la ville de Paris, réalisées dans l’esprit des Lumières par les architectes-paysagistes.

Les architectes-paysagistes s’inspirent de la question d’art, en l’alliant à la nature, basées sur des principes précis, créant des effets harmonieux, en mettant en valeur la nature environnante.

Paris a été précurseur pour la création de jardins publics, notamment, le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes mais aussi, les squares dans les quartiers parisiens, les parcs et promenades dans la capitale, qui recèlent des trésors. 

L’histoire des jardins liée à l’histoire de la France

C’est au XVIIIè siècle que Dufresny1 inaugura les jardins paysagers, que l’Angleterre adopta avec empressement. La France mettra un coup d’arrêt à la création des parcs et jardins, imposé par les événements politiques. En 1855, un nouvel essor est donné par l’instruction et les ressources de l’horticulture, précédé par les innovateurs tels que Charles de L’Ecluse ou Clusius2, Claude Mollet3, Bernard  Palissy4, Olivier de Serres5, et Le Nôtre6.

La genèse des jardins en France, voit son développement à partir de la Renaissance (XVIè siècle), époque de renouveau artistique et de progrès. C’est sous l’impulsion de François 1er, qui avait la passion pour les jardins, que fut créer ceux de Chambord, de Fontainebleau et de Saint Germain en Laye.

Si Le Nôtre répondait aux besoins du roi Louis XIV à Versailles, au XVIIIè siècle, les idées démocratiques opéreront un changement radical dans l’art des jardins, répondant mieux aux besoins d’une société en pleine mutation ; les espaces se réduisent ainsi que les moyens économiques, mais le développement intellectuel des classes moyennes auront un impact considérable sur le style paysager des jardins. Longtemps attribué à William Kent7, il serait plus juste d’y voir les idées de Charles Rivière Dufresny.

Dufreyny est né à Paris en 1648, il était au service de Louis XIV en tant que valet de chambre auprès du roi. Dufreyny se passionna pour les arts, la peinture et les jardins. Il admirait les sites irréguliers et multipliait les vues en les divisant par des obstacles, pour mieux les franchir et variait les scènes le plus possible. Il obtint le titre honorifique d’intendant des jardins, puis par brevet du 21 septembre 1700, reçut le titre de dessinateur des jardins du Roi.  

Après les premières créations de Dufreyny, il faut attendre 1760, pour voir apparaître l’art des jardins-paysagers en France. C’est l’époque où la littérature et les idées des Lumières dominent l’Europe. Notamment, l’Allemagne témoigna un grand intérêt pour l’art des jardins français avec Sckell8. La Russie se dota des principes de Le Nôtre avec ses plans dessinés pour l’Allemagne, la Suède et l’Espagne, qui concouraient à la célébrité de son nom en Europe. Le Blond9, son élève, créa les jardins d’été de Saint Pétersbourg et celui de Peterhof.

En France, après la révolution sur l’art du jardin, on voit surgir de nouvelles idées. C’est André Thouin10, fils de Jean André Thouin qui dirige en 1764, l’école botanique où il s’occupe de l’acclimatation des plantes exotiques ; il enseigna l’horticulture et la botanique. Son fils, Gabriel Thouin11, inaugure le nouveau style. Il publie en 1819, le résultat de ses travaux : « Plans raisonnés de jardins ». Il donne à voir pour la première fois, une large part aux vues, combine les scènes en formant un cadre.

Les transformations de la ville de Paris et ses jardins publics

Dans les parcs du XVIè jusqu’au XVIIIè siècle, les promenades étaient particulières, seul un très petit nombre de privilégiés pouvaient y pénétrer, tels que les Tuileries, le Palais Royal, le jardin du Luxembourg, le Jardin des Plantes, appelé sous l’Ancien régime, « Jardin du Roi ».

Les transformations de Paris et des villes de province sont indissociables des événements politiques, économiques et sociales des années 1848 à 1870, rendus lisibles sous la plume d’illustres écrivains comme Honoré de Balzac12 ,Victor Hugo13, Gustave Flaubert14, Emile Zola15  qui ont immortalisé ces événements. Ils mettent en lumière les soubresauts d’une vieille monarchie et d’une république encore empreinte de sa jeunesse. 

Les parcs et jardins créés entre 1850 et 1860 sont le reflet de cette société en pleine mutation, imprégnée de romantisme, de grandeur, et d’histoires d’hommes. Artisans architectes-paysagers, ouvriers et ingénieurs ont su magnifier par leur travail, un environnement malade et meurtri par l’industrie du XIXè siècle. En 1855, d’importants travaux  sont entrepris par les Frères Bühler16 et bien d’autres architectes-jardiniers qui allèrent transformer les jardins de la ville de Paris, de Lyon et d’autres villes de province.

Le Bois de Boulogne

C’est sous Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, que va sortir de terre les jardins publics de Paris. D’abord, le Bois de Boulogne devint la promenade préférée des parisiens et des étrangers : se montrer au Bois de Boulogne était une obligation pour tout une classe de la Société. La promenade devenue de plus en plus fréquente, l’Etat français céda le Bois à la ville de Paris, qui se chargea de l’embellir. Deux millions de travaux furent exécutés. Le paysagiste Louis-Sulpice Varé17 en dessina les plans. Il fit creuser les lacs, qui constitue la scène la plus grandiose du bois. 

Son successeur Jean-Pierre Barillet-Deschamps18, continue l’oeuvre d’après le plan général dressé par Jean-Charles Alphand19 qui créa l’école moderne des architectes-paysagistes. La métamorphose en vaste jardin paysager présentait des difficultés ; on a comparé le plan ancien avec le nouveau plan, cette méthode donne d’excellentes indications ; on a fermé au moyen de plantations d’arbres et d’arbustes forestiers, les allées droites sont supprimées, en isolant et en mettant en vue les plus beaux arbres, les lignes droites des pelouses ont été égayées par des plantations sur les lisières ; par les distribution de groupe d’arbres, variés de port et de feuillage, formant un scène harmonieuse, nous retrouvons les principes de l’art paysager. Le Bois de Boulogne est toujours fréquenté de nos jours. Les pelouses sont prises d’assaut le week-end, on y vient pique-niquer en famille, faire la sieste ou faire du sport.

Le Bois de Vincennes

Situé à l’Est de Paris, ce bois fut tout d’abord une réserve de chasse pour le roi, il était entièrement clos en 1183, on y trouvait des cerfs, des chevreuils et des daims introduits par Henri II, roi d’Angleterre. A cette époque, fut bâti le château de Vincennes, résidence favorite des rois de France. St Louis y rendait la justice sous le chêne légendaire. Son fils, Philippe III Le Hardi s’y maria en 1214 et agrandit le Parc. Charles V, acheva le donjon et acheta une partie des bois. En 1792, Vincennes devint domaine de l’Etat. Sa superficie totale est de 904 hectares situé sur le territoire de sept communes différentes. 

En 1858, commence une grande transformation et en 1860, le terrain est vendu à la ville de Paris. On fait appel à Barillet-Deschamps, architecte-paysagiste, qui a déjà fait ses preuves dans les transformations de la capitale, il va façonner le Bois de Vincennes de façon magistrale. La promenade de Saint-Mandé et de Daumesnil est créée ; le terrain et les ressources naturelles se prêtent bien aux effets pittoresques, tout en harmonie avec le Bois de Vincennes.

Le Lac des Minimes

On creusa dans l’ancien enclos des Minimes20, un lac de huit hectares au milieu duquel trois grandes îles furent aménagées ; une allée de chênes séculaires porte le nom de route de beauté qui conduit à un carrefour. Au gré de notre promenade, nous arrivons devant une cascade qui se jette dans la rivière de Joinville, qui prend naissance dans le lac de Gravelle. Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes. Cette partie du Bois de Vincennes qui s’étend de Joinville à Nogent et à Fontenay, date de l’ancien bois tel qu’il devait être avant les transformations. A l’orée du bois, un restaurant porte le nom de la Porte jaune, ancien enclos des Minimes. 

 “Des routes sinueuses longent les rives bordées d’une multitude d’arbres, de hêtres, de tilleuls, de pins, de bouleaux, de sycomores et de vieux chênes…”

Sources : BNF

Jardins et Parcs publics, le style paysager, par E. Deny, Architecte-paysager, 1893.Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, par Gabriel Thouin, 1820.L’art des jardins, par Edouard André, 1879.

L’art des jardins sous le Second Empire, par J.P. Barillet Deschamps. 

Théâtre de Dufreyny, par Georges d’Heylli, Paris 1882.

Notes et références (cliquer sur le lien du site) :

  1. Né en 1648 à Paris, meurt le 6 octobre 1724, dessinateur des jardins royaux ; dramaturge, journaliste et chansonnier.
  2. Né en 1526 à Arras, mort en 1609 à Leyde, Pays-Bas. Médecin et botaniste, créateur des jardins botaniques d’Europe à Leyde, fondateur de l’horticulture.
  3. Né en 1557, mort en 1647. Jardinier, dessinateur de jardins. Ouvrage « Théâtre des plans et jardinages » (1652). https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/10964-theatre-des-plans-et-jardinages?offset=2 (Institut National de l’Histoire de l’Art).
  4. Né en 1510, meurt à Paris à la Bastille en 1590. Potier, émailleur, peintre, artisan, verrier, écrivain et savant français.
  5. Né à Villeneuve-de Berg en 1539, meurt le 2 juillet 1619. Agronome français, écrivain, ouvrage « Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs ». 
  6. Né le 12 mars 1613 à Paris, meurt le 15 septembre 1700. Jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700.
  7. Né en 1685 à Bridlington, Royaume-uni, meurt le 12 avril 1748 à Burlington House, à Londres. Peintre graveur britannique, Architecte-paysagiste. 
  8. Né le 13 septembre 1750 à Weilbourg, meurt le 24 février 1823 à Munich. Artiste-peintre des Beaux-Arts, paysagiste, introduit le style paysager dans les jardins de Sans, Souci, Potsdam (Allemagne). 
  9. Né en 1679 à Paris, meurt le 10 mars 1719 à Saint Pétersbourg en Russie. Architecte du Roi, Louis XIV.
  10. André Thouin, fils de Jean André Thouin, né le 10 février 1747 à Paris, meurt le 27 octobre 1824 à Paris. Botaniste collabore à l’Encyclopédie méthodique, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle au jardin du Roi.
  11. Gabriel Thouin, né en 1754 à Paris, meurt le 9 mars 1829. Paysagiste, Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle au jardin du Roi. illustre représentant de l’ère pré-romantique du jardin anglais. Dans la préface de son ouvrage, « Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins, cultivateur et architecte de jardins » (1819-1820), il rappelle que les jardins nommés « anglais » sont des principes établis en France, par Dufresny. « Les plans que Dufresny présenta à Louis XIV, des vastes jardins de Versailles, de Meudon, et de Saint-Germain en Laye, suffisent à lui assurer l’autorité sur ses concurrents ». 
  12. Ecrivain, né le 20 mai 1799, et meurt le 18 août 1850.
  13. Poète, dramaturge, écrivain, romancier, né le 26 février 1802 et meurt le 22 mai 1885 à Paris.
  14. Ecrivain, né le 12 décembre 1821 et meurt le 8 mai 1880.
  15. Ecrivain et journaliste, né le 2 avril 1840, et meurt le 29 septembre 1902.
  16. Les Frères Bühler : Denis, né le 22 avril 1811 à Lahr en Allemagne, mort en 1890, à Lausanne en Suisse ; Eugène, né le 4 décembre 1822 à Clamart en France, et mort en 1907, à Paris. Architectes-paysagistes français. Créateurs de nombreux parcs et jardins, notamment le parc de la Tête d’or à Lyon en 1857 et les jardins historiques de Tours (« Laissez-vous conter les jardins historiques », document téléchargeable).
  17. Né le 15 mai 1803 à Saint-Martin-du-Tertre (Oise), en France, meurt le 16 mai 1883 dans la même commune. Créations des jardins des Etournelles, dans l’Oise.
  18. Né le Le 7 juin 1824 à Saint Antoine du Rocher, meurt à Vichy, le 12 septembre 1873. Jardinier en chef du Service des Promenades et des Plantations de la Ville de Paris. Création du Jardin du Luxembourg, du Parc Monceau, du Parc des Buttes-Chaumont, du Parc Montsouris, le Square du Temple et le Square des Batignolles. Création d’une école d’horticulture « Le fleuriste » à Paris.
  19. Né à Grenoble, le 26 octobre 1817, et meurt à Paris le 6 décembre 1891. Ingénieur des Ponts et Chaussées français. Ouvrage de J.C. Alphand : « Les promenades de Paris ».

20. Octroi supprimé par arrêt du conseil d’Etat le 17 mars 1784.


Le Cacatoès à huppe jaune

Snow Ball

Le Cacatoès à huppe jaune « Snowball » fait son « show » sur Youtu.be.

La revue scientifique américaine « Current Biology » datée du 8 juillet 2019 montre avec une vidéo, que le Cacatoès maîtrise 14 pas de danse.

  • « Il s’agit de mouvement complexes, dont la plupart ne font pas partie du comportement naturel des cacatoès à huppe jaune » nous explique Aniruddh Patel, chercheur en psychologie aux universités de Tufts et Havard. La vidéo a été publiée en 2007.

L’étude scientifique a été effectuée en 2008, en faisant écouter deux tubes des années 80 sur « Another One Bites the Dust et « Girls Just want to have Fun », trois fois chacun. 

L’observation avec la vidéo a dénombré 14 mouvements, dont un « headbanging » et deux mouvements combinés. Une impressionnante prouesse de l’artiste ! 

Snow Ball, le Cacatoès à huppe jaune

Le Jardin Alpin

Au Jardin des Plantes

Le jardin alpin du Muséum national d’Histoire naturelle, communément appelé « le Jardin des Plantes » est situé à Paris. Il consiste à représenter les massifs alpins dans leur forme et dans leur composition géologique. La nature de ces roches correspondant à celles des montagnes qu’elles représentent, la culture des plantes des montagnes revête un caractère scientifique de ce jardin exposé au public, qui peut se faire une idée de la distribution géographique et géologique des plantes.

Le jardin alpin est un espace relativement limité, il nous enchante par la diversité des roches utilisées, imitant les scènes de la nature, nous donne l’illusion de voir la végétation montagnarde dans toute sa diversité. Le parcours est constitué de différents tableaux qui ont été soigneusement pensés et l’illusion est encore à son comble lorsque l’eau jaillit sous forme de ruisseau, cascade ou de torrent. 

La forme de ce jardin est une vallée creusée, le visiteur peut prendre un sentier puis un autre, des sentiers serpentent et nous aide à parcourir ce jardin dans tous les sens et permettant d’admirer les innombrables trésors qui nous entourent durant cette visite. L’ensemble de ce jardin est très harmonieux. Pour nous aider à parfaire nos connaissances, les plantes sont étiquetées avec leur nom scientifique et vernaculaire, ainsi que la zone de son habitat. 

En suivant le sentier principal, nous traversons les sols calcaires des étages montagnard et subalpin de l’Europe du Nord, puis nous grimpons à l’étage alpin aux sols acides de différentes zones du globe. Au bout du chemin, se dresse un pont rustique qui enjambe un petit torrent, nous le traversons et nous  sommes dans une zone montagneuse de l’Asie où la végétation y est luxuriante et verdoyante. On grimpe de plus en plus haut, sur un sentier escarpé (porter des chaussures adaptées), nous arrivons  dans une zone découverte et ensoleillée de l’Europe du Sud. La vue panoramique sur l’ensemble du jardin nous donne une impression éblouissante.

Ce jardin alpin, est une échelle réduite de zones montagneuses du globe avec un sentiment d’évasion, alors que nous sommes à quelques pas de l’agitation de la capitale, Paris. L’harmonie est présente et le travail soigneux apporté à ce jardin mérite notre admiration. 

Le Jardin alpin du Jardin des Plantes à Paris

Source :

  • Visite du jardin alpin au Jardin des Plantes à Paris. 
  • Plusieurs entrées : 

57 et 47 rue Cuvier

2, 10, 18 rue Buffon

36, 38 et 40 rue Geoffroy Saint-Hilaire

Place Valhubert

75005 Paris

  • Ouvert au public toute l’année, gratuit.

Pour aller plus loin : voir le Jardin alpin de la Jaÿsinia

Les jardins de Bagatelle

Les jardins romantiques ou anglo-chinois

A la fin du XVIIIè siècle, on les appelait « les jardins anglo-chinois ». En 1757, un ouvrage intitulé « les maisons et jardins chinois » de Chambers, fit sensation en France comme en Angleterre et en Allemagne, ce qui suscita tant d’enthousiasme que les créations se multiplièrent. Le jardinage était devenu le caprice favori de la société française. On vit apparaître des treillages ornementés, de maints arrangements nouveaux au potager, dans les pots et dans les serres pour les plantes rares : tulipes, asters…

En 1777, le jardin de Bagatelle est créé, mais c’est aux abords des bâtiments que l’on peut encore apercevoir les arrangements géométrique et régulier des jardins du 17è siècle, de Le Nôtre. Les jardiniers laisseront « la règle et le compas qui traçaient les jardins réguliers, pour le crayon et la grâce du pinceau », propos repris de l’architecte Béranger, des jardins de Bagatelle. Des travaux sont entrepris sur dix hectares, annexés sur l’ancienne concession. La grande entrée (devenue avenue des Acacias) de barrière en bois rustique est remplacée à la demande du marquis de Hertford, par des grilles monumentales et il fit construire un pavillon louis XVI pour le portier.

A la lecture de l’ouvrage intitulé « Voyage pittoresque en France », l’auteur décrit un rocher élevé duquel sort une nappe d’eau, qui tombe en forme de cascade qui finit par chuter dans le lac. Aujourd’hui, lorsque vous vous promenez dans les jardins de Bagatelle, vous êtes transporté dans un jardin du XVIIIè siècle, mais la vue de cette cascade est bien réelle, l’eau de la cascade vient d’un réservoir conçu par H. Robert1.

En continuant la visite, on tombe sur une vaste pelouse, dont un chemin qui conduit au château. Contre le mur de la terrasse du château, un parterre de collections de pivoines herbacées et arbustives nous accueillent, certaines aux tons pastels et de forme simple, d’autres semi-simple ou double de couleurs éclatantes. Un chemin nous mène au bord du bassin  aux nénuphars ; la vue offre à voir des plantes vivaces rares et surprenantes par leur forme et leur couleur inhabituelles. En franchissant un petit gué en pierre, nous arrivons devant une grotte, d’où l’eau jaillit dans un ruissellement continu qui agrémente le parcours. A la sortie de la grotte, on arrive de l’autre côté du bassin bordé de magnifiques arbres centenaires d’essences variées, qui font partie de la collection botanique de Bagatelle. 

Les collections des plantes de Bagatelle

Les végétaux par les différents propriétaires furent répertoriés et étiquetés. La partie où se trouvait le potager a été transformée, on peut y voir encore des collections de plantes vivaces et de plantes sarmenteuses. Sur des arceaux, les glycines de Chine (mauve) et du Japon (blanche) alternent par leur couleur et leur parfum suave, sont des plus agréables effets. Sur le mur d’enclos, courent des roses grimpantes et des clématites à grandes fleurs. 

En poursuivant le chemin, on tombe sur la petite maison du chef jardinier où se trouve des carrés de plantes aromatiques et de potager. Sur le mur, les chèvrefeuilles et les clématites succèdent aux rosiers. L’allée qui conduit à la Roseraie passe devant l’Orangerie qui est en rénovation, les orangers en pot sont déjà sortis sur la terrasse. 

La Roseraie de Bagatelle

Les origines de la création de la Roseraie de Bagatelle date de 1880, c’est  au cours d’un Conseil municipal qu’à eu lieu les discussions et les propositions pour fonder un institut de botanique et de culture. Mais c’est en 1883 qu’un conseiller municipal3, relança le projet de la création de la Roseraie, et que le Conseil ratifia le projet en invitant le Préfet à sa mise en oeuvre.

Des délégations s’en suivirent, qui allèrent s’enquérir à Londres de l’organisation du jardin botanique de Kew, dont la réputation était déjà internationale. Le projet de la Roseraie de Bagatelle restera sans suite, jusqu’à ce que le 30 décembre 1905, on rouvrit le dossier sur le projet, avec des collections horticoles d’arbres, d’arbustes et de végétaux d’ornements, permettant ainsi à l’industrie agricole de la Région de Paris de lutter contre la concurrence anglaise, américaine, belge, hollandaise et allemande. Il fut décider des expositions permanentes, des plantes, des fleurs qui profiteraient aussi bien aux horticulteurs qu’aux amateurs jardinier, ainsi le Parc de Bagatelle resterait ouvert au public. Les conclusions votées, un rapport fut émis4, mais un autre projet5 en date du 17 mars 1906, reprend l’historique de la question puis fait une proposition à l’initiative du privé, en vue des expositions horticoles de plantes diverses, de l’entretien des collections et le concours de spécialistes. Le Conseil chargea M. Forestier6 de demander aux rosiéristes de France de contribuer à la création d’un Rosarium à Bagatelle. 

M. Graveraux7 écrivit au conservateur, le 12 janvier 1906, pour offrir ce qu’il avait de plus beau dans sa Roseraie à l’Haÿ. Ce sont 1 500 espèces et variétés de roses qui furent offertes à la ville de Paris, le 17 janvier 1906. La presse relaya l’information. L’opinion publique témoigna de sa gratitude envers le donateur et la ville de Paris rendit un hommage à M. Graveraux par une lettre du préfet de la Seine. Ce don permis de dessiner et de mettre en place les collections de la Roseraie très rapidement. 

La création de concours de roses

A Bagatelle, le but est de mettre à disposition des collectionneurs et spécialistes de roses de tous types, toutes espèces. Les visiteurs pourront y voir les rosiers nouveaux, cultivés en plein air pour qu’on puisse en connaître les qualités et les défauts de ces rosiers, à cultiver dans leur jardin.

Et c’est bien la Roseraie de Bagatelle qui mérite la visite de tous les amoureux de la Rose. La Roseraie à des lignes bien tracées, bien régulières, elle a la forme d’un rectangle à ses parties extérieures divisée dans le sens de la longueur et de la largeur, par des allées très droites. Ces allées permettent d’avoir des plates-bandes rectangulaires, à angles très prononcés. Les lignes du milieu sont bordées de piliers en fer de 4m de hauteur, recouverts de rosiers sarmenteux. Dans la partie médiane de la Roseraie, est réservée aux roses nouvelles. La disposition des roses est mise en valeur, par l’encadrement qu’elles offrent dans les grands rectangles. La treille du fond, enchante tout particulièrement le regard, par les luxuriantes guirlandes de roses qui offre un spectacle grandiose et féérique.

Après examen de la collection de Bagatelle, on peut se réjouir du travail effectué dans la Roseraie, une véritable sélection du genre rosier, de toute les parties du monde. Leur classement est basé sur des données scientifiques permet de ranger par ordre plus de 10 000 pieds. 

Les amateurs de roses peuvent ainsi fixés leur choix d’une façon précise en se basant sur la qualité de chacune d’elles et de leurs goûts, ou l’utilisation qu’ils recherchent. Chaque variété de rose porte une fiche qui mentionne son nom, son numéro de groupement horticole et numéro d’ordre dans les plantations : le nom de son obtenteur et l’indication sur l’origine de la variété, c’est par là même que ce jardin donne toute sa dimension, “un jardin-école unique au monde”. 

Sources : 

  • Bagatelle et ses jardins (avant 1860), librairie horticole, 1910. BNF, Gallica
  • Le château de Bagatelle, roseraie, Gallica.

De l’auteur, « Visite des jardins de Bagatelle », juin 2019.

  1. Dessinateur des jardins du Roi.
  2. M. Lanesson ouvre la discussion en séance du 17 mars 1880.
  3. M. Massoulon
  4. M. Jousselin
  5. M. Quentin-Bauchart
  6. Conservateur du secteur Ouest des promenades Paris, et créateur de la Roseraie de Bagatelle.
  7. Jules Gravereaux, (né en1844, mort en 1916), créateur de la Roseraie de L’Haÿ, aujourd’hui, propriété du Département du Val-de-Marne depuis 1968.


Les Jardins de Bagatelle


Les jardins du Luxembourg

Le rêve d’une reine

Marie de Médicis1, fit créer les dessins et plantations des jardins du Luxembourg dès 1613. Blondel2 en dessina les dimensions sur des planches. L’architecte de la Reine, est Salomon de Brosse (Il mourut le 9 décembre 1626, fils de de Jean de Brosse, architecte de la Reine Marguerite de Navarre). Il fut chargé de la construction du palais qui dura plus de dix ans et marqué par des incidents. La nature du sous-sol sur lequel le Palais fut édifié était coupé de carrières ; il fallut le fonçage de 69 puits comblés de maçonnerie pour consolider les fondations.

Une riche histoire archéologique

Il est bon de rappeler que les terrains constituant les jardins et le Palais sont riches d’histoire archéologique : des troupes romaines campaient à cet endroit ; des villas ont été construites sur ces terrains. On trouva une figurine de Mercure en bronze, en creusant les fondations du palais. Chalgrin3 entreprit des remaniements dans les jardins, et on y découvrit des bustes, des figurines, des objets du quotidien, en bronze et en ivoire, des vases avec le nom des potiers, de la céramique, des médailles gauloises et gallo-romaines, des moules à poterie.

Un jardin pas comme les autres

Les riverains avaient obtenus l’autorisation d’ouvrir à leurs frais, une entrée sur le jardin du Luxembourg, en offrant 6 000 Francs à l’école de peinture et sculpture, autorisation qui fut accordée par Louis XV, le 21 juillet 1771. Le Comte de Provence (frère de Louis XVI) aliéna en 1782, une portion considérable des jardins, ainsi furent abattues des allées d’arbres centenaires remarquables et le jardin public fut réduit à l’Ouest à ce que nous connaissons aujourd’hui.

L’histoire de France au Palais du Luxembourg

La Convention nationale4 décida que le siège du gouvernement serait établi au Palais du Luxembourg. Il fut entrepris dans le même temps, l’agrandissement du jardin public. En 1796, on détruisit l’ancienne limite, une zone considérable de terrain prise sur les bâtiments et du clos des chartreux. On construisit la magnifique avenue qui aboutit à l’Observatoire. 

Les transformations du palais

Les plans contemporains des jardins nous révèlent selon un témoin de cet époque, « de longues allées, de palissages, un grand bois, plusieurs jardins remplis de simples et, en face du palais, des parterres en forme de broderies » (voir vidéo, vue générale, source des gravures de la BNF) . Diverses transformations du palais sous le 1er Empire et sous la Monarchie de Juillet ont complètement altéré la disposition primitive.

Le Palais du Luxembourg  devient le siège du Sénat5. En 1801, tous les arbres à l’Est du jardin furent renouvelés et on planta la nouvelle zone de terrains provenant du clos des chartreux. Des modifications importantes de décoration furent entreprises. La grotte de Marie de Médicis fut restaurée en 1802. Tous ces travaux permirent de rendre ce jardin, une des plus belles promenades de la capitale ; c’est l’architecte Chalgrin qui se chargea de l’exécution des travaux extérieurs comme à l’intérieur du palais. Son successeur, l’architecte Pierre Baraguey, entreprit d’autres travaux pour embellir les perspectives du jardin (voir vidéo, vue générale des jardins du palais du Luxembourg).

La reconquête du public

Les jardins du Luxembourg furent ouvert au public ; les parisiens aimaient s’y promener ainsi que les étrangers, le préférant à celui des Tuileries. Il était devenu la de promenade des philosophes bien avant la Révolution ; il est vrai que Diderot le fréquentait déjà dans sa jeunesse et que Jean-Jacques Rousseau y faisait sa promenade matinale.

Aujourd’hui, le jardin du Luxembourg a une renommée universelle. C’est le jardin de la jeunesse estudiantine, les poètes se sont inspirés de ces lieux, les jeunes gens se donnent des rendez-vous amoureux. Ce jardin est dessiné à la française. Les terrasses naturelles qui dévalent de l’Observatoire ouvrent les perspectives. Des statues peuplent les terrasses entourées d’élégantes balustrades, agrémentées de vases décorées de fleurs.

La grotte de Marie de Médicis

La grotte de Marie de Médicis a été enrichie d’une décoration sculpturale sur ses deux faces, rapprochée du palais, et placée dans un nouvel encadrement, à droite du palais. Des eaux de sources du village de Rongis, à côté de Paris, alimentent les jardins du Luxembourg depuis 1624. Cette fontaine est le chef d’oeuvre de plusieurs créateurs, dont le premier fut Thomas Francine6. Elle est édifiée sur un bassin rectangulaire encadré par une plantation d’arbres remarquables, reliés par des lianes de verdure, c’est un endroit très apprécié des parisiens lors de fortes chaleurs. Trois colonnes contiennent trois niches surmontées d’un attique que garnit une écusson aux armes de la Couronne de France. La statue qui occupe la niche centrale, est celle de Polyphème7 qui s’apprête à écraser Acis et Galatée8, placés en dessous du rocher d’où il se penche. 

Le Palais du Luxembourg a vu passer bien de têtes couronnées, de noms illustres d’architectes, d’ingénieurs, de peintres, d’écrivains, de poètes, de sculpteurs, de parisiens et de parisiennes qui ont vécu les évènements successifs de l’histoire de Paris et de l’histoire de la France. Nous retiendrons que ce lieu fut d’abord, l’histoire d’une reine qui aimait et protégeait les arts, elle rêvait de se faire construire le plus beau Palais florentin à Paris, en souvenir de son enfance passée à Florence.

Les jardins du Luxembourg d’hier et d’aujourd’hui.

Sources : BNF

  • Les villes d’Art célèbres, Georges Riat, Paris.
  • Le Palais du Luxembourg par A. Hustin (1904)
  • Le Palais du Luxembourg par A. de Gisors, « origine et description de cet édifice », Paris (1847).
  • Diderot : « le neveu de Rameau ».
  • Ouvrage de Grivaud de la Vincelle (4è avec Atlas).

Vidéo et adaptation de l’auteur.

  1. Reine de France, née le 26 avril 1575 à Florence, morte le 3 juillet 1642 à Cologne ; épouse de Henri IV, Roi de France, elle assurera régence après l’assassinat de Henri IV.
  2. Architecte-écrivain.
  3. Architecte général des bâtiments du Roi et de la Reine Mère, mort le 21 janvier 1811.
  4. Régime politique français, gouverna de 1792 à 1795 sous la Révolution française. Elle fonda la Première République (1792-1804).
  5. Chambre haute du Parlement français.
  6. Ingénieur florentin,  construction 1630 ; de Jean-François-Thérèse Chalgrin, architecte français ; de Alphonse-Henri Guy de Gisors, architecte français et Auguste Ottin, sculpteur français. 
  7. Dans la mythologie grecque, il est un cyclope, fils de Poséidon et de la nymphe Thoosa.
  8. Deux amants de la mythologie grecque.

Les agrumes à Paris

Merveilleux agrumes à l’Orangerie du Luxembourg
Les agrumes dans un jardin…

Le jardin du Luxembourg à Paris, accueille deux cents arbres dans son orangerie pendant la période hivernale. Les citronniers et autres agrumes ne supportent pas une température en dessous de -4° de façon prolongée. L’orangerie est idéale mais tout le monde n’a pas la chance d’en posséder une. Une serre peut faire l’affaire, mais les agrumes ne supportent pas d’être confinés, aussi faut-il aérer régulièrement quand la température est de 5° à 10°. Les agrumes sont des arbres à feuilles persistantes et ont une croissance continue. Les températures ne doivent pas être gélives pendant la période hivernale.

La protection des agrumes en pot

Au printemps, les températures remontent, on serait tenté de les mettre dehors mais il vaut mieux attendre fin avril à mi-mai, pour être sûr de ne pas avoir de mauvaises surprises (gelée nocturne ou matinale). Les personnes qui n’ont qu’un garage peuvent les abriter temporairement en éclairant les agrumes, si la température est négative, un chauffage d’appoint peut dépanner. Les agrumes dans des grands pots ne peuvent être rentrés, ils resteront sur la terrasse ou sur un balcon en hiver, en les protégeant contre les vents et le froid près d’un mur ou d’une fenêtre et en entourant la ramure de la plante d’un voile hivernal. Vous pouvez entourer les pots de polystyrène, ce qui protégera les racines très sensibles au gel.

Les engrais au printemps

Pendant la période de repos hivernal, les agrumes n’ont pas besoin d’engrais ; les arrosages sont à dispenser très modérément (tous les quinze à vingt jours). Recommencez à nourrir les agrumes au printemps, période de reprise de la végétation (une fois par semaine) avec du sang séché, qui a une action plus rapide qu’un engrais standard (trop d’azote fait tomber les feuilles), mais pas de surdose qui pourrait endommager les racines. 

Le rempotage de la plante, tous les quatre ans

Les agrumes peuvent être rempotés lorsqu’ils sont à l’étroit dans leur pot, tous les quatre ans (selon le volume du conteneur). Vous adapterez le pot au volume de la plante. Laisser le point de greffe au-dessus de la terre. La terre ne doit jamais être détrempée, car cela fait pourrir les racines de l’arbre. La terre doit être bien drainée. Avant de rempoter, vérifier si le pot a un trou pour évacuer l’eau. Vous pouvez utiliser des tessons et ajouter un géotextile pour éviter que les racines ne bouchent le trou pour évacuer l’eau. L’agrume se plaît dans une terre de jardin, mélange de terreau, de tourbe et de sable. Grattez les racines superficielles avant de rempoter l’agrume dans son nouveau pot.

L’arrosage, quelques précautions

L’arrosage avec l’eau de pluie est à privilégier, car cela évite le calcaire qui fait jaunir les feuilles des agrumes (c’est la chlorose, le blocage du fer à cause du calcaire). Autrement, une eau non calcaire est recommandée. On évitera la soucoupe car l’eau stagne et la plante n’aime pas ça ! Il est préférable d’arroser une première fois avec deux litres d’eau, puis un deuxième arrosage avec trois litres qu’une seule fois, car la plante a ainsi le temps d’absorber l’eau.

La taille de l’agrume

La taille des agrumes se fait à la mi-septembre, avant de les rentrer ou à la sortie de l’hiver (mi- avril ou mai, selon la région). Tous les agrumes supportent très bien la taille, afin d’équilibrer la plante et de la nettoyer.

Les maladies fréquentes de l’agrume

Les maladies des Citrus sont fréquentes, il s’agit des cochenilles farineuse ou à carapace. Il suffit de nettoyer les parties atteintes avec un bâtonnet et de l’huile de colza et de bien mouiller le feuillage. En période de forte chaleur, il est bon d’arroser le soir. Autre maladie, le mildiou qui est un champignon, il suffit de nettoyer les feuilles atteintes. Les fourmis se régalent des fleurs de Citrus et les pucerons sécrètent du mildiou. 

Source : d’après les conseils du chef jardinier, M. Piperno, du jardin du Luxembourg à Paris et de Marc Mennessier, journaliste du Figaro, ingénieur agricole.

Texte, photos et vidéo de l’auteur.

Sauvetage de Notre-Dame de Paris

L’opération de sauvetage de Notre Dame de Paris

La structure de la cathédrale parisienne, fragilisée par le brasier et l’eau pour éteindre l’incendie, devra subir une importante opération de sécurisation et de consolidation, avant de passer à l’étape du diagnostic.

Déblayer les gravats sans gêner l’enquête, achever la pose du parapluie pour protéger l’édifice, démonter les vitraux pour faciliter la pose d’une double rangée de poutres au-dessus et en deçà de la voûte…La sécurisation de Notre Dame de Paris partiellement détruite par un incendie le 15 avril s’avère aussi délicate que longue.

Cet indispensable préambule à la phase du diagnostic ne sera pas achevé avant l’été. «On est toujours en phase de sécurisation et de protection des biens, il faudra au moins 4 mois», a estimé lors d’une conférence de presse Frédéric Létoffé, président du Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), qui regroupe environ 200 entreprises. Actuellement 80 personnes sont mobilisées pour cette phase initiale, tant pendant la journée que la nuit.

Concrètement, la sécurisation de Notre-Dame a d’abord consisté en la mise en place d’un parapluie, achevé quelques jours après l’incendie pour protéger le site des intempéries. Puis commencera un long travail particulièrement minutieux. Il s’agira en effet de mettre en place un vaste réseau de poutres au-dessus et en dessous des voûtes de l’édifice. Cette structure devra prévenir les éboulements, toujours redoutés. «Elles vont rester un certain temps parce qu’elles vont aussi servir (…) d’accès pour travailler sur les voûtes», a souligné Frédéric Létoffé. Concrètement, plus de 1000 mètres carrés de vitraux seront déposés par des artisans spécialisés.

Prudence sur les délais

Le long et délicat retrait des tonnes de gravats seront soigneusement examinés pour les besoins de l’enquête de police destinée à déterminer les causes de l’incendie. Ensuite seulement débutera la phase de diagnostic pilotée par l’architecte Philippe Villeneuve.

La question des délais de restauration, et la tournure politique qu’elle semble prendre, est toujours traitée avec la plus grande circonspection. «On ne sait pas l’état structurel des voûtes, à la fois à la suite du feu et des arrivées d’eaux destinées à l’éteindre», a indiqué Frédéric Létoffé. Celui-ci est un peu plus optimiste qu’au lendemain de la catastrophe. Juste après l’incendie, il estimait que 10 à 15 ans seraient nécessaires. Désormais, il considère que les délais pourraient être plus courts si, notamment, les procédures administratives étaient facilitées.

Selon l’ingénieur qui avait réalisé un rapport sur les risques d’incendie dans la cathédrale, les parties hautes de la nef pourraient s’effondrer en cas de tempête. «Notre-Dame a réellement perdu de sa capacité de résistance», estime-t-il.

La résistance de la structure de la cathédrale Notre-Dame de Paris à des vents violents a nettement diminué depuis l’incendie qui l’a ravagée, s’est inquiété le professeur Paolo Vannucci, spécialiste de mécanique et bon connaisseur du bâtiment. «On a mesuré une diminution de 60% de la résistance au vent. La structure a changé. Une partie de cette structure n’existe plus, la toiture a disparu, ainsi qu’une partie de la voûte. Cet effondrement d’une partie de la voûte a causé les dommages les plus importants» pour l’équilibre du bâtiment gothique, a souligné à l’AFP Paolo Vannucci, qui est professeur de mécanique à l’Université de Versailles et explique avoir utilisé un modèle numérique pour procéder à des simulations.

L’ingénieur, qui avait réalisé en 2016 un rapport sur les risques d’incendie à Notre-Dame, calcule dans le magazine spécialisé «Batiactu» qu’avant l’incendie, «la vitesse des vents critiques que pouvait supporter la cathédrale était de 222 km/heure» et qu’elle «n’est plus que 90 km/heure aujourd’hui». Il n’a pas exclu « qu’une violente tempête puisse en l’état actuel entraîner l’effondrement d’une partie du clair-étage, c’est-à-dire la rangée supérieure des murs de la nef ornée de vitraux », tout en soulignant qu’il s’agit de simples hypothèses tant que les données précises ne sont pas précisément connues sur l’état de la structure.

«Notre-Dame a réellement perdu de sa capacité de résistance. Les voûtes ont été exposées à des hautes températures, et les pierres et mortiers ont subi des dommages», ce qui fait que «la résistance en compression a été amoindrie», affirme cet expert. La fragilisation du monument doit être évaluée sous toutes les coutures par les experts avant tous travaux. Le feu et l’eau ont eu des effets fragilisants et corrosifs qui peuvent perdurer ou se manifester à long terme. Une des priorités absolues est la mise hors d’eau et le séchage. Le bâchage intérieur et extérieur a débuté mardi.

Cloches électrifiées malgré le risque de court-circuit, long délai pour alerter les pompiers, ouvriers qui fument sur les échafaudages… de nombreuses erreurs ont été commises avant l’incendie du 15 avril, révèle Le Canard enchaîné.

À qui incombe la responsabilité de la catastrophe de Notre-Dame de Paris? Si les enquêteurs pour l’heure retiennent “la thèse accidentelle de destruction involontaire” a été retenue par le Parquet de Paris, des failles de sécurité auraient retardé l’intervention des pompiers, le soir du drame. Le Canard enchaîné, dans son édition de mercredi, révèle que les soldats du feu n’ont été appelés que trente-cinq minutes après la première alerte incendie, contre vingt minutes annoncé officiellement. Ce retard est dû, d’après l’hebdomadaire, à «une série d’erreurs humaines».

Si une première alarme a effectivement retenti cinq minutes après l’alerte du détecteur de fumée, celle-ci a été considérée comme une «fausse alerte». Le régisseur et un agent de sécurité de la cathédrale, envoyés sur les toits pour vérifier la véracité de l’alerte, n’auraient rien trouvé. La faute, selon eux, à un employé du PC sécurité de la société Elitys, qui n’aurait pas correctement indiqué la zone concernée. Contactée par le journal, l’entreprise dément formellement. Finalement, le régisseur et l’agent de sécurité sont parvenus à localiser les flammes à la base de la flèche, avant de prévenir les pompiers, 35 minutes après les premiers signaux du détecteur de fumée.

«Fumer sur les échafaudages»

Concernant la source du feu, la Brigade criminelle privilégierait aujourd’hui «la piste du court-circuit». En cause, «les moteurs des ascenseurs des échafaudages et les boîtiers électriques nécessaires aux travaux». Problème: ces matériaux se trouvaient loin du point de départ de l’incendie. Selon Le Canard enchaîné, des ouvriers, interrogés par la police, ont avoué qu’il leur arrivait de «fumer sur les échafaudages». Une pratique strictement interdite. Sept mégots auraient d’ailleurs été retrouvés sur les lieux. Pour autant, il est «hors de question» que cette négligence soit à l’origine de l’incendie, s’est défendu le porte-parole de l’entreprise Le Bras Frères, Marc Eskenazi.

Des responsables de la cathédrale, interrogés par le journal, ont en outre confirmé que des fils électriques couraient dans les combles du monument, l’exposant à des «courts-circuits». Une pratique interdite par tous les règlements de sécurité. Quant à la flèche, elle abritait trois cloches. Celles-ci ont été électrifiées «au début des travaux de rénovation des grandes cloches des beffrois» en 2012, selon l’hebdomadaire. Malgré la fin des travaux, l’électricité n’aurait pas été coupée. Le jour du drame, les cloches auraient tinté lors des messes de 8 heures, 9 heures, midi et 18h04, soit douze minutes avant la première alerte du détecteur de fumée.

Des colonnes sèches insuffisantes

Autre faille: le plan incendie, mis en place par la direction régionale des affaires culturelles, n’aurait pas été respecté. Ce dispositif prévoyait notamment la mise en place d’un PC sécurité 24h/24, avec deux surveillants payés par l’État. Or, un seul homme était présent et seulement de 8 à 23 heures.

Enfin, les colonnes sèches, censées pouvoir être raccordées en extérieur à une source d’eau, ne permettaient pas de délivrer plus de 200 à 500 litres par minute. «Le débit pour éteindre un départ d’incendie mais pas un brasier de grande ampleur», croit savoir le journal satirique. Cette insuffisance aurait contraint les pompiers à battre en retraite avant de remonter plus tard, armés de lances plus puissantes.

Les travaux de bâchage de Notre-Dame de Paris ont débuté, en commençant par l’intérieur de la cathédrale, en effet, la pluie est tombée deux jours après l’incendie, «Les travaux de bâchage ont commencé, a indiqué à l’AFP le responsable communication de Notre-Dame, André Finot. On va commencer par le chœur, puis la nef».

Les dégradations et les affaissements qu’est susceptible de causer le ruissellement de l’eau sur l’édifice et les œuvres qui s’y trouvent encore sont redoutés, alors que d’importantes quantités d’eau ont déjà été déversées dans l’édifice par les pompiers pour éteindre l’incendie géant du 15 avril.

Comme c’est le cas dans ce type de chantier, une sorte d’immense «parapluie» doit être installé à terme afin de protéger le bâtiment de façon permanente des intempéries, le temps pour les ouvriers d’effectuer les travaux de reconstruction. Cette installation pourrait prendre des semaines.

L’objectif que la reconstruction de la cathédrale soit achevée dans les cinq ans est un délai tenable aux yeux de nombreux experts, mais trop court, selon d’autres, notamment en raison des délais des expertises.

Selon divers architectes interrogés, la phase préalable aux travaux proprement dits devrait être la plus longue et la plus complexe: il faut tout d’abord déblayer, mettre hors d’eau, assainir, enquêter sur les causes du sinistre, consolider les parties fragiles, faire des évaluations sur les travaux souhaitables, puis lancer des appels d’offres, et, pour les entreprises retenues, préparer le chantier (échafaudages, etc.). À cela s’ajoutera le concours international d’architectes pour la reconstruction de la flèche. Ensuite, les technologies modernes devraient permettre de mener à bien le chantier assez rapidement.

Les causes de l’incendie pas encore déterminées

L’origine accidentelle (court-circuit notamment) est privilégiée. Mais la cause pour l’instant n’est pas éclaircie, et les débris calcinés vont être passés au peigne fin à la recherche du moindre indice. La thèse d’une action malveillante paraît très improbable même si elle a été évoquée, notamment dans les partis de droite et d’extrême droite.

Les dédommagements pour les biens détruits lors du sauvetage du bâtiment ont été évoqués. Mgr Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale, avait annoncé son intention de «porter plainte pour destruction involontaire», pour que «les assurances fonctionnent» pour les biens appartenant à l’Église à l’intérieur de l’édifice, a-t-on appris auprès du diocèse.

D’après un article du journal « Le Figaro ».

Un mois après l’incendie de Notre-Dame de Paris, l’opération de sauvetage continue.


Notre Dame de Paris, restera Notre Dame.

Reconstruire à l’identique ou moderniser l’édifice ? Après le terrible incendie qui a dévasté la cathédrale Notre-Dame, les débats sur la meilleure façon de lui rendre sa grandeur occupent l’espace médiatique. Entretien avec l’historien Dominique Poulot, spécialiste de la notion de patrimoine.

Près de 22,7 millions d’euros : à la date du 30 avril, c’est la somme qu’affirme avoir collecté la Fondation du patrimoine, selon son site, pour “sauver Notre-Dame de Paris”. Plus de 200 000 Français, pas aussi fortunés que Bernard Arnault ou François Pinault, ont mis la main à la poche pour aider à restaurer le monument ravagé par un terrible incendie, le 15 avril dernier. Pas de doute, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience qu’il retrouve tout son éclat. 

Mais l’émotion provoquée par le désastre a laissé place à un débat nourri sur le sujet, plus technique, autour de la façon de reconstruire. Des spécialistes de la conservation des monuments ont notamment appelé Emmanuel Macron à la “prudence”, dans une tribune publiée le 28 avril par Le Figaro, jugeant précipité le délai de cinq ans annoncé par le président. Edouard Philippe, lui, a évoqué “une nouvelle flèche adaptée aux techniques et enjeux de notre époque” et annoncé que la question ferait l’objet d’un “concours d’architecture international ».

Les ébauches publiées par certains architectes, accueillies parfois avec enthousiasme, ont le plus souvent provoqué dérision ou inquiétude. Le débat est si vif qu’il fait maintenant l’objet de sondages : selon une étude de YouGov pour le HuffPost et CNews publiée le 30 avril, 54% des sondés souhaitent que Notre-Dame soit restaurée “à l’identique”, quand seuls 25% souhaitent un “geste architectural ».

Pour comprendre pourquoi les Français sont si attachés au respect du monument original, et quand est née l’idée qu’un tel monument devait rester identique pour l’éternité, Franceinfo a interrogé l’historien Dominique Poulot, spécialiste de la notion de patrimoine, et professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Franceinfo : L’émotion que l’on a pu observer lors de l’incendie de Notre-Dame, et les passions que déchaîne la question de sa reconstruction, témoignent de l’attachement des Français aux monuments historiques. Quand nait en France cet attachement au patrimoine ?

Dominique Poulot : Le goût pour la conservation commence lors de la période du romantisme, dans les années 1830-1840. C’est le moment où Victor Hugo écrit Notre-Dame de Paris [publié en 1931]. Au XVIIIe siècle, on avait déjà fait des fouilles, découvrant que le site où elle était édifiée était très ancien, et l’idée était née qu’il s’agissait du plus ancien morceau de Paris. Avec le succès du roman de Victor Hugo, qui a été un best-sellerincroyable, elle est devenue une cathédrale romantique.

A l’époque, Victor Hugo s’engage par ailleurs dans des commissions officielles sur la question du patrimoine. Prosper Mérimée, nommé inspecteur général des monuments historiques, essaie de mobiliser les élites locales pour sauver les monuments. Et certaines publications, comme la série d’albums illustrés Les Voyages pittoresques, qui montrent des paysages urbains de France, des ruines, des églises, des arènes, ont un certain succès et contribuent à donner une image plus vaste du patrimoine. Mais c’est encore très cher et réservé à une élite qui sait lire.

Le sentiment d’attachement aux monuments reste alors, quand il s’agit de monuments religieux, politiquement clivé entre la droite et la gauche. La droite a longtemps accusé la Révolution française d’avoir voulu détruire les églises et la République a eu un discours un peu hésitant sur la question jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Existe-t-il un événement qui marque un tournant pour le patrimoine ?

Le tournant, c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat [par la loi de 1905], car se pose alors la question de l’entretien des édifices religieux. Avant, il était considéré comme une affaire collective. Mais si on crée une séparation entre ceux qui se servent de ses édifices et les autres, pourquoi ces derniers paieraient ? Il faut imaginer un sens différent du sens religieux. Maurice Barrès, s’adressant à l’Assemblée, dit alors qu’il ne défend pas les églises au nom des dieux chrétiens, mais parce qu’elles sont l’histoire de la France. La loi de 1913, qui est la grande loi sur les monuments historiques, est votée, et on décide que l’entretien des cathédrales comme Notre-Dame relève de l’Etat, et le reste de l’investissement des fidèles.

Arrive la première guerre mondiale, et notamment la destruction de la cathédrale de Reims, touchée par des obus. Elle provoque un mouvement d’émotion un peu comparable, toute proportion gardée, à celui que l’on voit aujourd’hui. A la différence que c’était quelqu’un, l’ennemi, qui avait détruit l’édifice. L’émotion était unanime, on ne cherchait plus à savoir si on était catholique ou républicain…

Mais si les Français commençaient à s’attacher à leurs monuments, étaient-ils aussi attachés qu’aujourd’hui à l’idée qu’il fallait les conserver à l’identique ? Après tout, la flèche qui a disparu dans l’incendie, réalisée par Viollet-le-Duc, ne datait que de 1859, après plus de 60 ans sans flèche sur Notre-Dame ?

La question de la restauration de Notre-Dame par Viollet-le-Duc est complexe. Il revendiquait l’invention de la théorie de la restauration des monuments, qu’il a détaillée dans son dictionnaire d’architecture. Il explique qu’il ne faut pas les remettre dans l’état dégradé dans lequel ils se trouvaient avant qu’ils soient restaurés, mais réaliser ce que l’architecte de l’époque aurait fait s’il avait pu aller au bout de sa réflexion. Viollet-le-Duc était persuadé de pouvoir faire comme aurait fait un architecte du XIIIe siècle – ce qui a fait débat à l’époque – et il a même détruit des ajouts postérieurs à cette époque pour revenir à un état primitif de Notre-Dame. Il a créé une nouvelle flèche, certes, mais il était confronté à l’absence de source sur ce qu’était la première flèche.

Et il était dans l’idée qu’il fallait finir la cathédrale. De nombreuses cathédrales n’étaient pas achevées à l’époque, on considérait qu’on pouvait le faire en essayant d’être cohérents par rapport au modèle original. La cathédrale d’Orléans a continué à être bâtie jusqu’au XVIIIe siècle parce qu’elle était inachevée, en essayant de “faire gothique”, mais avec des dessins de leur temps.

Cette théorie fixée par Viollet-le-Duc va être appliquée par les architectes français, mais pas forcément ailleurs en Europe. En Angleterre ou en Allemagne, il a des adversaires qui pensent que revenir aux origines des monuments est une utopie, et privilégient l’entretien des édifices, quand une spécialité française est de laisser tomber en ruines jusqu’à ce qu’on intervienne. Ces débats aboutiront à la charte de Venise [traité international sur la conservation et la restauration des bâtiments anciens signé en 1964, PDF], qui dit qu’il ne faut toucher à rien, tout laisser en l’état. Mais ce n’est pas une science exacte et elle est encore appliquée de façon variable. Les Français ont tendance à décaper un bâtiment pour qu’il ait le même aspect partout, tandis que les Italiens, par exemple, sont moins interventionnistes et vont davantage garder la patine du temps.

On peut donc restaurer un bâtiment historique en étant “interventionniste” sur certains aspects. Pourquoi, dans ce cas, l’opinion publique est-elle si hostile à l’idée de construire une nouvelle flèche moderne issue d’un concours international d’achitecture ?

Les modalités de cette décision, prise d’en haut, par l’Etat, me paraissent assez dépassées. L’évolution internationale sur ces questions estime qu’il faut davantage faire participer la population au débat. Et, surtout, les architectes candidats à ce concours ne seront pas, a priori, des spécialistes du monument. N’importe quel architecte va pouvoir imaginer ce qu’il veut. Alors que, depuis un siècle, s’est constitué une spécialité d’architectes qui travaillent sur les monuments anciens.

Utiliser des matériaux contemporains n’est pas forcément choquant. La charte de Venise établit l’idée que la restauration doit être réversible et visible. L’utilisation de matériaux contemporains peut servir à montrer le contraste entre ce qu’on a rebâti et l’ancien. La cathédrale de Reims a été restaurée avec du béton. Mais c’est de la restauration, pas une création ex nihilo.

Comment traitait-on les monuments avant cette prise de conscience de l’importance du patrimoine ? A-t-on perdu une partie de ce dernier, faute de s’en préoccuper ?

Avant l’invention de l’idée de monument historique, on pensait qu’un bâtiment servait avant tout à quelque chose, qu’il devait répondre à une fonction. Et s’il ne correspondait pas à cette fonction, on l’aménageait. Au XIXe, quand on a commencé à évoquer leur conservation, on a débattu de ce qu’il fallait conserver. On expliquait alors qu’un hôtel de ville, une cathédrale, une église, devaient être absolument exceptionnels pour être conservés. Sinon, la priorité était qu’ils répondent à leur usage. 

Au début, on conservait surtout des églises médiévales, sans vraiment attacher d’intérêt à ce qui datait du XVIIe ou XVIIIe siècle. Dans les années 1820-1830, il y a par exemple eu un débat sur le château de Chambord, pour savoir s’il méritait d’être préservé ou s’il valait mieux le raser et vendre les pierres. C’est une époque où beaucoup de châteaux délaissés ont été rachetés à bas prix par des spéculateurs et détruits. Dans les premiers temps, les deux critères pour faire partie du patrimoine étaient qu’un bâtiment soit intéressant artistiquement ou historiquement et l’idée était qu’il fallait un laps de temps pour cela.

Est-il arrivé que des bâtiments soient contestés lors de leur construction, mais finissent par être acceptés au sein de ce qu’on considère être le patrimoine ?

La pyramide du Louvre a été très décriée. Aujourd’hui, c’est l’image que les touristes vous montrent quand ils vous demandent comment se rendre au Louvre. Mais le meilleur exemple, c’est sans doute la tour Eiffel. Quand elle a été construite, il y a eu une levée de boucliers, et on parlait de la démolir après l’exposition universelle. Aujourd’hui, c’est une icône. Il est difficile d’expliquer pourquoi un monument va s’enraciner dans le patrimoine, c’est assez mystérieux. Ce n’est une évidence qu’a posteriori.

En revanche, le fait qu’on ait changé la couleur de la tour Eiffel, et qu’on y ait ajouté des lumières, ne choque personne parce que c’est un monument de la modernité. Les premières lumières qu’on a installées dessus [en 1925] étaient même une publicité pour Citroën. Je pense, cela dit, qu’aujourd’hui une telle publicité choquerait, preuve que la tour Eiffel est entrée plus profondément dans le patrimoine qu’à l’époque.

Plus largement, le champ du patrimoine s’est élargi formidablement. Dans les années 1930 a commencé la patrimonialisation de l’art populaire, qui n’existait pas avant. Pour la première fois, ce que faisaient des paysans pouvait avoir de l’intérêt, être montré dans un musée et être vu comme esthétiquement beau. Puis, le très contemporain est entré dans cette catégorie, avec André Malraux, qui a fait entrer dans le patrimoine les bâtiments de Le Corbusier. Aujourd’hui, un architecte peut espérer voir de son vivant son édifice considéré comme faisant partie du patrimoine.

Est-ce que la vision qu’ont les Français de ce qui constitue notre patrimoine correspond forcément à celle qu’en a l’Etat ?

Ce sera la principale question pour les années qui viennent. Ce à quoi les gens s’attachent n’est pas forcément ce que les spécialistes recommandent de sauver. Quand on a protégé certains hangars des années 1930, ou des installations ferroviaires, ça a choqué. Il n’est pas évident que tout le monde comprenne pourquoi on préserve le patrimoine industriel récent. C’est pour ça que le rôle de l’Etat est important. Le public peut donner aux moments auxquels il tient, mais il faut du financement pour le reste.

Par exemple, il est difficile de financer la restauration du petit patrimoine local, les lavoirs de certains villages, par exemple. Même si localement les gens y sont attachés, ça ne va pas forcément les convaincre de donner de l’argent. Même Notre-Dame avait du mal à trouver des fonds avant l’incendie. L’organisation du loto du patrimoine correspond très clairement à un désengagement de l’Etat, sur le modèle anglais. On demande à la société civile de pallier ce retrait, mais au fond, les recettes de ce loto représentent très peu d’argent.

N’y a-t-il pas un attachement particulier au patrimoine en France, par rapport à nos voisins ?

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une spécificité française. Chaque pays croit qu’il est spécifique, mais en Italie, par exemple, le patrimoine est idéologiquement et symboliquement au moins aussi important qu’en France. Dans l’Europe d’aujourd’hui, on ne peut pas dire que nous sommes plus attachés que d’autres à nos monuments. Si une autre cathédrale, par exemple Saint-Paul à Londres, avait brûlé, l’écho mondial aurait été le même.

Le retentissement de cet incendie, et l’ampleur des dons de la part non seulement de grandes fortunes mais aussi du grand public, vous donne-t-il de l’espoir pour l’avenir de la conservation du patrimoine ?

Je pense que c’est un phénomène ponctuel, qui ne se reproduira pas. Depuis quelques décennies, on constate l’émergence de “communautés émotionnelles” autour d’événements comme celui-ci. La première s’est formée lors des inondations de Florence, en 1966. Ça a été un événement mondial, la reconstruction a été aidée par un appel aux dons et des jeunes Européens sont venus sur place ramasser la boue. Il y a eu des résultats mais c’est retombé après quelques années. Et, aujourd’hui, le patrimoine italien n’est pas le mieux protégé ni le mieux financé. Je suis donc modérément optimiste pour ce qui est de la France.

Entretien avec l’historien Dominique Poulot, spécialiste de la notion de patrimoine. France-Info, le 4 mai 2019.


Les travaux ont commencés immédiatement après l’incendie.

Le coeur blessé, Notre Dame de Paris

Après l’incendie de Notre Dame de Paris

Notre Dame de Paris, symbole de la bonté et de la générosité

« Nous sommes liés à l’Humanité pour le meilleur et pour le pire ». 

Notre Dame de Paris est l’expression du meilleur, car elle incarne le symbole de la bonté par ses actes de bienveillance sur notre humanité. D’après F. J. Gall (1758-1828), « la bonté, c’est un sentiment naturel de l’homme et des animaux auquel on attribue un organe placé au milieu de la partie supérieure du cerveau. »

Aujourd’hui, la science a démontré que le cerveau s’éduque dès l’enfance. Le sentiment de la bonté nous fait grandir et nous apprend à partager, à être moins égoïste. La bonté est une force et ne saurait être une marque de faiblesse. 

La France a un aura dans le monde de par sa richesse culturelle, et il est de notre devoir de montrer l’exemple, d’avoir un élan de générosité pour nos enfants et petits-enfants. l’Humanité toute entière au-delà les frontières nous exprime ce même sentiment de bonté et de générosité ; il s’agit du symbole de l’Humanité qui nous lie les uns aux autres dans la souffrance ou la joie.

Le devoir, c’est aussi l’obligation de communier en cette semaine de Pâques pour les chrétiens. C’est aussi, ce à quoi l’on est obligé par la loi, créée par les représentants du peuple français, de sauvegarder et préserver nos biens historiques, reconnus comme joyaux de l’Humanité. C’est agir comme on doit agir, de rendre à Notre Dame de Paris, toute sa grâce. 

La cathédrale Notre Dame de Paris nous envoie un message fort, celui de nous transmettre l’amour et la compassion. Les premiers à se mettre à l’oeuvre pour reconstruire ce Trésor, ce sont nos ouvriers unis par les liens du compagnonnage. Nous leur exprimons toute notre gratitude. Nous autres citoyens, nous pouvons contribuer à ce devoir en mettant nos querelles de côté, à se montrer capable de répondre à cette douleur que chacun d’entre nous ressent, qui exprime la perte inestimable de ce Trésor causée par l’incendie.

L’édifice construit par les hommes et les femmes, il y a 850 ans, ont projeté leur espérance, leur croyance d’un monde meilleur ; c’est s’élever à ce qu’il y a de plus grand, « le génie sublime » qui exalte l’âme et la spiritualité de chacun de nous, c’est tout cela, Notre Dame de Paris.

Joëlle Baby