Le cycle de la vie du fleuve Shannon

Aujourd’hui, on s’interroge comme tout le monde  sur le changement de notre environnement. Dans son documentaire, un ornithologue irlandais, témoin de ce changement, constate une augmentation des températures : « les êtres vivants se déplacent constamment vers le nord et l’ouest, parce qu’ils tolèrent les conditions plus douces qu’ils leur sont offertes là-bas ».

En observant la nature, on voit que le nombre d’espèces s’accroît progressivement le long du fleuve Shannon en Irlande, et des êtres qui ne pouvaient pas y vivre auparavant vont bientôt en être capables.

Notamment, l’ornithologue raconte que la première fois qu’il a vu des aigrettes, c’était dans le sud de Espagne. Il n’avait rien vu d’aussi exotique, lorsqu’il se promenait près d’un petit lac, il a été émerveillé par la vue de ces oiseaux d’un plumage immaculé et il n’en croyait pas ses yeux. Quelle fut sa surprise de rencontrer ces oiseaux vingt plus tard, en Irlande, et de les voir se multiplier au côté des hérons. La cohabitation semble se faire sans heurt.

« Les aigrettes sont comme les nouveaux cousins séduisants sous les feux des projecteurs. Les hérons semblent les supporter, mais les aigrettes sont tout simplement plus élégantes. Chaque espèce a accepté la présence de l’autre, même s’il existe une rivalité pour les aires d’alimentation et les sites de nidification. Mais le fait qu’il y ait tellement de poissons dans la rivière qu’il n’existe pas de réelle compétition ».

Autre observation  de notre ami ornithologue, il se souvient d’avoir vu fréquemment des râles des genêts dans presque tous les champs. Il avait l’habitude de les entendre à quelques kilomètres à peine du centre ville où il a grandi.

« Mais aujourd’hui, ils ont disparu de la majorité du pays. Le fauchage doit intervenir plus tôt dans la saison. Avec les oiseaux comme les râles des genêts qui nidifient dans les hautes herbes, lorsque le temps de se trouver un partenaire est passé et que la femelle est assise sur ses oeufs, c’est justement là que l’on coupe les herbes hautes, alors elles n’ont pas le temps d’élever leurs oisillons, c’est pour cette raison qu’au fil des années, le râle des genêts à diminuer en Irlande, d’une rapidité inouïe ».

« Il ne reste plus qu’un mâle aux abords du fleuve Shannon. L’oiseau appelle pour établir son territoire et aussi pour faire savoir à une femelle qu’il est là. Si une femelle est présente dans les environs, elle n’aura qu’à approcher pour le rencontrer, mais c’est irréaliste et improbable. C’est pour trouver une partenaire qu’il a volé jusqu’ici depuis l’Afrique, et il ignore qu’il est tout seul dans le coin ».

Chaque année l’ornithologue s’intéresse à un nouvel animal qui éveille sa curiosité. Cette année là, il s’agit du grèbe huppé.

« Dès que la femelle a pondu ses oeufs, elle les couve. Les deux parents sont très impliqués et ils ont un instinct parental incroyable. A partir du 15 juillet, il n’y a plus un bruit, c’est comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur. Les oiseaux arrêtent d’émettre leurs chants. La saison des amours est terminée et les oiseaux n’ont plus besoin de chanter. Ils n’ont plus à défendre leur territoire de reproduction, ils n’ont plus à attirer les femelles. Soudainement, tout devient calme, parfaitement silencieux ».

« A l’automne, c’est formidable de voir que les écureuils roux sont ici. Le Shannon qui constitue une barrière naturelle depuis bien longtemps, a été très important pour les écureuils roux parce que lorsqu’on a décidé d’importer des écureuils gris en Irlande, ceux-ci n’ont jamais réussi à traverser le Shannon. C’est pour cette raison que les roux sont toujours là. Les roux ne pourraient pas rivaliser, car les gris trouvent de la nourriture plus rapidement et les femelles des écureuils roux ne grossissent pas assez pour pouvoir procréer ». C’est plutôt une bonne nouvelle pour la survie de l’espèce.

Photographies de John Murray.

Adaptation, recherches et montage vidéo, J. Baby

Nouvelle réserve de vie sauvage en Bretagne

Une association transforme des terrains en réserves, libres de toute exploitation humaine. Une initiative inédite et prometteuse.

En France, seulement 1 % du territoire naturel est sous « protection forte ». Si l’Etat a renforcé la défense de ses espaces naturels ces cinquante dernières années, avec la création de statuts tels que les parcs nationaux et régionaux et l’augmentation des réserves naturelles, son  niveau de protection reste variable et insuffisant pour de nombreuses associations de protection de l’environnement.

Dans la majorité des espaces protégés en France, les activités telles que la chasse, la pêche ou l’exploitation forestière sont réglementées mais autorisées. « Tout dépend des négociations avec les habitants des communes environnantes. Il arrive que dans les espaces de haute naturalité, le cœur des parcs nationaux et les réserves naturelles, le pastoralisme et la chasse soient tolérés » explique Jean-David Abel, vice-président et responsable du réseau biodiversité de l’association France Nature Environnement (FNE).

Rien de tel dans la réserve naturelle des Côtes-d’Armor dans le Trégor. Sur quelque 60 hectares qui leur sont dédiés, les loutres, chevreuils, renards et petits rongeurs sont à l’abri de toute intrusion. Pas un chasseur ou un véhicule pour perturber leur tranquillité. Un succès pour l’association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) qui a inauguré samedi 10 juin sa troisième Réserve de vie sauvage après les sites du Grand Barry et des Deux lacs dans la Drôme.

Redonner à la nature son autonomie, libre de toute exploitation humaine, tel est l’objectif de l’association. Créée en 1987, l’ASPAS entend « pallier l’incurie de l’Etat » en matière de gestion publique des aires protégées par l’acquisition foncière d’espaces naturels. Apolitique et indépendante, l’association finance ces espaces grâce aux dons et aux cotisations de près de 10 000 adhérents et à l’aide d’autres associations. Le site du grand Barry de 105 hectares a été acheté à hauteur de 150 000 euros, celui des Deux lacs a été rétrocédé par la fédération des associations de protection de la nature de Rhône-Alpes (FRAPNA), tandis que le site du Trégor a été légué par un particulier.

Le plus haut niveau de protection

Au total, 400 hectares ont été rendus à la nature depuis 2012. Les espaces sont ouverts, permettant la libre circulation des animaux et des hommes sous certaines conditions. La chasse, la pêche, les exploitations forestière et agricole sont interdites, ainsi que le dépôt de déchets, les feux et la cueillette. « Nous sommes la seule zone avec un tel niveau de protection » précise la direction de l’ASPAS. Les sites du Grand Barry dans le Vercors et du Tregor en Bretagne sont les seules réserves naturelles françaises à avoir intégré le réseau Rewilding Europe, un programme de préservation de la nature sauvage qui compte 27 réserves en Europe.

Laissées en friche depuis cinq ans, ces espaces accueillent déjà une nouvelle biodiversité. « Le bois mort, souvent ramassé en forêt publique, contribue à un écosystème forestier en bonne santé. Il a permis d’attirer de nombreux insectes sur nos sites et toute la chaîne alimentaire qui va avec : de nouveaux oiseaux comme les piverts s’y sont installés » se félicite Gilbert Cocher, naturiste administrateur des réserves de vie sauvage de l’ASPAS.

L’association n’a pas encore recensé l’ensemble des populations végétales et animales sur ses territoires, mais les effets de cette renaturalisation prendront un certain temps avant de se manifester : « Le changement de cet écosystème devrait prendre au moins cinquante ans » prévient Gilbert Cocher. Cependant nous observons une différence de comportements entre les animaux en territoire de chasse et les animaux dans nos réserves, la plupart sont moins hostiles à l’homme. Par exemple, les biches, moins stressées par la présence des chasseurs, mettent bas dans nos réserves ».

Chasse interdite

L’interdiction de la chasse est la première revendication de l’ASPAS. « Elle a un impact important sur la diversité de la faune sauvage, les quotas de chasse sont surévalués », dénonce Gilbert Cocher. Selon le dernier bilan publié par l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), plus de 30 millions d’animaux ont été tués par balles en 2016, toutes espèces confondues. Avec 1,4 million de chasseurs, la France est le premier pays cynégétique en Europe.

Censée réguler la surpopulation du gros gibier en zone rurale, l’activité est considérée par la Fédération Nationale des Chasseurs comme « l’un des pivots de l’entretien des territoires, des habitats naturels et de la faune sauvage ». C’est le cas dans le cœur du parc national des Cévennes, où la plupart des sites, classés Natura 2000, autorisent la chasse.

« Faute de prédateurs, comme le loup par exemple, les ongulés (chevreuils, cerfs et sangliers) peuvent être en sureffectif. La chasse peut alors limiter les dégâts causés aux terres agricoles et à l’activité du parc », explique Sandrine Descaves, secrétaire du syndicat National de l’Environnement, agent technique au parc national des Cévennes. « Cependant, la chasse pourrait être davantage réglementée pour certaines espèces », regrette-t-elle.

La réserve de l’ASPAS dans le Grand Barry compte beaucoup de chevreuils, de quoi attirer quelques prédateurs. Il y a quelques mois, en consultant les caméras pièges de la réserve, l’association a eu l’agréable surprise d’accueillir pour la première fois un loup.

Archives Le Monde, 2017.

Recherches par J. Baby

Brocéliande, terre des légendes

La forêt de Brocéliande, en Bretagne

Brocéliande puise sa légende dans le roman du roi Arthur, l’auteur anglo-normand Wace l’a cité comme une forêt féérique. Cette forêt a une réputation d’enchantement et de légendes et les romans sont venus racontés cette épopée chevaleresque du XIIè siècle.

En fait, pas vraiment, car Brocéliande a une réputation de lieu magique en réalité bien plus ancienne. L’édifice de tombes des hommes du néolithique ont été retrouvées datant de 3000 à 2500 avant notre ère.

Des découvertes archéologiques contribuent à faire de Brocéliande, un véritable lieu magique, comme celle d’un gobelet en or, datant de 2000 ans avant notre ère, de l’âge de bronze : « Au bord de la forêt, au sud de Brocéliande, un jour, un marcheur qui passait par là, a trouvé par terre un gobelet ; il ressemble à une coupe mentionnée dans les légendes françaises, sur le site de Brocéliande, site de Merlin ».

La naissance du roman 

C’est au XIIè siècle que le roman du roi Arthur apparaît dans les légendes galloises à partir de l’an 600. C’est en puisant aux sources de la tradition Celtique que Geoffroy de Monmouth inscrit Arthur dans son Histoire des rois de Bretagne en 1136, et fonde ainsi le mythe littéraire, mais rien ne permet d’affirmer que le personnage d’Arthur a réellement existé.

L’Histoire des rois de Bretagne contient le noyau autour duquel se développe la légende tout au long du Moyen Âge : la conception magique d’Arthur fils d’Uther Pendragon, son couronnement à quinze ans, son épée Excalibur forgée en Avalon, son mariage avec la reine Guenièvre…

la Bibliothèque nationale de France, expose par la richesse de ses fonds de l’Art médiéval l’enluminure du roman légendaire. Le thème du roi Arthur entre véritablement en littérature vers 1155 lorsque Robert Wace, poète anglo-normand à la cour d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, développe les aspects les plus romanesques de la légende dans son Roman de Brut. Ce texte en langue romane, d’où son nom de “Roman”, est composé en vers.

La légende de la coupe d’or

La légende raconte que des chevaliers auraient trouvé une coupe en or accrochée à un arbre, et ils s’en seraient servi pour se désaltérer de l’eau puisée dans la rivière. Cette précieuse timbale trouvée dans les bois évoque un certain mythe du Saint Graal. La fabuleuse coupe d’abondance des romans du Moyen-Âge.

Aujourd’hui, ce sont des passionnés d’histoire(s) qui font revivre le site. On y vient écouter les histoires légendaires du roi breton, le Roi Arthur. Les mythes existent aussi dans la forêt, comme ces trois dalles de schiste censées dissimuler le tombeau de Merlin. Les marcheurs y déposent toujours leur offrande, bien que les historiens datent ce site du néolithique.

Des artisans de la région de Brocéliande font revivre les objets de la légende d’Escalibur, son épée. Un forgeron de la région fait revivre la magie d’Escalibur, qui selon lui « réside dans la transformation des éléments, de vivre la légende en forgeant l’épée ». Brocéliande n’est donc pas qu’une forêt, c’est aussi tout un pays qui aime faire vivre les légendes.

Des siècles sont passés, mais la fascination demeure, chacun réécrit la légende dans toute l’Europe : Edgar Quinet avec Merlin l’Enchanteur, Apollinaire, Jean Cocteau  avec la pièce Les Chevaliers de la Table ronde et  le scénario de l’Eternel retour. Le mythe inspire Mark Twain, John Steinbeck, Julien Gracq, Boris Vian, Jacques Roubaud, René Barjavel, ou encore le Seigneur des anneaux, de Tolkien.

Avant la BD et les jeux vidéo, le mythe se diffuse surtout par le cinéma. Les Chevaliers de la Table ronde de Richard Thorpe et Lancelot de Jerry Zucker sont fidèles à la trame du récit de Malory, comme Excalibur de John Boorman ou le parodique Monty Python : Sacré Graal !

La nouvelle pour la jeunesse The Sword in the Stone de T. H. White est à l’origine du Merlin l’enchanteur de Walt Disney. Eric Rohmer suit Chrétien de Troyes pour son Perceval le Gallois, tandis qu’à la télévision, la série parodique Kamelott s’appuie sur une connaissance précise des textes.

Recherches de l’auteur.

Kazuo Ischiguro, prix Nobel de littérature 2017

Le prix Nobel de littérature 2017 a été décerné, jeudi 5 octobre, à l’écrivain britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro, qui succède au poète et musicien Bob Dylan récompensé l’année précédente.

Kazuo Ishiguro, 62 ans, « a révélé, dans des romans d’une grande force émotionnelle, l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde », a fait savoir la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius, lors de l’annonce rituelle sous les ors de la salle de la Bourse à Stockholm.

Kazuo Ischiguro a déclaré à la BBC :
« C’est un honneur magnifique, principalement parce que cela signifie que je marche dans les traces des plus grands écrivains de tous les temps, c’est une reconnaissance fantastique. Le monde traverse une grande période d’incertitude et je voudrais que l’ensemble des prix Nobel puissent être une force positive dans le monde. »

Son roman le plus connu, Les Vestiges du jour (1989), porté au cinéma en 1993 par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson, a été salué par le prestigieux Man Book Prize qui récompense une œuvre de langue anglaise.

Kazuo Ishiguro a publié sept romans depuis 1982 : Lumière pâle sur les collines, Un artiste du monde flottant (prix Whitbread Award 1986), Les Vestiges du jour, L’Inconsolé, Quand nous étions orphelins, Auprès de moi toujours et Le Géant enfoui. Il a également signé quatre textes de chansons pour la chanteuse de jazz américaine Stacey Kent.

Né en 1954 au Japon, à Nagasaki, ville martyre rasée par la bombe H en 1945, Kazuo Ishiguro est arrivé en Grande-Bretagne en 1960 où son père, océanographe, était amené à travailler. Son œuvre témoigne de cette double culture.

Zen nippon doublé de flegme britannique, lunettes à monture noire et pull assorti, cet auteur discret qui se rêvait en chanteur pop à textes comme Bob Dylan ou Leonard Cohen passe pour être un des meilleurs stylistes de sa génération, lui dont la langue maternelle n’était pas l’anglais.

En 1995, il expliquait être souvent ramené à l’une ou l’autre de ses identités. Ses premiers romans situés au Japon étaient, en outre, davantage perçus comme des reconstitutions historiques que comme des fictions universelles.

Avec Les Vestiges du jour, il espérait en finir. « Je pensais que si j’écrivais un livre situé en Grande-Bretagne, comme je l’ai fait dans Les Vestiges du jour, cela s’estomperait largement, mais parce que Les Vestiges du jour fixent la Grande-Bretagne dans un moment particulier de l’histoire, je me suis heurté aux mêmes écueils », déplorait-il dans un entretien avec l’International Herald Tribune.

Des prix inattendus

Son nom avait été complètement ignoré par les cercles littéraires. « C’est totalement inattendu. Son nom a été avancé pendant longtemps mais pas cette année », a reconnu son éditrice suédoise à la radio publique SR.

Le sacre de Bob Dylan l’an dernier avait ravi ses fans et mécontenté les gardiens du temple Nobel. Les académiciens suédois étaient très attendus par une partie de la critique qui n’avait pas digéré le sacre de l’Américain. Tandis que le Nobel échappe édition après édition à des écrivains ou poètes aussi établis que Philip Roth, Margaret Atwood, Claudio Magris, Adonis, Milan Kundera et Haruki Murakami, les immortels suédois avaient stupéfié en faisant entrer le pape de la contre-culture américaine au Parnasse universel des belles lettres.

Kazuo Ishiguro confirme toutefois l’écrasante domination des anglophones au palmarès du prix Nobel de littérature, avec 29 lauréats contre 14 francophones. Décerné pour la première fois en 1901 (à l’écrivain français Sully Prudhomme), le Nobel de littérature a récompensé, pour l’immense majorité de ses 114 récipiendaires, des romanciers, de sexe masculin (14 femmes seulement), âgés en moyenne de 65 ans.

Kazuo Ishiguro en dates

1954 Kazuo Ishiguro naît à Nagasaki (Japon).

1960 Il s’installe avec sa famille en Grande-Bretagne, à Guildford (Surrey).

1980 Il achève son master d’écriture créative à l’université d’East Anglia.

1982 Lumière pâle sur les collines (Presses de la Renaissance, 1984).

1982 Il acquiert la nationalité britannique.

1884 A Profile of Arthur J. Mason, scénario pour Channel 4.

1986 Un artiste du monde flottant (prix Whitbread, Presses de la Renaissance, 1987)

1989 Booker Prize pour Les Vestiges du jour (Presses de la Renaissance, 1990) adapté à l’écran par James Ivory en 1993.

1995 L’Inconsolé (Calmann-Lévy, 1997).

2000 Quand nous étions orphelins (Calmann-Lévy, 2001).

2005 Auprès de moi toujours (Les Deux Terres, 2006, adapté à l’écran par Mark Romanek en 2010).

2005 Il signe le scénario de La Comtesse blanche, de James Ivory.

2009 Il cosigne quatre chansons pour la chanteuse de jazz Stacey Kent.

Nocturnes. Cinq nouvelles de musique au crépuscule (Les Deux Terres, 2010).

2015 Le Géant enfoui, son septième roman, sort simultanément au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France.

Pour en savoir plus sur le prix Novel : https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/facts/literature/index.html

Archives du Monde, le 5 octobre 2017

“les hortillonnages”, un voyage hors du temps, Amiens

Le 8e festival Art, villes & paysage, organisé par la Maison de la culture d’Amiens, se déroule jusqu’au 15 octobre dans l’environnement fragile mais préservé des îles et étangs des hortillonnages. C’est en barque ou à pied que l’on peut découvrir les treize nouvelles œuvres ou installations paysagères sélectionnées pour l’édition 2017, en plus des trente-cinq retenues les années précédentes. Un voyage hors du temps, au fil de l’eau et les pieds dans l’herbe.

A la mémoire de Raymond Goût (tronc d’arbre, feuilles,..)

Le rangement est à la base de cette œuvre, que les Super Rangeurs de l’Espace1 dédient à la mémoire de l’hortillon Raymond Goût, dont l’association de curage et de faucardage s’est battue pour préserver le marais amiénois. Volontairement absurde et infini, leur projet vise à ordonner une parcelle en friche des Hortillonnages, en s’inspirant des pratiques maraichères autrefois à l’œuvre sur ce terrain embroussaillé.

1. Les Super Rangeurs de l’Espace se définit comme un duo d’artistes pratiquant « l’Art ménager ». Il se compose de Marion Ponsard, paysagiste animalière née en 1987, et de Clara Vulliez, plasticienne herboriste née en 1988. Leurs installations croisent l’aménagement paysager et la performance pour des œuvres qui utilisent classification et taxonomie dans une vaine tentative d’ordonner le paysage.

Arcane (branches entremêlées blanches)

Dans son livre La vie secrète des arbres, le forestier allemand Peter Wohlleben s’interroge sur les discrètes connexions qu’entretiennent les végétaux au sein d’une même forêt. Car à l’instar des humains, les arbres communiquent entre eux par l’entremise d’un réseau souterrain et aérien. Ce réseau, que les scientifiques ont surnommé « Wood-Wide-Web » a inspiré la plasticienne Yuhsin U Chang2 pour concevoir une installation que l’on dirait en lévitation dans les boisements de l’île aux Fagots. Prenant pour modèle les interactions à l’oeuvre entre les racines des arbres, l’artiste a imaginé cet entrelacs immaculé qui semble flotter au milieu des troncs des Hortillonnages. Son équilibre précaire rappelle la fragilité des écosystèmes qui nous entourent, hommage délicat à la complexité du vivant en écho aux échanges invisibles ayant lieu sous nos pieds.

2. Née en 1980 à Taiwan, la plasticienne Yuhsin U Chang est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges. En laine, cuir, bois, lin ou même poussière, ses œuvres explorent la poétique du vivant à travers des matériaux bruts. Comme en suspens dans la folle course du monde, ses sculptures instaurent une relation intime et onirique avec leur contexte.Axis Mundi

Axis Mundi

Installée sur l’île de la Pépinière, cette création de l’artiste Nicolas Fenouillat3 se compose d’un alignement de cinq mâts dépassant les quatre mètres de haut : plantés dans le sol, espacés d’une longueur de deux mètres, ils forment une ligne droite traversant le lieu… «en sympathie» avec l’endroit. Les colonnes de mélèze érigées par Nicolas Fenouillat deviennent dès lors l’Axis Mundi, un axe qui soutient la voûte céleste et assure une liaison avec le globe terrestre. À leur pointe, une baguette de batterie est sculptée à même le tronc d’arbre, prolongement affiné du bois laissé brut. À un moment précis du jour, le soleil, dans l’axe de l’alignement, touche l’extrémité de ces antennes. L’île de la Pépinière, centre du monde et point de connexion entre le ciel et la terre ?

3. Né en 1978, Nicolas Fenouillat est diplômé des Beaux-Arts de Montpellier. Il intègre ensuite l’École du Magasin, à Grenoble. Artiste plasticien, performeur, batteur au sein du groupe NED, son travail est en rapport constant avec la musique, ce qui le mène à collaborer aussi bien avec des poètes que des chorégraphes.Nicolas Fenouillat est sélectionné pour le projet Art, cities & landscape à King’s Lynn, Angleterre.

Entailles (tubes en verre,…) 

Renvoyer au paysage à travers des gestes simples, voilà l’essence de la philosophie du plasticien Wilson Trouvé4 : depuis 2010, l’artiste radicalise sa pratique à des interventions minimales, en intégrant des miroirs dans ses œuvres. Telles des entailles, une trentaine de lignes coupent le paysage : le dispositif est simple, des barres d’acier, tubes creux de cinq centimètres de large, sur lesquelles sont fixées de fines bandes de plexi-miroir. Plantées dans le sol, ces lignes verticales, hautes de trois mètres, modifient taille de l’espace et profondeur du champ, introduisant un rythme dans l’environnement naturel. Selon l’inclinaison des plans et des lignes, elles renvoient des fragments de ciel, de bois, d’eau : ces images s’impriment à hauteur de regard et modifient le lieu autant qu’elles le révèlent. Un peu à la manière d’un collage ou d’un photo-montage, ces ajouts de nature, prélevés au hasard des reflets, proposent au promeneur d’expérimenter d’autres points de vue que l’habituelle promenade. Travail de composition réfléchi et réfléchissant, ils renouvellent le regard du promeneur sur les Hortillonnages, en un véritable appel à la découverte et à la déambulation.

4. Né en 1980, Wilson Trouvé vit et travaille à Bruxelles depuis 2014. Diplômé de la Villa Arson en 2003, ce plasticien se distingue par sa pratique protéiforme et pluridisciplinaire. Installées en extérieur, ses œuvres se démarquent par leur questionnement sur le paysage et la ligne. Son intervention prolonge ici ses recherches sur la lumière, débutées dans le cadre du festival Art dans les Chapelles en 2012.

Fragments

Posées sur l’eau, sur les berges, ou suspendues dans les airs, des sphères végétales, légères et humides, arrondissent leur dôme hérissé d’un fouillis vert. Il y pousse des fraisiers ou de la mélisse, un jeune saule ou des carex : des plantes aquatiques aux espèces maraîchères, toutes les plantes des Hortillonnages ont été réunies sur ces mottes de terre. Imaginé par le collectif Gama5, ce dispositif est inspiré d’une technique d’ikebana japonaise, kusamono, mot à mot herbe-objet. Compositions florales réalisées à partir de plantes sauvages trouvées en forêt, les végétaux sont plantés sur une grande variété de supports, et notamment des dômes de substrat couverts de mousse. Adaptant ce principe aux Hortillonnages, le collectif Gama transporte le paysage de l’eau au cœur des parcelles et met en scène les différents visages des Hortillonnages, entre marais et maraîchage. Leurs «fragments» témoignent de la poésie de ce monde végétal et de son ambiguïté intrinsèque, entre nature et artifice.

5. Le collectif Gama se compose de deux ingénieurs paysagistes, Mélanie Gasté et Aurélien Albert, nés respectivement en 1986 et 1985. Après des études en arts appliqués pour l’une et sur les techniques du végétal et l’aménagement paysager pour le second, leurs parcours se croisent à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, où leur intérêt commun pour le paysage les amène à travailler ensemble. Leur travail est axé sur le renouvellement du paysage, et l’imbrication de compétences complémentaires techniques et sensibles.

Mélanie GASTÉ et Aurélien ALBERT de l’atelier GAMA sont lauréats du concours AJAP 2016 décerné par le Ministère de la Culture et de la Communication récompensant les cinq meilleurs jeunes paysagistes européens.

Jeu de culture

L’intervention paysagère de Kelly Lebourgeois et George Salameh6 modélise le processus de formation du paysage des Hortillonnages. Principalement connu pour son intérêt écologique et sa beauté, le lieu l’est moins pour son exploitation par des générations de maraîchers. Il apparaît par ailleurs comme immobile alors qu’il résulte d’un équilibre de deux forces opposées, celle de la nature, c’est-à-dire celle de la Somme et de ses affluents, et celle des hommes, paysans qui depuis des siècles façonnent le lieu. À la manière des hortillons qui travaillent la tourbe de leur territoire, ce projet est un modelage permettant au visiteur de se rendre compte de l’origine anthropique de ce panorama à l’apparence naturelle. Le travail maraîcher y est décortiqué d’une manière ludique : identifiant différents éléments constitutifs du paysage ainsi que les actions destinées à son exploitation, les deux paysagistes ont restitué le panorama sous la forme d’un jeu de cartes. Ce dispositif invite des jardiniers «joueurs» à imaginer des combinaisons de formes sur un potager devenu terrain de jeu et de récolte. Entre système classique de culture et approche pédagogique d’un site, le paysage devient atelier observatoire des relations homme-environnement.

Cette œuvre a été réalisée grâce au soutien du Ministère de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt – Draaf Nord Pas de Calais Picardie.

6. Né en 1978, diplômé de l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et de l’Université Américaine de Beyrouth, George Salameh est paysagiste indépendant, exerçant et enseignant de l’Europe au Moyen-Orient. Née en 1989, Kelly Lebourgeois est paysagiste. Elle est diplômée de l’École Supérieure d’Architecture de Versailles et a obtenu deux Masters.

Le jardin des rives

Engagés comme constructeurs du Jardin d’Érode, le collectif Studio Basta découvre les Hortillonnages d’Amiens lors de l’édition 2011 du festival7. Touchés par la beauté de ce lieu, les paysagistes décident d’y revenir une seconde fois en 2012, cette fois-ci en tant que concepteurs d’une installation, avec l’envie de guider les visiteurs au plus près de l’eau. En effet, ils s’aperçoivent l’année précédente que même en travaillant entourés par l’eau, et presque dans l’eau, ils n’ont, malgré cette proximité, que très peu de contact avec l’univers aquatique. Le focus de leur aménagement se trouve donc sur les bords de l’îlot, au plus près de la rive : deux terrasses en bois s’inclinent en banc, succession de plans en pente douce vers le canal, transition légère entre terre et rieu. Par contraste, le milieu de l’îlot est une masse dense plantée de saules à feuilles de romarin, Salix rosmarinifolia : la couleur grise de leur feuillage, nuancée de bleu et de vert, apparaît comme le miroir du ciel du nord et de sa rambleur, grisaille lumineuse caractéristique des panoramas picards. L’ensemble donne à  l’îlot une physionomie très douce, fondue dans le paysage environnant.

7. Nés respectivement en 1980 et 1981, le collectif Studio Basta se compose de deux architectes paysagistes, Ben Busschaert et Kenny Windels, rencontrés lors d’un master de paysagisme à l’université de Wageningen aux Pays-Bas. En 2008, ils s’associent pour travailler sur jardins privés et espaces publics et semi-publics. Ils ont depuis participé à de nombreux festivals de jardins, en Allemagne, en Norvège ou en France, qu’ils utilisent comme sources d’inspiration pour de nouveaux projets.

L’île perdue

Dans les Hortillonnages, il est d’usage de donner à la parcelle le nom de son propriétaire. Ironie du sort, les propriétaires de cette île, qu’il fut très difficile de retrouver, se nommaient bel et bien Monsieur et Madame Perdu ! La situation géographique de leur propriété, au centre de l’étang de Clermont, en fait un observatoire idéal sur les mutations des Hortillonnages, qui, depuis les années 80, voient leur identité maraîchère évoluer vers la culture du «jardinet». Le projet de l’île Perdu(e) accompagne cette métamorphose : conservant le morceau d’île existant, les paysagistes8 ont choisi d’en restaurer la berge en tressant du saule vivant, redessinant la surface de l’île de jadis. Ce travail de couture en plusieurs phases permet de rendre lisible l’impact du temps. La nouvelle berge est plantée et se traverse grâce à des pontons en acier Corten, qui orientent les points de vue et permettent l’accès en barque. L’île se parcourt dès lors comme un livre ouvert, ornée de stèles mémoire et de meubles-sculptures qui invitent à la méditation et à la contemplation du paysage. Au cœur de l’île, une cabane est réhabilitée en «boutique des souvenirs». On y trouve des cartes postales mémoires et une collection de livrets qui déroulent l’histoire de l’île d’année en année, dans sa relation au Musée de Picardie et à ses sculpteurs et artistes, pour diffuser le message de l’île bien au-delà de ses eaux : «le paysage, une œuvre vivante».

8. Nées respectivement en 1976 et 1977, Astrid Verspieren et Elyse Ragueneau sont deux paysagistes de parcours similaires : elles se rencontrent à l’Ecole Supérieure d’architecture des Jardins de Paris, une formation qu’elles complètent ensuite avec des études d’urbanisme à l’Ecole d’architecture La Villette. Leur complicité se renforce ensuite au fil de nombreux voyages – une année, sac au dos, en Asie – et les amène à collaborer ensemble dans le cadre du festival des Hortillonnages d’Amiens. Chaque année depuis, d’autres artistes ont pris le relais et viennent ajouter leur empreinte : Xavier Dumont, Stig Evans, Alinah Azadeh et aujourd’hui Samuel Rousseau.

Le bois des rémanents

Je fagotais, tu fagotais, elles fagotaient… Dans les hortillonnages, à la fabrique légumière s’associait une production ligneuse jadis valorisée. De la bille à la brindille, entre coupes et tresses, les rémanents, pièces de bois délaissées sur place, trouvaient un second souffle. Sur l’île aux Fagots, les branches de saules rémanentes, fagotées en quantité, accueillaient les récoltes de légumes. En ce même lieu aujourd’hui, Le Bois des Rémanents9, abrite d’intimes clairières nouant un parcours de promenade, ruban lissé ou distendu dans des ambiances abritées ou parfois baignant près d’un rieux. Souche qui peut ! Cette clairière dresse un parterre de souches dont la ronde officialise une scène figée au cœur du bois : un amphithéâtre ligoté par les arbres en coulisses. On s’assoit, on écoute ; place nous est faite parmi les épiphytes soigneusement logées, ici et là, au creux des anciens ligneux. Bûches, branches, tiges, paillis… se rebiffent et se dressent, ravivés. Bancs filants, tressages filés, Le Bois des Rémanents est (re)devenu un espace de vie et à faire vivre.

9. Après douze années d’expérience comme chef de projet au sein de différentes agences parisiennes de paysage et d’urbanisme, Florent Morisseau fonde Chorème, début 2014. Il est associé à Grégory Morisseau, ingénieur paysagiste et géographe. Ils maitrisent l’expertise de sujets riches et variés, du jardin particulier, à l’étude d’espaces naturels, de la place publique au plan d’aménagement urbain. Il a déjà réalisé deux précédents jardins pour le festival : Le Potager embarqué (étang de Clermont) en 2010 – Grand Prix du concours national des jardins potagers en 2012 et Street Lounges – salons de rue à King’s Lynn en Angleterre en 2013.

Les berges sonores

C’est à l’emplacement d’un champ d’artichauts, dans les limons de la Somme, que la cathédrale Notre-Dame d’Amiens aurait jadis été bâtie… De ces fondations aquatiques ne subsiste aujourd’hui qu’un souvenir lointain, que le temps et l’étalement urbain ont progressivement mis à mal… Installation musicale du collectif CLAP10, les Berges sonores ravivent cette amitié entre la ville et le fleuve grâce au bruit, le bruit de l’eau tapant les berges des hortillonnages. Ce son, tantôt doux, tantôt brutal, demeure habituellement inaudible à l’oreille du promeneur. Caché sous un ponton de bois, un discret carillon se fait ici le messager de l’eau, amplifiant et développant son clapotis. Lors des crues, cet instrument se transforme en signal d’alarme, avertissant les Hortillons de la montée des eaux. Puis, lorsque le courant se calme, il tintinnabule doucement, paisible boîte à musique invitant le promeneur à s’asseoir et écouter.

10. Le collectif Creative Landscape Process (CLAP) se compose de deux paysagistes diplômés de l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, Florian Bonino et Stéphanie Querio. Depuis 2010, ce binôme bordelais participe à des opérations d’aménagement, aussi bien à l’échelle du grand paysage que du jardin.

Les trois soeurs

L’intervention du collectif Escargo11 s’inspire d’une légende iroquoise, celle des trois sœurs. Chez les peuples autochtones, les trois sœurs sont les esprits du maïs, de la courge et du haricot, trois plantes qui en poussant sur la tombe de la mère Terre, ont permis de nourrir ses deux nouveau-nés, assurant ainsi la survie de l’humanité. Derrière la légende, se cache en réalité une leçon d’agriculture : cultivé en compagnonnage, ce trio végétal représente un mini-écosystème auto-suffisant. En jouant le rôle de tuteur, les tiges de maïs permettent en effet aux haricots de s’élever vers la lumière, tandis que ces derniers fixent l’azote de l’air au sol, enrichissant ainsi les terres. Quant à la courge, son tapis de feuilles garde l’humidité au pied des plantes. Empruntée aux premières nations d’Amérique, cette technique ancestrale se métisse ici avec celle, picarde, de tressage de l’osier: assemblées sur une armature, des variétés différentes surgissent d’un rieu pour suivre le contour d’une île. Prenant appui sur l’ondulation végétale, les trois sœurs poussent, étroitement enlacées.

11. Sous la bannière du collectif Escargo se cache un groupe d’artistes, de designers et de paysagistes basés à Montréal au Québec et à Bordeaux. Dans ce regroupement résolument pluridisciplinaire, la qualité des échanges et des émotions est perçue comme essentielle à la création. Autour de ce projet ont donc travaillé, Julie Ambal (paysagiste, née en 1987), Pierre-Yves Diehl (designer, né en 1984) Julie Parenteau (artiste enseignante, née en 1979) et Karyna Saint-Pierre, (paysagiste, née en 1980) dans une même recherche enjouée de la poétique et de l’imaginaire d’un lieu.

Les waders

Les waders, ou cuissardes, ne sont bien connues que des pêcheurs : en caoutchouc ou en néoprène, ces bottes-combinaison protègent celui qui pénètre dans l’eau, canne à pêche à la main. Un objet assez technique et sans poésie particulière, que l’artiste Stéphanie Cailleau12 prolonge ici en une fascinante créature, grâce au feutre de laine. Très solide, ce matériau, l’un des plus anciens textiles au monde, résiste en effet jusqu’à deux ou trois mois dans la nature, à tel point qu’on l’utilisait autrefois pour réaliser le toit des yourtes… Ici, la plasticienne s’en saisit pour une installation mystérieuse, à la frontière de la réalité et du conte : en allongeant les waders à l’aide de feutre, elle les transforme en arbre. Sur un îlot des Hortillonnages, se promènent donc sept de ses étranges créations, mi-humaines, mi-végétales, poilues ou branchues, selon les matériaux que l’artiste a souhaité intégrer à la laine. L’une d’elles présente même une fermeture éclair, permettant au promeneur curieux de glisser un œil dans l’un de ces êtres du marais…

12. Avec humour, l’artiste Stéphanie Cailleau se qualifie souvent de « feutreuse tout terrain » : fille d’agriculteur, venue à la nature de fil en aiguille, elle développe, après des études à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, une œuvre polymorphe, à la lisière du land art et de l’art textile. Son medium privilégié, le feutre, pour une pratique in situ, au plus près de la nature.

Module

Dans les Hortillonnages, des îlots ne cessent d’apparaitre et de disparaitre au fil du temps. S’il est cependant rare d’assister à la naissance d’une île, le plasticien Charles-Henry Fertin13 a mis en scène la formation de l’une d’entre elles. Posée sur un rieu, son installation – une feuille de métal gonflée en un monticule de petite taille – semble doucement émerger des profondeurs. Telle une seconde peau que l’artiste aurait collée sur l’eau, le nouvel îlot suit de près les variations du niveau des canaux, se mettant en mouvement au gré des oscillations du courant. En évolution constante, le dispositif permet ainsi à Charles-Henry Fertin d’envisager les Hortillonnages par le biais de scénographie. Tout au long du festival des Hortillonnages, son île et ses infimes fluctuations transformeront imperceptiblement le panorama tout en s’y intégrant.

13. Né en 1982 et diplômé des Beaux-Arts de Paris, le plasticien Charles-Henry Fertin mène une recherche sur l’entre-deux, où les rapports qu’entretient l’objet à l’espace présentent une importance centrale. Sa pratique sculpturale s’effectue au moyen de volumes minimalistes, mis en mouvement par une motorisation souvent dissimulée.

Pop-up Island

En rompant avec la production maraîchère, les Hortillonnages se cherchent à présent une nouvelle identité, à mi-chemin entre culture et agriculture. Mais si ce paysage typiquement amiénois se fragmente en un parcellaire aux multiples usages, des potagers aux installations artistiques, tous les îlots s’y ressemblent, avec leurs surfaces horizontales, tirées un mètre au-dessus des eaux… Pour qui se les imagine, les îles évoquent pourtant les falaises et les vents dominants plus que le calme d’un jardin : dans cet imaginaire, l’atelier MaDe14 et la paysagiste Valentine Bruzzone ont donc cherché à créer, dans le marais picard, une nouvelle typologie d’île. S’inspirant des livres pop-up, ils ont en effet choisi d’intensifier, d’activer et d’amplifier sa géographie existante, pour y faire surgir un nouveau panorama. Sur une parcelle aux berges abîmées, la mise en place d’une armature évanescente y dessine une façade escarpée, relief inattendu visible en barque. Un dispositif qui joue sur l’image de l’îlot, tout en en protégeant les berges : reprenant la technique du «peigne végétal», la structure ainsi greffée se compose de fers à béton, coudés sur le même angle, pour une ossature métallique qui se comporte en véritable piège à matière organique…

14. Composé de deux paysagistes et de deux architectes, l’atelier MaDe conçoit le paysage comme une construction collective, avec une approche innovante et décloisonnée. Pour ce projet, ses quatre membres, Baptiste Marquet, Alexis Deconinck, Matthieu Blin et Antoine Derrien, font équipe avec la paysagiste Valentine Bruzzone, à la pratique façonnée par l’illustration et la cartographie.

Robinsonnade in the aire

Sauvage et reculée, cette île a été choisie par l’agence A-mar15 pour raconter une fable sur la montée des eaux : en effet, si elles sont souvent perçues comme dévastatrices, les crues peuvent aussi entraîner un renouveau. En charriant des graines exotiques, l’une d’elles semble avoir contribué ici à l’épanouissement d’un minuscule jardin d’Eden, nous racontent les deux paysagistes. Une végétation foisonnante qui aurait attiré un génie malicieux : pour emménager dans le fouillis végétal, ce petit esprit des lieux s’y serait confectionné une série de nids, cocons nés de l’observation attentive de l’étang et des oiseaux d’eaux. Amateur d’espaces ombragés, l’hortillon imaginaire en aurait profité pour jardiner le sous-bois, aidant les plantes arrivantes à tenter leur chance sur les rives de l’endroit. Des espèces botaniques venues d’ailleurs, Actaea, Rodgersia, Tricyrtis ou Heuchera, y étendent donc leur feuillage luxuriant, conférant à l’îlot verdoyant des allures de cabinet de curiosité. Un terrain inédit à explorer pour le promeneur, et un véritable défi pour ses concepteurs : face à la difficulté d’accès du site, les paysagistes de l’agence A-mar ont en effet aménagé l’espace à la manière de deux Robinsons, avec les moyens du bord… et les matériaux du site !

15. Après avoir travaillé pendant huit ans dans des agences parisiennes, Rozenn Duley et Grégory Dubu, tout deux diplômés de l’ENSP de Versailles, s’associent en 2012 pour fonder l’agence A-mar. Ces paysagistes de terrain y développent une approche «Home Made», résolument participative, s’attachant en particulier à la revalorisation des friches et des délaissés.

Rozenn Duley de l’Agence A-Mar est lauréate du concours AJAP 2016 décerné par le Ministère de la Culture et de la Communication récompensant les cinq meilleurs jeunes paysagistes européens.

Terres émergées

À cheval entre la terre et l’eau, les Hortillonnages existent par le patient labeur des maraîchers, qui chaque année, maintiennent à flot ses îlots potagers en entretenant les parcelles. Même si d’autres oeuvrent sans relâchement au maintien de cet écosystème, c’est une tâche rude pour la poignée de cultivateurs, qui, à eux seuls, ne peuvent faire face à la fermeture et à l’envasement du paysage. Par leur intervention, les paysagistes Elise et Martin Hennebique16 souhaitent révéler une composante invisible du site, souvent oubliée dans la fabrique de son paysage atypique : la vase. Ce que les uns considèrent comme un déchet obstruant les rieux, les autres l’utilisent, à l’image des hortillons qui se servent de ce limon fertile pour fumer leurs champs. Les deux concepteurs, eux, l’ont transformé en sculpture : après avoir séché 100 m3 du sédiment, Elise et Martin Hennebique l’ont creusé de méandres, qui tels des couloirs, guident le promeneur à la découverte du site, ouvrant des vues sur les jardins et les huttes des alentours. En résulte un socle végétal qu’il est possible d’arpenter, et dont les limites sont étroitement contenues à l’aide d’un tressage de saules, la technique traditionnelle de maintien des rives, que les agriculteurs emploient ici depuis des générations.

16. Nés respectivement en 1984 et 1989, Elise et Martin Hennebique sont diplômés de l’Ecole de la nature et du paysage de Blois. Leur entreprise est désormais basée à Conty dans la Somme. Leur collectif s’attache à créer de nouveaux espaces tout en préservant la mémoire des lieux qu’ils valorisent.

Sphère nourricière 

L’univers que proposent les paysagistes Manon Bordet-Chavanes, Marie Brégeon et Johann Laskowski17, s’articule autour d’une réflexion sur l’alimentation. Sphère nourricière, ainsi s’appelle leur jardin, organisé autour d’une demi-sphère végétale. À l’entrée du parcours, un sol craquelé et appauvri entraîne le promeneur à travers un environnement dénudé, stérilisé par l’agriculture intensive : pour retrouver l’abondance, le visiteur doit progresser jusqu’au centre du jardin, sous un ciel de gouttes fertiles. Celles-ci, symbolisées au moyen de calebasses, symbolisent les vertus des techniques agro-écologiques. Du bois raméal fragmenté à la culture en lasagnes, elles sont représentées au sein de petits cratères luxuriants, au fil d’un parcours pédagogique qui s’achève sous un dôme en saule tressé. À l’intérieur, lierres et ronces laissent le champ libre à une végétation rayonnante et fleurie : une ville-jardin, où poussent des végétaux comestibles, parfumés et colorés, dans une biosphère à l’équilibre restauré.

17. Fondatrice de l’agence Terres Paysagées, Manon Bordet-Chavanes est ingénieure agronome. Elle collabore ici avec deux paysagistes, Marie Brégeon et Johann Laskowski : la première travaille sur des jardins collectifs à vocation hospitalière, tandis que le second, formé aux techniques agro-écologiques, accompagne des projets d’agriculture paysanne et urbaine au sein de son agence Epigénie. À l’image d’un collectif, ils profitent de ce projet pour questionner leur métier.

Water has many voices

Sur l’Île aux fagots, le marais cède la place à une évocation des jardins japonais, jardins à promenade et jardins de thé : ces deux types d’espaces sont en effet marqués par leur forte relation à l’eau, un peu comme les Hortillonnages, en équilibre instable entre activité humaine et forces aquatiques. Conçue par la plasticienne Sheena Seeks18, cette réinterprétation zen de la Venise des légumes met en évidence le lien entre l’homme et cet élément vital pour la planète. La déambulation s’y organise autour d’un grand bassin, dont la forme ronde symbolise la planète. Un bateau orange, métaphore de la terre nourricière, flotte à ses abords. Au fur et à mesure de son avancée, le promeneur parvient jusqu’à la cabane à thé, motif traditionnel du pays du Soleil Levant, mais dont la structure, en tôle ondulée, rappelle ses consœurs picardes, dressées dans les champs des Hortillons. Si l’inspiration est asiatique, tous les matériaux sont en effet ici issus du site, pour un jardin à la fois amiénois et nippon.

18. Née en 1960, la plasticienne et paysagiste Sheena Seeks a d’abord étudié, puis pratiqué la sculpture sur céramique avant de se tourner vers le design de jardin. Elle utilise aujourd’hui son expérience artistique pour créer des espaces en harmonie avec la nature, où apparaissent fréquemment des formes sculptées, en matériaux recyclés.

Archives LE MONDE | Août 2017 – Photos Jedwab

Réservation obligatoire au 00 33 (0) 22 97 14 00

Accueil pour chaque visite au Musée de Picardie, 48 rue de la République, Amiens à 14h

http://www.maisondelaculture-amiens.com/festival-art-villes-paysage/edito/

Pierre-Joseph Redouté, le Raphaël des fleurs

Le Muséum national d’Histoire naturelle a exceptionnellement ouvert ses portes au public les 16 et 17 septembre 2017 à la bibliothèque centrale dans le cadre des journées européennes du patrimoine. Nous avons participé à cette manifestation pour découvrir les rares ouvrages illustrés de Pierre-Joseph Redouté conservés dans les fonds iconographiques de la bibliothèque du Muséum national d’Histoire naturelle. Vous pouvez retrouver les étapes de cette visite en regardant la vidéo ci-dessous.

Pierre-Joseph Redouté surnommé le Raphaël des fleurs, est né en 1759 à Saint-Hubert dans les Ardennes  belges, il fut le peintre de fleurs le plus célèbre de son temps.

Nature morte de Jan van Huysum.

 

 

Les tableaux de Jan van Huysum l’impressionne et il décide d’apprendre l’art du portrait floral.

 

Nature morte de G. van Spaïndonck.

Pierre-Joseph à vingt trois ans lorsqu’il arrive à Paris, il devient l’assistant de Gérard van Spaëndonck, grand peintre de natures mortes installé  à Paris en 1769, miniaturiste de Louis XVI.

 

 

Redouté apprend les rudiments de la botanique auprès d’éminents botanistes, tel que Jean-Baptiste Monnet de Lamarck « Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie » (1791-1823). En 1787, Redouté va étudier les plantes du jardin de Kew, (Angleterre) où il apprend la technique du pointillé.

De retour à Paris en 1788, Redouté se fait très vite remarqué par son travail et il est reconnu comme le peintre de fleurs au Muséum d’Histoire naturelle en 1793. Il collabore à une centaine d’ouvrages dont il illustre la  Flora atlantica  de Desfontaines ; la  Flore de Navarre  de Bonpland ; les plantes  rares du jardin de Cels ;  et avec le peintre Gérard van Spaëndonck collabore au recueil des vélins du Muséum national d’Histoire naturelle (Le fonds dispose de 6 000 aquarelles).

C’est en publiant de la « Monographie des roses et la Famille des liliacées que Redouté devient célèbre. C’est dans le jardin de la Malmaison qu’il va trouver l’inspiration de son oeuvre majeur,  Les Roses  (Paris, 1817-1824). Elles font parties des plus belles représentations botaniques du monde occidental ; elles montrent la maîtrise que Redouté avait du dessin et son grand talent d’observateur avec le souci d’exactitude scientifique hérité des Lumières.

Méthode et Technique  

Redouté invente une méthode de reproduction en couleurs avec une seule planche dont chaque tirage sera retouché au pinceau.

Ce procédé est la gravure au pointillé. Cette technique donne l’illusion du dessin. Un instrument, appelé « roulette », permet de juxtaposer très finement les points incisés dans la plaque en métal qui sert ensuite à l’impression. Toutes les couleurs sont appliquées simultanément sur la plaque, à l’aide d’un tampon de chiffon nommé « poupée ». Redouté est le premier à utiliser pour la botanique ce procédé qui nécessite une grande virtuosité. Il finalise fréquemment ses gravures par des retouches à l’aquarelle.

Exposition sur les oeuvres de Pierre-Joseph Redouté

Redouté réalisait ses oeuvres à l’aquarelle sur vélin1 qui en fait un support fragile. L’exposition au Musée de la vie romantique est réalisée avec le partenariat exceptionnel du Muséum national d’Histoire naturelle qui conserve en France le fonds le plus riche concernant Redouté et qui offre trois accrochages successifs de ses précieux vélins.

Le pouvoir des fleurs, Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) Musée de la Vie romantique, 16, rue Chaptal, Paris 75009. Jusqu’au 29 octobre 2017.

1- un parchemin très fin et très blanc obtenu à partir d’une peau de veau  qui met les nuances particulièrement en valeur.

Pour aller plus loin dans votre visite :

Le Musée de Pierre-Joseph Redouté en Belgique.

 

Les plus belles bibliothèques du monde

En plus d’être des temples du savoir, certaines bibliothèques ont également la particularité d’être de véritables monuments. Dix bibliothèques à visiter…

 

1. Bibliothèque du Trinity College (Dublin, Irlande)

Fondé en 1592, le Trinity College est la plus vieille et la plus prestigieuse université d’Irlande. Elle abrite une fabuleuse bibliothèque, qui ne contient pas moins de cinq millions d’ouvrages. La salle principale, la Long Room, mesure 65 mètres de long et regroupe à elle seule 200.000 livres rares. Elle a servi d’inspiration à J.K Rowling pour imaginer la célèbre bibliothèque de Poudlard dans la saga Harry Potter.

2. La bibliothèque universitaire Joanina de Coimbra (Portugal)

Construite au XVIIIe siècle et classée Monument National, la Biblioteca Joanina de Coimbra a été sacrée «plus belle bibliothèque universitaire» du monde en 2012. Ce bâtiment, édifié au XVIIIe siècle est classé Monument National au Portugal et il s’agit de l’édifice le plus visité de l’ancienne université. Il abrite plus de 300.000 ouvrages, certains d’entre eux datent du XVIe siècle et sont entreposés dans de magnifiques étagères en bois sculpté.

3. La bibliothèque nationale de Chine (Pékin)

Avec près de 26 millions de livres, la bibliothèque nationale de Pékin est la plus grande bibliothèque d’Asie et la troisième plus grande du monde. Elle possède la collection la plus fournie de littérature et de manuscrits en langue chinoise, notamment des livres et archives de la dynastie Qing. Son architecture est également remarquable puisque la bibliothèque contient une salle de lecture de quatre étages, particulièrement prisée des étudiants lors de leurs examens.

4. La bibliothèque nationale d’Autriche (Vienne)

Appelée «bibliothèque de la Cour» jusqu’en 1920, la bibliothèque nationale de la République d’Autriche a été fondée au Moyen-Âge par les Habsbourg. Elle se situe dans une aile du Hofburg, le plus grand château de Vienne. Son joyau architectural est la Prunksaal, une salle d’apparat d’une hauteur sous plafond de vingt mètres, décorée dans le pur style baroque. Les visiteurs peuvent découvrir plus de 200.000 ouvrages, ainsi que des papyrus, cartes, globes terrestres, et documents iconographiques préservés dans ce lieu d’exception.

5. La bibliothèque d’Alexandrie (Égypte)

Dans le cadre d’un partenariat entre l’Égypte et l’UNESCO, la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie fut construite en 1995 à l’endroit où se trouvait autrefois la bibliothèque la plus fameuse du monde antique. Elle dispose de l’une des plus grandes salles de lecture au monde, occupant sept des onze étages du bâtiment principal. Elle offre 2000 places assises, 180 salles d’étude et abrite huit millions d’ouvrages.

6. Bibliothèque du Congrès (Washington D.C, États-Unis)

Créée en 1800, la bibliothèque du Congrès est la plus ancienne des États-Unis, mais surtout la plus grande bibliothèque du monde. Elle contient en effet plus de 138 millions de documents. Elle sert de bibliothèque de recherche aux membres du Congrès, mais elle est également ouverte au grand public.

7. Bibliothèque du temple d’Haeinsa Janggyeong Panjeon (Corée du Sud)

La bibliothèque du temple d’Haeinsa, sur le mont Gaya, abrite la collection la plus complète de lois, traités et autres textes bouddhiques gravés sur 80.000 tablettes de bois entre 1237 et 1248 pour demander au Bouddha de défendre la Corée contre les invasions mongoles. Construits dans un style traditionnel, les bâtiments datent du XVe siècle et sont les plus anciens dépôts de ces tablettes en bois. Ils ont été spécialement conçus pour assurer une aération naturelle et moduler la température et le degré d’humidité en fonction des conditions climatiques. Ils ont ainsi protégé les tablettes contre les rongeurs et les insectes pendant cinq siècles.

8. Bibliothèque du Monastère San Lorenzo del Escorial (Espagne)

Située dans un monastère du XVIème siècle inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1984, la bibliothèque recense près de 45.000 ouvrages anciens. Le sol est de marbre et les meubles en bois nobles, riches et sculptés. Dans la grande salle, la voûte du plafond est décorée d’une immense fresque.

9. Bibliothèque de l’Assemblée nationale (Paris, France)

La bibliothèque de l’Assemblée, située dans le Palais Bourbon, est destinée aux députés. Elle a été décorée au XIXe siècle par Eugène Delacroix. Le peintre y a incarné, en cinq coupoles et une vingtaine de pendentifs, la Science, la Philosophie, la Législation, la Théologie et la Poésie. La bibliothèque est connue pour renfermer certains trésors comme l’original des minutes du procès de Jeanne d’Arc, un calendrier aztèque, mais aussi des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau.

En juin, les associations des Bibliothécaires de France (ABF) et de Bibliothèques Sans Frontières (BSF) avaient lancé un appel aux futurs députés à s’engager en faveur des bibliothèques et de la lecture publique.

Ces associations nous rappellent que onze millions de Français vivent à plus de quinze minutes d’une bibliothèque. Pourtant, que ce soit en ville, dans les campagnes, à l’école ou en prison, les bibliothèques jouent un rôle fondamental pour l’égalité des droits en France. Elles sont des lieux d’émancipation, de brassage et de mixité de populations d’origine sociale et culturelle différentes, des lieux intergénérationnels pour tisser ou renouer le lien social, des lieux d’expérimentation de la citoyenneté, des lieux vivants, dynamiques, ouverts à tous, pour y construire des projets individuels ou collectifs.

La France compte aujourd’hui plus de 2,5 millions de personnes en situation d’illettrisme. Quand certains sont de plus en plus exposés aux risques de désinformation sur internet, 15% des Français n’ont toujours pas de connexion. Alors que l’information et l’éducation sont de forts marqueurs d’inégalités sociales et culturelles, les bibliothèques doivent avant tout rester des supports fondamentaux de l’égalité, de la citoyenneté et de la liberté de conscience. Parce que l’accès à l’information et à l’éducation est l’affaire de chacun, il est important de défendre ensemble la présence de bibliothèques sur tout le territoire.

10. La bibliothèque Zhongshuge-Hangzhou (Shanghai, Chine)

Il s’agit du dernier lieu de cette sélection. Dans cette bibliothèque privée située dans un centre commercial à 30 kilomètres du coeur de Shanghaï, des architectes ont voulu créer une «cathédrale de livres». Le bâtiment construit en 2013 contient neuf aires de lecture dont une salle principale avec des étagères imposantes qui vont du sol au plafond, mais aussi un plafond miroir pour créer une sensation d’infini. On y trouve également un pavillon pour enfants ainsi qu’une aire de jeux avec des livres. Les lieux abritent plus de 50.000 livres.

Enquête sur le prix du bio

Un communiqué de l’association, publié le 29 août, avance que, dans les super et hypermarchés, les fruits et légumes bio sont en moyenne 79% plus chers que leurs équivalents en agriculture conventionnelle. En cause, selon le groupement de consommateurs : les tarifs prohibitifs proviennent en grande partie de «sur-marges» pratiquées par les distributeurs.

Selon l’étude menée par l’association sur 1 541 magasins visités, le prix d’une consommation annuelle en fruits et légumes bio revient, pour un ménage français, en moyenne à 660 euros, contre 368 euros pour les mêmes produits «conventionnels». Et UFC-Que choisir de développer : «Si les coûts de production sont plus élevés en bio, en raison notamment de rendements plus faibles, d’une main-d’œuvre relativement plus importante, cela n’explique qu’à peine la moitié du surcoût pour les consommateurs, dont 46% proviennent en réalité des sur-marges réalisées sur le bio par les grandes surfaces.»

«Frein rédhibitoire»

Ainsi, sur la consommation annuelle de fruits et légumes d’un ménage, la grande distribution réalise 304 euros de marge brute – autrement dit la différence entre le prix de vente et d’achat – sur le bio, contre 169 euros pour le «conventionnel». Cet écart varie fortement d’un produit à l’autre : de +191% pour les poireaux à -36% pour le chou-fleur. Pour les pommes et les tomates, deux produits parmi les plus consommés par les Français, c’est respectivement 163% et 145% de marges qui sont facturées en plus au consommateur, selon l’UFC. «La stratégie de marge de la grande distribution, à la justification économique obscure, aboutit à renchérir de 135 euros le panier bio annuel d’un ménage, dénonce l’association, dans son communiqué. Autrement dit, seulement la moitié du surcoût du bio payé par le consommateur va à la production, le reste étant capté par la grande distribution en sur-marges.»

Bilan de l’association : les différences de prix et de marges constituent «un frein rédhibitoire» à l’accès au bio pour de nombreux ménages. Sur ce sujet, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, s’est prononcé pour la création d’un fonds privé de soutien au secteur.

Le tisserand des îles Hébrides extérieures

Depuis quarante six ans, Donald Mackay, tisse le célèbre  Harris Tweed . Un tissu d’exception fabriqué en laine de mouton. Depuis un siècle, son grand-père et son père travaillaient déjà le métier à tisser. Il raconte :

« Ce tissu n’est fabriqué qu’ici, dans les Hébrides. Aujourd’hui encore, la plupart des tisserands le fabrique chez eux de manière artisanale. Chaque pièce est faite à la main, il n’y a pas de production en série. Le savoir-faire est resté exactement le même. Il y a de petites choses qui se sont modernisées mais ici dans les îles, on reste très attaché à la tradition ».

A partir des années 70, la petite industrie entame une longue période de déclin. Des centaines de tisserands perdent leur travail, frappés par la concurrence du tissu asiatique.

Le tweed écossais n’intéresse plus que le tourisme aisé. Mais Donald a tenu bon et depuis quelques années ses affaires reprennent. En 2006, alors que tout le secteur agonise, Donald reçoit un appel des Etats-Unis. Un fabricant d’articles de sport, voudrait des échantillons de ses tissus. Il nous confie :

« Ils voulaient six échantillons de tissus que nous vendions le mieux. On leur a envoyé les échantillons et ils nous ont dit qu’ils voulaient fabriquer des chaussures avec. Ma femme a débarqué dans l’atelier pour nous dire qu’on avait reçu un mail de Nike. Ils voulaient 950 mètres de ce tweed, livré en neuf semaines, ce qui représente une dizaine de rouleaux. filDavid ajoute : ma femme revient pour me dire qu’ils s’étaient trompés, et qu’ils voulaient 9 500 m de tissu dans les mêmes délais. Là j’ai dit, tout seul, impossible ! ».

« Tout à coup, tout le monde s’y est mis. Il y avait du travail pour tout le secteur. A partir de là, on a eu d’autres clients, et les affaires ont repris et depuis dix ans, cela marche très bien ! »

C’est peut-être cette commande qui a sauvé l’industrie du tweed. En tout cas, elle a valu à Donald, le titre de membre honorifique desservi par la Reine.

Deux fois par semaine, un camion de la filature locale, se rend chez la cinquantaine de tisserands dans l’île. Donald les approvisionne en laine et récupère les tissus finis.

La beauté fascinante de la culture des Maori

L’exposition «  la pierre sacrée des Maori »  actuellement au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, incarne la beauté fascinante de la culture des Maori.

« La pierre sacrée des Maori, reflète l’éclat et la profondeur d’une culture qui compte incontestablement parmi les plus fascinantes au monde ». 

C’est par ces mots que Stéphane Martin1, exprime son amitié et la relation de confiance qu’il a su nouer avec le museum of New Zealand Te Papa Tongarewa.

 

La civilisation Maori et le jade

Les ancêtres des maori, anciens navigateurs, ont accosté sur l’île méridionale de la Nouvelle-Zélande, le Te Wai Pounamu depuis sept siècles. Ils y découvrent des gisements de jade. Cette pierre va devenir un matériau d’outillage, une pierre d’ornementation et d’échange. Mais elle occupe une place beaucoup plus importante par la spiritualité qu’elle incarne.

Les Maori excellent dans le travail de la pierre, du bois, de l’os et fibres végétales. Ils développèrent une architecture fortifiée en construisant des villages au centre desquels se trouvaient des esplanades, entourés de palissades. Ils produisaient des objets originaux comme la trompe putorino (instrument de musique) ; des boîtes à taonga (trésors) qui conservaient les objets les plus prestigieux. Les Maori portaient des capes en fibres végétales, comme le harakeke, (plante endémique d’Aotearoa-Nouvelle-Zélande). Ils apportaient un soin particulier à l’art de la parure et pratiquaient le tatouage facial, moko. 

Aujourd’hui, les Maori accordent toujours une place très importante à l’Art. Dans les familles Maori, les activités artistiques sont encouragées ainsi que dans les écoles et les universités. Par conséquent, les arts traditionnels maori sont encore exercés à un très haut niveau d’excellence.

Notamment, le travail du pounamu (la pierre verte) est toujours pratiqué. Le jade, matériau sacré pour les Maori est inconnue en Polynésie et il est rare dans les autres îles du pacifique. Ils taillent la pierre de jade pour fabriquer des hei tiki, portés en pendentifs. Travailler le pounamu c’est affirmer la force de la culture maori encore de nos jours.

George Nuku, l’un des plus grands sculpteurs maori contemporains évoque avec sensibilité les paysages grandioses de Te Wai Pounamu :

« Le regard explore alors les eaux de néphrite, te wai pounamu, dans le fleuve Arahura, qui abrite les Poutine des fables, les poissons de jade de Ngahue, des montagnes vertes enveloppes de brumes, de pluie et de neige, de chutes et de courants en cascades, de pierres dures et d’eau glacée. Les yeux explorent les paysages révélés par les motifs de la pierre : inanga, bancs de poissons, créant des ondulations, ; totoweka, sang et excréments d’oiseaux laissant un motif indélébile et des résonances de couleurs dans les lacs profonds; kahurangi, textures nuancées des ciels océaniques, la majesté des nuages et la divinité de la lumière; tangiwai, larmes d’un amant pris et à jamais piégé dans un poisson de pierre magique. »2 

Grâce à cette exposition, nous pouvons ressentir par le toucher sensoriel le pounamu chargé de mana, force vitale ou énergie divine. Cette pierre verte, appelée néphrite, est prisée pour sa qualité de dureté et son tranchant pour fabriquer des outils ou objets d’ornements ; elle montre d’infinies nuances de vert, mais pour les Maori, elle incarne d’abord le passé mythique et le monde des vivants.

1 – Président du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris, France.

2 – La collection, Skira Flammarion, Musée Quai Branly, 2009.

Pour en savoir plus :

vous pouvez suivre une visite guidée dès l’âge de 12 ans, durée 1 h 30 ou une visite contée (en famille à partir de 6 ans) durée 1 h.

L’exposition se termine le 1er octobre 2017 alors ne tardez pas !