La reproduction chez les plantes (2)

  • La Cypridède du Japon

Nous avons vu dans le précédant article, que les orchidées ont développées des dispositifs « attrapes-mouche » variés. Le label de de la cypridède du Japon a une forme d’amphore, fendue en son milieu pour laisser une ouverture ; à travers celle-ci, on distingue une masse jaune ressemblant à du pollen. Au sommet de la fleur, s’ouvre une brèche plus étroite, c’est là que se trouve le véritable pollen. L’ouverture principale est bordée d’un liseré violet, et lorsque le bourdon se pose sur le liseré, il peut voir à l’intérieur.

Le bourdon entre facilement mais il aura plus de mal à ressortir. Il se dirige vers la lumière, la fleur s’est pourvue de poils qui servent d’échelle au bourdon ; à l’extérieur la fleur est tapissée de poils pour que l’insecte puisse mieux s’agripper, ainsi le bourdon en sortant de l’amphore, est plein de pollen. 

Le pollen sur le dos du bourdon se met à bouger, il est en train d’ajuster sa position pour mieux adhérer au pistil de la prochaine orchidée sur laquelle le bourdon atterrira. 

Vidéo 7 – La cypridède du Japon
  • La Gentiane japonaise

La Gentiane, une fleur violette préférée des guêpes et des bourdons. La nuit venue, la fleur de Gentiane se referme. Le bourdon se réfugie dans la fleur de Gentiane. La fleur a un but précis, lorsque le bourdon sortira de la fleur, il sera recouvert de pollen. Il butinera une autre Gentiane et déposera le pollen, c’est ce qu’on appelle la pollinisation.

Vidéo 8 – La Gentiane japonaise
  • La Grevilléa ériostachya

Certaines plantes utilisent de plus gros animaux pour la pollinisation. La Grevilléa, plante d’Australie, excite la convoitise, elle donne du nectar à profusion. Mais le nectar n’est accessible qu’aux animaux dotés d’une longue langue, comme le Méliphage fardé. L’oiseau fixe le bourdon posé sur la fleur, il s’intéresse au nectar, pas l’insecte !. 

Si une fleur fait transporter le pollen par un oiseau, on dit qu’elle est ornithophile. Cette fleur doit savoir lire la trajectoire de l’oiseau, la fleur se dresse à 50 cm du sol. Elle secrète un nectar abondant, elle est spacieuse et solide pour accueillir un oiseau. Ce passereau chasse les petits insectes, la fleur dissimule son nectar dans un endroit, il peut à peine l’atteindre avec son bec. Lorsqu’il se penche plus en avant, sa tête se couvre de pollen ! 

Les Loriquets arborent un plumage bariolé. L’oiseau a plus de chance de s’accoupler, car les oiseaux sont plus réceptifs aux couleurs que n’importe quel autre animal, c’est pourquoi, les fleurs se parent de couleurs que les oiseaux affectionnent, la couleur rouge. 

  • L’Ethingera hémisphaerica

Cette fleur a les couleurs et le profil de l’oiseau de paradis, d’où le même nom. Cette fleur fournit du nectar à volonté à l’oiseau et même un perchoir. C’est de cette façon que les fleurs ornithophiles attirent leur pollinisateur ailé. 

Vidéo 9 (1)- La Grevilléa ériostachya
Vidéo 9 (2)- l’Ethingera hémisphaerica
  • La Rafflésie d’Arnold

Les mouches sont friandes de charognes, c’est pourquoi certaines plantes imitent les charognes. La Rafflésie d’Arnold est une parasite des lianes, elle n’a ni feuille, ni tige pour se reproduire mais forme des fleurs pour se reproduire. La fleur mesure un mètre de diamètre, elle a l’aspect et l’odeur de charogne, la chair en décomposition. La fleur imite les charognes, elle s’appelle « fleur cadavre ». Elles sont présentes dans diverses régions d’Asie du Sud-Est, telle la Stapelia ledinii qui pousse sur des terres arides où les insectes butineurs sont rares. C’est pourquoi elle fait des fleurs rouges qui attirent les mouches. Elle orne sa corolle de fourrure et elle émet l’odeur de la viande en putréfaction, pour les mouches c’est un repas irrésistible. 

Vidéo 10 – La Rafflésie d’Arnold et la Stapelia ledinii
  • L’Arum titan

Cette fleur nommée Arum titan par sa taille de 3 mètres de haut, est une fleur cadavre. Il y a sept ans, c’était une jeune pousse, d’une trentaine de centimètres dotée de cinq feuilles. Au fil des années, la plante a accru le nombre de ses feuilles et a atteint cinq mètres. Durant sa croissance des éléments nutritifs sont stockés dans le tubercule. Lorsqu’il arrive à maturité, la plante se débarrasse du petit arbre, le tubercule fait alors environ 1 mètre de diamètre et pèse une centaine de kg.

Pourquoi avoir fait des réserves durant sept ans ? 

La réponse surgit après quatre mois de dormance. Elle mesure 3 mètres de hauteur et 1,5 mètres de large, l’Arum titan est la plus grande fleur du monde, les réserves étaient pour elle !. Le but de cette fleur gigantesque est d’attirer de minuscules mouches, elle exalte une odeur de viande avariée, plus la fleur est grande, plus l’odeur est forte. 

Elle produit par ailleurs une chaleur d’environ 36 degrés. Cette chaleur génère un courant d’air ascendant utilisant les 3 mètres de hauteur de la fleur pour être un tremplin diffuseur. L’odeur se propage mieux dans les airs. Grâce à la chaleur de la taille de la fleur de l’Arum titan, elle se diffuse dans un rayon d’un kilomètre pour toutes les mouches des alentours.

La fleur a fabriqué à leur intention, une multitude d’étamines et de pistils ; le pistil est situé au dessus, les étamines au-dessous. La stratégie de l’Arum titan pour survivre est une pulvérisation massive. Cette immense fleur en colonne effilée sert à lancer un jet olfactif, un immense piège à mouche, une seule et unique fois après sept années de préparation. La fleur se fane presque aussitôt après sept années d’attente. Son apogée n’aura duré que deux jours ! La fleur titanesque n’était qu’éphémère !.   

Vidéo 11 – Arum titan
  • Le Camélia du Japon 

La pollinisation accomplit, la fleur de Camélia tire sa révérence. La reproduction demande aux plantes, un temps et une énergie considérables. Mais si elle réussit, cela signifie la fin pour la fleur car elle doit mourir pour permettre aux fruits de voir le jour. 

Vidéo 12 – Le Camélia Japonica

Le film documentaire est présenté par Korean Education Broadcasting System, www.ebs.co.kr

Version française : ARTE.

La reproduction chez les plantes

L’instinct de reproduction des plantes est aussi puissant que celui des animaux. Chez une plante, la reproduction consiste à transférer le pollen des étamines d’une fleur vers le pistil d’une fleur de la même espèce. 

Comment ?

  • le vent qui transporte le pollen, de tous les grains de pollen transportés par le vent, certains atterriront sur un pistil. Vidéo1. L’Hydrangéa ou communément appelée « Hortensia ».
L’aventure du pollen
  • La plante peut éjecter son pollen dans les airs par un catapulte  dans l’air, en un 1/100ème de secondes. Vidéo 2. Le mûrier à feuilles de platane.
Le Mûrier à feuilles de platane et la Prêle des champs.
  •   Lorsque l’humidité ambiante diminue, certaines plantes projettent des spores par un tube élastique appelé élatère. En absence de vent, les spores ne peuvent être disséminées, le vent étant imprévisible. Vidéo 2. La Prêle des champs.

D’autres plantes utilisent des stratagèmes encore plus étonnants : 

  • Par exemple, la fleur de tomate ne possède pas d’étamine assurant sa reproduction porteuse de pollen. Après de multiples recherches, les scientifiques ont fait une découverte : la tomate libère ses grains de pollen si elle est exposée à une fréquence de 350 Hertz, soit précisément la fréquence du battement d’ailes du bourdon !. Vidéo 3. La Tomate.
La Tomate
  • Certaines plantes prennent une teinte violette, c’est parce que les abeilles et les insectes apparentés sont capables de distinguer cette couleur ainsi que les rayons ultra-violets.
  • En général, l’éclosion et le flétrissement d’une même plante sont synchronisés. Mais les fleurs de la Brunelle fleurissent chacune à leur tour. C’est parce que les abeilles récoltent le nectar du bas vers le haut de la fleur. Vidéo 4. Delphinium maackianum ; le Savonnier ; la Brunelle commune.
Le Delphinium maackianum ; le Savonnier ; la Brunelle.

Toutes les fleurs n’ont pas de nectar à offrir, telles certaines orchidées qui choisissent alors de berner les insectes. Les orchidées représentent 10% des plantes à fleur ; c’est une famille très prolifique et une réussite évolutionnaire. Les fleurs d’orchidée ne ciblent qu’un seul insecte afin d’éviter le mélange de pollen et d’augmenter leur chance de fécondation. 

Le pollen des orchidées est différent des autres pollens ; il est aggloméré en un bloc, appelé pollinie, il ne peut pas être dispersé par le vent. 

Alors quelle est leur stratagème ? Tromper les insectes. Le Label a une forme très particulière : recourbée et articulée. Le label s’abaisse si la mouche pèse un poids bien précis. L’orchidée a sélectionné une mouche particulière pour transporter son pollen. Vidéo 5. Le Label. 

Le Label.

Adaptation et transcription de Joëlle Baby, d’après le film documentaire : « la vie secrète des plantes », sur ARTE. 

La Danse, art universel

Qu’est-ce-que la danse ? 

« La danse est le mouvement rythmique du corps » (Platon, philosophe grec, 5e s. av. notre ère))

Pour l’historien F. Delzangles (1914,) l’histoire de la danse est le résumé synthétique des différents états d’âme des civilisations disparues. Il détermine le sens de ses propos : 

 « La danse est un mouvement naturel pour manifester la joie exultante du coeur, pour extérioriser nos sentiments. L’homme chante et saute de joie instinctivement lorsqu’il est content. La danse est également, une des manifestations les plus expressives et les plus artistiques de l’intelligence humaine, elle a progressé avec le développement des facultés intellectuelles, évoluée suivant le caractère et le tempérament des peuples, s’est perfectionnée, embellie, harmonisée, rythmée suivant le degré de leur civilisation, le raffinement des moeurs.

Selon les régions, les pays, la danse est tantôt danse sacrée , tantôt danse profane. Les peuples ont toujours éprouvé le besoin de danser pour manifester leur joie de vivre. La danse n’est que l’art de former avec grâce, précision et facilité, des pas sur des temps et des mesures donnés par la musique. Dans la passion de la danse, le degré d’expression remplace les paroles. Un pas, un geste, un mouvement et une attitude disent ce que rien ne peut exprimer. L’exclamation d’un  « oh ! » ne peut monter plus haut et le geste est là pour l’exprimer. » 

Autre auteur, J.G. Noverre, chorégraphe français, dans ses lettres adressées à Voltaire évoque ses ses connaissances sur la danse et échange des idées avec Voltaire au sujet de son travail et de ses réalisations sur la rénovation de la danse en France. 

« Les chefs-d’oeuvre des artistes se conjuguent à tous les temps et dans nombre de pays. Seulement les guerres peuvent commettre l’irréparable, la destruction des oeuvres d’art que les peuples avaient tant chéris. S’en suivi une succession d’hommes qui oublièrent pour longtemps.

L’Egypte antique avait le goût et le génie des sciences et des arts. A son tour la Grèce laisse un précieux témoignage de son amour des arts et du génie de ses sciences pendant deux siècles puis vint les destructions et les cruautés indicibles des guerres qui anéantir l’empire. Sans oublier la Rome antique où se déploya toutes les richesses et qui prit Athènes pour modèle. »

En période de paix, le génie des hommes s’épanouit de nouveau après avoir traversé bien des souffrances, comme un heureux échange, les hommes de génie peuvent faire oublier par leur art toutes les cruautés. 

Le principe est que la danse chez l’homme ne possède que sept pas fondamentaux, il en est de même pour la musique ; et la peinture possède sept sept couleurs ; mais le mélange de ces notes et de ces couleurs offre pour la peinture une variété immense de teintes et de demi-teintes dégradées ; pour la musique une variété infinie de combinaisons harmoniques et mélodieuses : de même les sept pas de la danse forment une foule de temps, de demi-temps et d’enchaînement de pas et de mouvements. » 

L’homme peut observer chez les oiseaux le pas de danse, et il donne à voir un vibrant spectacle  comme l’exemple des grues du Japon (voir la vidéo).

La danse des grues du Japon

« L’homme s’est assigné des règles, des principes pour donner à la danse plus d’extension en lui faisant peindre des différents sentiments qui agitent son esprit. Cet art, enfant du goût et de l’imagination. »  

La musique et l’amour

La musique pour les Grecs anciens était l’art des Muses : toute science et tout art était considéré  comme une chose agréable. Selon Pythagore, les astres dans leurs mouvements forment une musique céleste et pour Aristote, la musique a une puissance qui agit sur les moeurs.

Au XXe siècle, un professeur d’histoire de la Musique au Collège de France écrit : « la musique reproduit le dynamisme de la vie passionnelle. Elle pénètre dans notre sub-conscient, pour atteindre les ressorts cachés de toutes les passions ». 

Darwin, célèbre naturaliste, associe la musique à l’altruisme et le social, c’est à dire à l’amour, force sociale et aussi force universelle. Darwin place le rôle social de l’amour bien avant l’homme, chez les êtres vivants dont l’homme est le descendant. Il questionne selon ces termes : 

  • Pourquoi la musique a-t-elle un pouvoir d’émotion si troublant ? – 
  • Pourquoi nous remue-t-elle a de si grandes profondeurs ? 

Darwin se fonde si les trois faits suivants :

1- La musique a un pouvoir d’expression, elle traduit l’amour et la joie du triomphe.

2- Dans la saison de reproduction, les animaux font entendre des sons, ils ébauchent même un un chant.

3- Entre les animaux et les hommes, il y a transmission héréditaire.  

Darwin insiste sur les oiseaux. Les mâles qui cherchent à attirer les femelles déploient toutes les ressources qui leur permettent de briller. Ils n’étalent pas seulement la richesse de leur plumage, comme l’oiseau de Paradis qui prend ce que l’on appelle la « parure des noces » ; l’instinct de reproduction le fait artiste : ils chantent. (Voir la vidéo sur les oiseaux de Paradis en Nouvelle Guinée).

Darwin nous livre ses observations : «  le coq se livre à une pantomime curieuse, mêlée de chant ;

Placé sur une branche basse, il dresse les longues plumes de son cou, fait la roue, laisse pendre ses ailes, se gonfle, piétine, tourne les yeux, de façon comique, puis il émet des sons cliquetants et claquetants, lents et séparés, mais de plus en plus rapides ; il continue par un clac très fort, que suit toute une suite de sons, à la fois strident et musicaux…; il finit par un son soutenu, et en même temps ferme les yeux comme enivré de jouissance ». 

Notre philosophe n’hésite pas à écrire, que « l’homme serait l’héritier de l’animal, pour la musique comme pour le reste. Les mélodies seraient un fait initial lié à un des sentiments de la vie sociale. Ce qui expliquerait le caractère mystérieux et les effets si troublant de la musique. Elle est mystérieuse parce qu’elle est désapproprier de sa fonction première et qu’elle applique à des objets librement choisis par la fantaisie, un langage, qui, à l’origine, fut exclusivement celui de l’amour ; elle est profondément troublante parce qu’elle touche en nous l’instinct vital lui-même, l’instinct de reproduction et de progrès, et qu’elle réveille vaguement, à notre insu des associations d’idées qu’une très longue hérédité, avait fait passer dans le domaine inconscient. Deux êtres qui se cherchent ne veulent pas seulement  la reproduction et la conduite de la vie : ils veulent sa promotion vers le mieux et le plus beau. Or le progrès s’il existe réellement, doit être rattaché au plan même de la création, à un principe premier réglant l’évolution des êtres : l’expression musicale serait donc ramenée à un rôle grandiose et magnifique !

Ce que Darwin a voulu expliquer, c’est l’effet si troublant du langage des sons. Le point de vue social n’est pas le point de vue artistique, il oblige cependant à tenir compte de certains faits, alors même qu’une part d’erreurs y serait mêlée.

Tous les poètes anciens ont donné aux oiseaux le nom de « chanteurs ». Ils les ont même regardés comme des maîtres. Athénée dit que le poète Aleman s’était mis à son école. Lucrèce affirmait que l’homme les avait imités avant de savoir parler. 

La musique a le privilège d’exprimer ce qu’il y a de plus fondamental dans notre être intime : l’amour de la vie ; le désir de la prolonger et de la perpétuer, en la rendant meilleure et plus brillante. Sans amour, il n’y aurait pas d’art ; et l’amour est la manifestation principale d’une force universelle, où tous les sentiments sociaux sont inclus.

C’est si bon, le bain chaud

Au Japon, le Onsen (le bain chaud) n’est pas seulement une histoire de propreté, il est garant de pureté, de paix et d’harmonie ; il est aussi important pour le corps que pour l’esprit.

Voici une vidéo qui résume à elle seule l’esprit du Onsen, à l’image de ce groupe de singes qui apprécie visiblement le bain chaud.

Bienvenue à l’année 2021 !

Adieu l’année 2020, vive l’année 2021 !

Les grottes de Vallorbe en Suisse

Il faut remonter vers 1285 pour voir construire par le prieur de Romainmôtier1 le premier fourneau à fondre le fer qui marquera le développement industriel du vallon. Après avoir traversé le pont qui enjambe l’Orbe, nous arrivons au Musée du fer, il a pour but de faire revivre le passé métallurgique. 

Notre visite nous conduit aux grottes de Vallorbe. Quelques éléments à connaître avant d’aller plus loin : la naissance d’une grotte dépend de la nature de la roche, du climat et de la situation géographique. A une phase de formation succède une phase de développement. L’évolution ultérieure peut conduire à l’effondrement et au comblement de la grotte. Les grottes se forment très lentement par la décomposition de la roche sous l’action de l’eau, et s’infiltre progressivement dans les fissures de la roche.

La majorité des grottes est située dans des régions karstiques. Les grottes ne peuvent se développer que dans des conditions précises, au nombre desquelles figure la présence d’une roche soluble dans l’eau comme par  exemple le calcaire, la dolomie (variété de carbonate de chaux), ou le gypse (sulfate de chaux). Un paysage karstique est marqué par l’absence de rivières de surface dans lequel l’eau de pluie a creusé de nombreuses cavités.

Paysage karstique.

Selon le tableau représenté ci-dessous, il existe plusieurs formes de grottes, les galeries remplies d’eau, dites « noyées », dont la forme peut être elliptique, en canyon, ou sur faille. On trouve aussi des galeries en éboulement libre dont la taille varie selon l’âge de la galerie. 

Différentes galeries des grottes.

Les décorations des grottes sont composées de calcaire et prennent la forme de stalactites et de stalagmites. Pour les stalactites, c’est une concrétion allongée qui se forme à la voûte des cavités souterraines, provenant de l’infiltration d’un liquide tenant en dissolution des sels calcaires, siliceux, ferreux ou cuivreux dont chaque goutte se dépose sur la voûte de la grotte, formant un dépôt pour former des stalactites. Les stalagmites, c’est la concrétion mamelonnée qui se forme sur le sol de la grotte par évaporation des gouttes d’eau qui tombent de la voûte de la grotte. Les stalactites et les stalagmites peuvent se rejoindre pour former une colonne stalagmitique (voir illustrations ci-dessous).

Décoration de la grotte de Vallorbe : les stalactites et les stalagmites.

Visite des grottes de Vallorbe, Suisse.

Les illustrations et informations viennent des grottes de Vallorbe, Suisse. La vidéo est de J. Baby. 

  1. le plus ancien monastère de Suisse, il fut fondé au Ve siècle.
  2. Définition du mot lapiaz ou lapié : Le lapiaz est une formation de roches creusées par les eaux de pluie qui dissolvent la roche en terrain calcaire. 

L’école du Breuil et l’art du jardin

Fondée en 1867, par le préfet Haussmann, l’Ecole d’horticulture porte le nom de son premier directeur, Alphonse du Breuil. Aujourd’hui, cette école jouit toujours de son prestige, elle est accessible à tous (inscription sur dossier). L’école prépare également au concours de jardinier de la ville de Paris. A sa création l’école se situait sur la commune de Saint-Mandé. En 1937, elle est déplacée et implantée au sein du bois de Vincennes, à Paris et s’étend sur 23 hectares (la plus grande surface dédiée à l’enseignement du paysage).

L’école du Breuil forme essentiellement aux métiers de l’aménagement paysager : jardiniers, chefs de chantier, mais aussi chefs d’entreprise de paysage. L’actuel directeur de l’école, M. Renaud Paque donne des précisions sur la formation, elle forme les élèves à l’entreprenariat afin qu’ils puissent créer leur entreprise d’aménagement paysager.

Le directeur indique au sujet de ce lieu  : « Nous sommes une école d’arts et de techniques du paysage. Un jardin, c’est aussi de la création, nous développons beaucoup cet aspect du métier. Le développement durable et la biodiversité sont également au cœur de l’enseignement. Nous essayons d’avoir une gestion des jardins la plus responsable possible », précise-t-il. Enfin, l’école accorde une grande importance à la connaissance du végétal. Et M. Paque formule l’esprit de l’école du Breuil : « Nous avons traversé des décennies où le végétal n’était plus si important. Mais à l’école du Breuil, nous avons toujours maintenu le végétal au cœur de la problématique, c’est notre force ! »

L’école possède par ailleurs de magnifiques jardins entretenus par une équipe de 30 jardiniers qui encadrent également les travaux pratiques des élèves. Et la grande renommée de cette école permet aux élèves de participer aux journées des plantes du domaine de Courson, aux journées des plantes du domaine de Saint-Jean de Beauregard, aux projets de jardins des berges de Seine, à “l’Art du Jardin” du Grand Palais et à celui des Tuileries.

« Les jardins sont imaginés et mis en œuvre par les élèves, il s’agit de travaux pratiques pour eux ! » rapporte le directeur.

L’art du jardin japonais

La vidéo offre un jardin japonais dans son écrin de verdure : « un bijou de poésie mêlé d’harmonie et de sérénité qui nous transporte loin des tumultes de la ville. » 

Les jardins sont ouverts au public toute l’année, (les horaires d’été et d’hiver sont à voir sur le site de l’école du Breuil). 

Art des peintures murales tibétaines

Des déserts arides aux vallées encastrées du Tibet, le photographe, journaliste et écrivain américain Thomas Laird (né le 30 juin 1953) a arpenté pendant plus de dix ans ce vaste territoire en quête de peintures murales, souvent abritées — et dissimulées pour ne pas être détruites — dans des temples bouddhistes.

Classées au Patrimoine mondial de l’humanité, ces fresques tibétaines sont réunies pour la première fois en un seul volume — dont le « format sumo », publié aux éditions Taschen, permet de les reproduire en grand et de mettre en valeur certains détails. Ce livre (498 pages, 33 kg) rare et cher (10 000 euros) est destiné avant tout aux collectionneurs.

Thomas Laird a commenté pour le journal Le Monde une sélection de peintures extraites de cet ouvrage, véritable « alliance entre la technologie de la photographie contemporaine et les traditions millénaires ». La vidéo vous permet de vous immerger dans l’art des peintures murales tibétaines. Mais il est nécessaire de lire les explications ci-dessous se rapportant à chaque peinture pour en comprendre toute la signification.  

Art des peintures murales tibétaines.

Vous trouverez ci-dessous, la signification des peintures murales de la vidéo.

1

La reine Maya Devi et la naissance du Bouddha (XVe siècle), Toling, Dukhang, ou salle de réunion – 71 × 100 cm, détail

« La reine Maya Devi, qui porte un habit de style kasmerian, bien ajusté, donne naissance au futur Bouddha à l’âge de 50 ans. Sur cette représentation, on la voit s’accrocher à la branche d’un arbre pendant que Bouddha sort de son flanc (probablement par césarienne). En bas de l’image à gauche, le dieu Indra, reconnaissable aux nombreux yeux couvrant son corps, s’appelle le Mille-Yeux. De l’autre côté de Maya, l’une de ses dames l’aide à l’accouchement. »

2

Amoghasiddhi (début du XVIIe siècle) Jonang Puntsoling, Lhakhang principal, dernier étage – 206 x 287 cm`

« Amoghasiddhi, seigneur de la famille d’action, Bouddha du Nord, comme toujours représenté en vert, symbolise l’activité illuminée. Il est flanqué de deux gardiens bodhisattva. »

3

Le coin sud-est du dernier étage de la chapelle à Jonang Puntsoling avec Semnyi Ngelso se reposant, une première forme d’Avalokiteshvara (à gauche) et de Ratnasambhava (à droite)

« Au dernier étage du monastère de Phuntsholing  se trouvent des chefs-d’œuvre muraux supervisés par Taranatha (1575-1634), le savant le plus éminent de l’ordre controversé Jonang et figure majeure du Tibet de la fin du XVIe au début du XVIIe siècle. Durant la construction de Phuntsholing, il invita de nombreux artistes newar du Katmandou à faire des statues et à orner les murs de superbes peintures contemporaines indo-newar de style tantrique. Il employa aussi Punkyempa, un maître-peintre tibétain qui peignit des fresques murales très raffinées montrant des scènes de la vie de Shakyamuni, aussi bien que des portraits de Taranatha et de Dolpopa. »

4

Bouddha enseignant (début du XIVe siècle). Shalu Khorlam, Temple Prajnaparamita, 2e étage, mur de l’est – 148 × 275 cm

« Ce Bouddha affiche l’enseignement mudra sous un arbre de la Bodhi multicolore entouré de lumières arc-en-ciel et d’hôtes de bodhisattvas. Les feuilles orange semblent être la représentation exacte de celles de l’arbre de la Bodhi sous lequel Bouddha acheva son illumination. A l’arrière-plan, de chaque côté de lui se situent le soleil et la lune avec des joyaux triples enflammés. Dessous, trois bouddhas sont assis de chaque côté. »

5

Intérieur de la chapelle 2 W à Gyantse Kumbum avec bouddha Shakyamuni

« Shakyamuni est représenté ici dans la posture de l’enseignement. Au-dessus de lui, à sa gauche, se trouve Dharma Lord Buton (1250-1364) et à sa droite, le grand prêtre Drakpa Gyaltsen (1352-1405), tous les deux du monastère de Shalu. Ses longs lobes d’oreille indiquent qu’avant l’illumination, le Bouddha était le prince Siddhartha et portait des boucles d’oreille en or si lourdes qu’elles avaient étiré ses lobes. Ces derniers nous rappellent sa grande renonciation quand il quitta femme et enfant et tous les trésors de son palais et enleva ses boucles d’oreille en or pour prendre la route impliquant des années d’austérité et de méditation avant d’atteindre l’illumination. »

6

Le danseur Jataka – début du XIVe siècle. Shalu, Khorlam, 1er étage, mur de l’ouest – 104 × 155 cm

« Voici un chef-d’œuvre typique des peintures de style Newar de la vallée de Katmandou, peint par une école d’artistes népalais instruits par le grand maître Arniko (1245-1306). Ces peintures murales situées dans le khorlam (le grand corridor processionnel) du monastère de Shalu, sont les seules à grande échelle encore existantes. Autrement, ce genre d’art ne se trouve que sous la forme de thangka (des peintures de forme rectangulaire exécutées sur des toiles de lin, de coton ou parfois de soie imbibées de chaux et de gomme végétale ou animale), en grande partie à cause de la destruction par des tremblements de terre. Dans cette peinture, on distingue des douzaines de détails précis, fidèles à la réalité, de la culture newar. Ici : Jataka représente la fille de Bodhisattva. »

7

Dombini Verte et nue (milieu de 1460). Gongkar Chode, Kyedor Lhakhang, 1er étage – 81 × 53 cm

« La dakini verte elle-même est une figure secondaire dans l’entourage de l’une des grandes déités Yidam : Hevajra (Kyedor). Elle porte un chapelet et une couronne de têtes de mort, avec une auréole enflammée. Dans la main droite, elle brandit un vajra (un petit sceptre, marque de royauté et de puissance) tandis que de sa main gauche, elle fait un geste menaçant, tout en dansant sur un corps étendu, symbolisant ainsi la subjugation de l’ego dans la tradition tantrique. Elle danse dans un cimetière où un oiseau bizarre semblable à une chouette au sourire macabre se perche sur un corps disloqué à ses côtés. »

8

Intérieur de la chapelle 2 S b à Gyantse Kumbum avec Tara Verte Excellente Générosité ainsi que les statues de Tara Verte Khadiravanu flanquées de deux gardiens aux quatre bras. Marichi, à gauche, et Bhrikuti, à droite.

« Tara est un bodhisattva féminin, une divinité de la compassion. La couleur verte symbolise le vent — ce qui veut dire que Tara arrive rapidement quand les gens l’appellent à l’aide. Dans la mythologie grecque, on disait aussi d’Athena qu’elle arrivait en aide à la vitesse du vent à ceux qui faisaient appel à elle. »

9

Tara Verte Perfection de générosité (15e siècle. Gyantse Kumbum, Chapel 2 Sb – 235 × 286 cm

« Ici, la Tara verte (qui représente la générosité) est entourée d’autres formes de Tara de couleurs et au nombre de bras variés. La main droite relevée au niveau de l’épaule exhibe la Varada, symbole de protection. La main gauche au niveau du cœur forme la Vitarka-Mudrâ, posture de l’enseignement. Dans ses deux autres mains, elle serre un crochet très fin et une fleur de lotus utpala bleue. Elle est assise dans une posture de bodhissatva détendue, accompagnée par deux gardiens aux quatre bras : Marichi (à gauche) et Ekajati (à droite). L’un est rosâtre et paisible, l’autre bleu foncé et courroucé. »

Ouvrage :

Murals of Tibet : Photographies et introduction de Thomas Laird, avec la contribution des auteurs Robert Thurman, Heather Stoddard et Jakob Winkler – Editions Taschen, 2018.

« Murals of Tibet », limité à 998 exemplaires signés par sa sainteté le 14e dalaï-lama, « format sumo » 50 x 70 cm, 498 pages dont 6 pages dépliantes, imprimé en cinq couleurs dont l’or. Lutrin conçu par l’architecte Shigeru Ban, lauréat du prix Pritzker et pionnier de l’humanitaire. Volume explicatif illustré de 528 pages en complément. Le poids du livre avec son volume explicatif et son support  par Shigeru Ban pèsent 56 kilos (les deux ouvrages seuls : 33kg).

Edition collector au « format sumo », limitée à 998 exemplaires signés par sa sainteté le 14e dalaï-lama et accompagnés d’un lutrin créé par l’architecte Shigeru Ban, lauréat du prix Pritzker et pionnier dans l’aide humanitaire. Egalement disponible en deux éditions d’art (no 1 à 80), limitées à 40 exemplaires chacune et accompagnées d’un tirage.

THOMAS LAIRD,/TASCHEN, MURALS OF TIBET VOL. 2 P. 452

L’histoire de Ripaille

Nous allons vous faire découvrir l’histoire de Ripaille à travers deux personnages, dont l’un est né au XIVè siècle, il s’agit de Amédée VIII, et l’autre au XIXe siècle, il s’appelle Frédéric Engel-Gros. Les traits communs de ces deux hommes sont la sagesse, l’humanisme et la générosité. Ils sont tous deux issus de grandes familles : Amédée VIII appartenait à la Maison de Savoie dont les membres étaient des évêques et des comtes ; F. Engel-Gros était associé à la famille industrielle des Dollfus. Ils ont vécu tous deux dans le château de Ripaille à quatre siècles de distance. Nous retracerons dans cet article, les grandes étapes de leur vie dans l’histoire de la France.

Ripaille, la résidence d’une princesse, Bonne de Bourbon

L’oeuvre de Ripaille fut celle de Bonne de Bourbon, la grand-mère de Amédée VIII. La gent féminine de la branche familiale avait été élevée dans le goût du luxe, toutes ces princesses étaient nées dans de splendides demeures. Bonne de Bourdon s’installe à Ripaille en 1377.

Un tragique événement va mettre un terme à sa résidence, par la mort accidentelle de son fils en 1391.

Amédée VIII, petit-fils de Bonne de Bourbon

Amédée1 enfant était atteint d’une maladie grave, il fut confié à l’âge  de dix ans à des hommes pour parfaire son éducation. Il était devenu un homme simple et pieux. Il avait bon esprit et avait l’habitude du travail intellectuel. Il était reconnu pour sa sagesse précoce avec un grand caractère, homme pacifique, il savait aussi défendre ses droits par la force des armes, tout en laissant une porte ouverte à la négociation. Il était adroit administrateur, dirigeait ses domaines en bon père de famille. Il conseillait à ses enfants « d’être juste sans sévérité excessive, d’éviter la vengeance, d’aimer le peuple sans l’accabler d’impôts, de protéger les bons, de fuir la guerre et de veiller constamment au maintien du bon ordre ». Il disait aussi à ses fils de fuir l’orgueil, l’avarice, la luxure, la gourmandise et les autres vices. 

Médiateur efficace, il est reconnu par la Sérénissime République de Venise et par le roi de France dès 1410. Amédée VIII prépara le traité d’Arras qui scella la paix du roi de France et du duc de Bourgogne en 1435, ce qui permis de chasser les anglais hors de France2.

La construction d’un monastère à Ripaille

La véritable raison de cette oeuvre pieuse, a été sciemment oubliée, pour éviter des souvenirs trop pénibles. Les témoins du drame de Ripaille étaient au côté de Amédée VIII pour célébrer la mémoire de son père, mort à l’âge de 51 ans, des suites de ses blessures. Amédée plaça le couvent sous l’invocation de Notre-Dame et de Saint Maurice. 

Amédée VIII voulut être en phase avec sa foi, il entreprit de donner le domaine de Ripaille avec toutes ses dépendances, notamment « la maison ou manoir » sur une grande étendue en dehors des murs d’enceinte. Il offrit une dotation de 1 000 florins d’or de revenus et installa le mobilier nécessaire à la vie monastique. Amédée traversa les épreuves de la vie par la mort de ses enfants et de sa femme morte en couches en 1422. La souffrance l’attachait à cette terre, il s’habitua à l’idée de finir ses jours dans cette paisible retraite. Mais il faudra attendre, car son fils louis3 n’est encore qu’un adolescent. Le 1er janvier 1432, Amédée marie son fils Louis âgé de 19 ans, avec Anne de Chypre4.

Une tentative d’enlèvement5 contre Amédée VIII assombri son projet de retraite. Il choisit de se retirer mais de conserver la direction de ses affaires. 

La construction du château de Ripaille 

Lorsqu’on entre par la grande porte d’entrée, on se trouve dans la cour actuelle du château de Ripaille. A gauche, l’église et les dépendances du prieuré fondée par Amédée VIII. Au fond, la grande tour de vieille porte, élevée par Bonne de Bourbon, à droite, les débris de la résidence de la princesse, c’est là que le château sera édifié par Amédée VIII.

Amédée peut enfin prendre sa retraite le 16 octobre 1434. Il allait partager sa solitude avec les religieux, mais Amédée savait garder son indépendance. Une tour, détruite depuis, et un pont-levis appelé « l’heureux pont » furent construits pour accéder à la grande place. Le visiteur devait attendre devant la grande place l’autorisation d’entrer. Une autre entrée existait au sud-est pour se rendre au parc, appelée « la porte des palissades ». 

Les chanoines avaient aussi leur accès bien gardé, par des fossés et un pont jusqu’au XVIè siècle, des clôtures de bois délimitaient leur domaine. Le bâtiment a une façade de 104 m et à l’époque était flanqué de sept tours circulaires incorporées dans la muraille et lui donnait une architecture féodale avec ses fossés, son pont-levis et ses meurtrières (voir croquis de la restitution de l’état d’origine du château, vers 1339). Aujourd’hui, de ces sept tours, il n’en reste plus que quatre, dont chacune correspond à un appartement. De ces sept logis se trouvait agencé un jardin, indépendant les uns des autres par des clôtures. La plus haute tour était habitée par le doyen des chevaliers de Saint Maurice, appelée depuis, « la Tour du pape Félix ». La construction fut terminée en 1439. 

L’ermite devenu pape

Lorsqu’il pris sa retraite, Amédée avait choisi la neutralité. Il ne prit pas position, mais la situation évolua, car il fut question du projet d’unir les deux églises (catholique et protestante) pour réformer le Concile6. Eugène IV, pape, pris pour prétexte que pour favoriser l’entrevue, il devait transférer le Concile dans une ville italienne. Des membres du Conseil et Amédée décidèrent de soutenir le projet des Pères, le lieu du Concile serait Avignon. 

Eugène IV refusa, les Pères résistèrent et désignèrent Bâle ou une ville de Savoie ou encore Avignon. Eugène IV, désigna Ferrare, en Italie. Entre temps, il avait déjà persuadé les Grecs installés à Constantinople de le suivre en Italie. L’ambassadeur Nicod de Menthon, venu de Savoie essuya un échec. A son retour, les Pères voulurent se venger. Ainsi Amédée était devenu partisan du Concile. 

Des ecclésiastiques adversaires du pape Eugène IV, persuadèrent Amédée qu’il devait être l’arbitre de la chrétienté. Quand les Pères de Bâle vinrent à Ripaille prier Amédée de ratifier son élection, il exprima le désir de conserver sur le trône pontifical le nom glorieux de sa famille. Les rapports entre Bâle et Ripaille se resserrent, mais à la suite de l’excommunions d’Eugène IV, les rapports devinrent tumultueux. Les modérés quittèrent l’assemblée. Les autres amoncelaient les accusations contre le souverain pontife. Il fut déposé par les Pères de Bâle le 25 juin 1439 (34è session).

A Ripaille, Amédée déclarait être resté fidèle à l’Eglise. Laquelle ?. C’était l’acte diplomatique par excellence, destiné à faciliter ses rapports avec le Saint-Siège. 

L’élection du pape Félix V

Le Concile de Bâle, le 29 octobre 1439, désigna les électeurs appelés à élire le successeur d’Eugène IV : sur les trente-trois électeurs, vingt-six votèrent pour Amédée, soit deux tiers des suffrages pour l’élire pape. D’après le compte-rendu, les ambassadeurs du Concile de Bâle furent reçus par le duc de Savoie, celui-ci resta muet, l’assemblée supplia le pieux Amédée de sauver l’église. Amédée parut hésité, il implora un délai à demi-agenouillé devant les membres du Concile. On le pressa, l’acceptation devant se faire sous les 24 heures après la notification de l’élection. Mais de cette scène, les détracteurs7 du duc de Savoie y ont vu une mascarade, car Amédée avait eu le temps de se préparer, et connaissait depuis longtemps la décision du Concile de Bâle. Le nouveau pape n’avait pas négligé l’obédience et les revenus. On lui promit la libre disposition des biens de l’Eglise avec la faculté des hypothèques. 

Pourtant, Amédée VIII avait des partisans, le cardinal d’Arles et Jean de Ségovie8, écrivirent que le duc de Savoie était devenu anxieux et triste en apprenant son élection comme pape. Le procès-verbal officiel mentionna l’hésitation et protestations du duc de Savoie et déclara qu’il avait accepté la tiare pour sauver la chrétienté9

Le 18 décembre 1439, une grande fête fut donnée à Thonon, pendant deux semaines au frais du Trésor. Le nouveau pape profita de cette occasion pour émanciper son fils, Louis, en le nommant duc de Savoie. Amédée devenu « Félix V », le nouveau pape part rejoindre ses électeurs à Bâle. Il arriva le jour de la Saint-Jean-Baptiste, commença une retraite et reçut les ordres sacrés. 

Le 24 juillet 1440, toute la ville de Bâle assiste au couronnement du pape Félix V. Faut-il y voir un triomphe ou une illusion ? La réalité est la lutte avec Rome. Elle se fera avec l’appât de l’argent. Certains princes profitent de la cacophonie de l’Eglise pour faire avancer leurs affaires en se vendant au plus offrant. 

L’abdication du pape Félix V 

Les deux papes furent excommuniés, l’un, Eugène IV par le Concile de Bâle, l’autre, Félix V, par l’Eglise de Rome.

Du côté de la France, Charles VII refusa d’adhérer à cette élection. Pire encore pour Amédée, le Concile de Bâle autorisa la levée d’une cinquième denier sur les bénéfices ecclésiastiques pour subvenir aux dépenses du nouveau pape et les cardinaux en demandèrent la moitié. Amédée comprit qu’il devait sauver sa fortune, la situation pouvait paraître difficile pour certains, mais Amédée utilisa la diplomatie pour résoudre cette impasse. Des négociations eurent lieu et le roi de France joua un rôle de pacificateur. Cette lutte devait durer dix ans. Eugène IV mourut avant que la paix fut annoncée. 

Le vieux sage Amédée et par l’influence de la France, le 7 avril 1449, l’élu du Concile de Bâle abdiqua à Lausanne, dans le couvent de Saint François. Félix V, était devenu le cardinal de Sainte Sabine (premier derrière le pape) et gardait ses prérogatives de ses États de Savoie, en Suisse de son ancienne obédience. 

Le vieil homme ne trouvera pas le repos qu’il avait cherché quelques années auparavant, il mourut comme il avait vécu, en travaillant. Le 7 janvier 1451, il rendait son dernier soupir à Genève. On transporta sa dépouille à Ripaille. La mort de Amédée VIII, Félix V, pape, marque le point culminant de la grandeur de Ripaille. Cette période essentiellement pacifique pour la maison de Savoie et de son peuple. 

le déclin de Ripaille et les guerres de religion  

Au début du XVIè siècle, les descendants d’Amédée VIII vont devoir affronter un grave périple : les guerres de religion s’abattent dans le Chablais. Les héritiers de Ripaille ne furent pas aussi avisés, ils crurent bon de rompre avec une politique pacifique d’Amédée VIII qui avait tout fait pour sauvegarder la paix. La population dans le Chablais souffrait de la famine10. Ripaille devenait un champ de bataille, les alliances avec les Suisses, les Lanquenets, les Français et les Genevois firent du château de Ripaille un brasier. Ripaille fut détruit et brûla pendant trois jours. 

Les Chartreux s’installent au château de Ripaille  

Le temps fit son oeuvre, après  douze ans de guerres, L’ancien prieuré va à la couronne de France. Ripaille renaîtra sous la main pieuse des Chartreux11. L’installation des Chartreux à Ripaille  en 1624, corroborait le programme catholique établit par Charles Emmanuel, duc de Savoie. Un plan de Ripaille fut dressé par Boldrino après 1733 (archives de Ripaille). Les Chartreux occupaient le château d’Amédée VIII sur l’autorisation du prince de Savoie. L’enclos de Ripaille représentait 128 hectares, la construction du prieuré, la scierie, les champs, les prés, le moulin et la forêt. 

Les moines avaient peu de ressources, ils devaient se défendre pour arriver à vivre notamment en vendant la farine de leur moulin, ce qui occasionna de la part des syndics de la ville de Thonon une protestation12. Les moulins communaux souffraient de cette concurrence. L’affaire fut arranger à l’amiable. Les Chartreux entreprirent une requête auprès de Genève contre les habitants venus couper le bois de hautes futaies. L’eau qui servait à alimenter le moulin à Ripaille n’était pas desservie pour les nombreux riverains, des contestations éclatèrent pour l’utilisation de cette canalisation, un privilège qui remontait au 20 mai 141613

Au temps d’Amédée VIII, Ripaille était mêlée à la vie intellectuelle et matérielle de la population. Au XVIIè siècle, après les guerres de religion, les Chartreux sont isolés de la population, ils cultivent pour se nourrir mais ils ne sont plus mêlés à la vie de la cité qui décroît par l’abandon des princes. 

La Révolution et Ripaille

A la Révolution, la Savoie est réunie à la France sous le nom département du Mont Blanc et le général Montesquiou par une occupation pacifique et une décision de l’assemblée nationale des Allobroges, le 26 octobre 1792, confisqua les biens du clergé14.

Ripaille devenu propriété nationale, les biens de ferme furent loués pour éviter les vols, seul le parc fut utilisé pour un service public. Il fut décider de vendre le domaine. De la splendeur passée de Ripaille, il ne reste que des ruines, seule la forêt est encore debout avec ses chênes et ses bosquets qui ont échappés à la coupe. Les terres sont très bien cultivées. 

C’est le général Dupas, militaire savoisien, qui achète Ripaille pour 275 000 Frs par contrat du 10 avril 1809. C’est là qu’il prit sa retraite et y mourut à l’âge de 62 ans, le 6 mars 1823. La famille Dupas conserva Ripaille jusqu’en 1892, à cette date Ripaille est en vente.

Un grand industriel s’éprend de Ripaille

Le nouveau propriétaire, se nomme Frédéric Engel-Gros15, il est né à Mulhouse et membre associé d’une grande famille d’industriels, les Dollfus16.

Le grand-père, le père et le fils sont associés, ils étaient complémentaires en ce qui concerne leur méthode de travail. F. Engel-Gros partage les intérêts et les goûts de ceux d’utilité publique et des beaux arts. Il succédera à la tête de l’ « Association pour prévenir des accidents de machines industrielles » et sera nommé président d’honneur pour la France du Comité permanente des Congrès internationaux des Assurances sociales. L’attitude de ces industriels mulhousiens est liée à a religion calviniste qui imprègne les mentalités et la vie sociale de la cité.

Une pensée particulière va naître, celle d’en finir avec les révolutions des XVIII et XIXe siècles et les guerres, et de passer de l’âge théologique et féodal à l’âge positif et industriel. C’est l’idée de Claude-Henri de Rouvroy de Saint Simon. Il préconise l’esprit d’entreprise, l’intérêt général, la liberté et la paix. Saint Simon va avoir une influence chez les industriels mulhousiens notamment lorsqu’en 1870, la Prusse conquiert l’Alsace et beaucoup de Mulhousiens, refusent d’adopter la nationalité allemande dont Frédéric Engel-Gros. C’est l’exil et il se réfugie à Bâle d’où il pouvait gérer ses usines. 

Il existe un lien profond qui unit le château de Ripaille aux deux personnages avec l’histoire de la France. Engel-Gros est un industriel qui a travaillé pour le bien commun et Amédée VIII par sa foi catholique, a le goût du partage avec les humbles.

F. Engel-Gros avait un oncle à Genève. Les Dollfus possédait une villa à Evian. Aussi cherchait-il a s’installer dans les environs, Ripaille était à vendre. Ainsi, il achète le château aux héritiers du général Dupas en 1892. Il ne restait que des ruines de Ripaille, les anciens propriétaires par faute d’argent n’avaient pu faire les réparations nécessaires et à la fin du XIXè siècle, le domaine avait été dispersé. 

La renaissance de Ripaille

 F. Engel-Gros va racheter l’ensemble des terrains qui constituait Ripaille. La reconstruction durera de 1892 à 1908. F. Engel-Gros mandate Max Brochet17. La méthode utilisée est celle de l’analyse à l’aide des sources documentaires couplée avec de minutieuses observations archéologiques. Les archives départementales de la Haute Savoie serviront à l’analyse architecturale de Ripaille. 

Après une campagne de relevés et de photographies, le chantier de Ripaille fut confié aux architectes Frédéric de Morsier, puis Charles Schüle et Seltzer, de Mulhouse en 1894.

F. Engel-Gros est un industriel du textile et il allie son travail avec celle de la beauté, pour devenir par la suite un collectionneur d’art de dimension européenne. Il avait le goût de son époque, c’est-à-dire, l’Art nouveau qui fut la marque de la restauration intérieure de Ripaille et pour ses jardins, il adopte le style paysager, il achète des terrains éloignés du château pour dégager la vue. En 1899, l’industriel finance le quai de Ripaille pour fermer la petite route qui longeait le château. En 1903 à 1914, un jardin à la française est réalisé à l’emplacement de l’ancienne église de la chartreuse de Ripaille. Le puits médiéval fut réhabilité lors des travaux de rénovation. 

Frédéric Engel-Gros était un grand industriel et il possédait le plus grand yacht privé de son temps, « la Dranse », bateau à vapeur qui a navigué sur le Léman au début du XXe siècle.

En 1905, F. Engel-Gros démissionne de la société DMC pour se consacrer à sa propriété au bord du lac Léman. La première guerre mondiale éclate en 1914, F. Engel-Gros va aider financièrement des familles endeuillées du Chablais. Il meurt à Bâle en avril 1918. 

Ripaille au XXIe siècle

Ses quatre enfants continueront l’oeuvre entreprise par leur père. René et André ont hérités des goûts artistiques de leur père. André devient ingénieur forestier et crée l’arboretum de Ripaille.

Ripaille possède une vieille forêt qui s’étend sur 53 hectares près de laquelle se trouve un arboretum-sylvetum qui possède une collection d’arbres composés de différentes essences, plantés de 1930 à 1934 sur 19 hectares par André Engel ; partant de la maison forestière il vous permet d’accéder à la clairière des Justes, Mémorial élevé en hommage à ceux qui ont sauvé du génocide de nombreuses vies humaines durant la Seconde Guerre mondiale. 

Visite de l’Arboretum et la clairière des Justes

La fille d’André, Elisabeth Engel-Necker, hérite du domaine et créera la Fondation de Ripaille (1976), reconnue d’utilité publique, soutenue par le Conseil Départemental de la Haute-Savoie et par la Ville de Thonon-les-Bains, pour la conservation, la valorisation et l’animation du château et la préservation de l’environnement.

Aujourd’hui, une grande partie du domaine de Ripaille (120 ha) appartient au domaine privé. Les autres propriétaires sont la Fondation Ripaille qui possède le château et quelques terrains autour du château.

Notes et références :

  1. Duc de Savoie, né le 4 septembre 1383 au château de Chambéry, meurt à Genève le 7 janvier 1451.
  2. Ouvrage Histoire de Savoie par Guichenon, Tome 2, (p. 37 à 56).
  3. Louis 1er de Savoie, né en 1413, meurt le 4 janvier 1465.
  4. Anne de Lusignan, fille de Janus, roi de Chypre, ouvrage de l’Histoire de Savoie ( p.136 à 137) de Charles Dufayard, 1913, source BNF.
  5. Aynard de Cordon, seigneur des Marches et Antoine de Sura après condamnation de leurs brigandage, voulurent se venger en enlevant Amédée VIII pour le livrer au comte de Clermont, ouvrage de l’Histoire de Savoie (p.150) par Charles Dufayard.
  6. Assemblée d’évêques et de docteurs pour statuer sur des questions de doctrine, de discipline
  7. Jean, comte d’Angoulême et le général des Chartreux, selon Guichenon, ouvrage de Histoire de Savoie (p.314).
  8. L’excommunion par Eugène IV contre Amédé VIII, par Jean Ségovie (p.483).
  9. Procès-verbal, par J. Phillippi Bergomensis.
  10. Témoignage de l’ambassadeur vénitien Vendramin de passage dans la région a vu sur les routes des gens inanimés ayant encore à la bouche une poignée d’herbe (Trente mille personnes sont mortes de faim dans le Chablais).
  11. Le traité de Lyon et de Saint Julien entre le duc de Savoie et le roi de France, du 17 janvier 1601.
  12. Délibération du 17 juin 1705. Mémoires de l’Académie chablaisienne, Tome XV (p.128).
  13. Archives de Ripaille.
  14. Article 19 de l’arrêté du Conseil général du département du Mont Blanc du 28 mars 1793 publié dans Lavanchy, le Diocèse de Genève (Annecy 1894, Tome 1er (p.166).
  15. F. Engel-Gros est né le 3 novembre 1843 et meurt à Bâle le 19 avril 1918.
  16. Dollfus, Mieg & Cies, la célèbre firme DMC, fondée à Mulhouse par Jean-Henri Dollfus en 1746.
  17. dont l’étude historique de Ripaille a été largement dévoilée dans son ouvrage « château de   Ripaille » (disponible dans Gallica de la BNF).
Visite du château de Ripaille à Thonon s/Léman

Ouvrages et articles de presse :

  • « Histoire de la Savoie, les origines à 1860 » par A. Perrin (disponible dans Gallica, BNF).
  • Article : « nouveau regard sur le château de Ripaille, ancienne résidence des ducs de Savoie » par Louis Necker. 
  • « Château de Ripaille » par Max Bruchet (avec annexes des preuves historiques sur les événements de la Maison de Savoie. 
  • Le messager, article de Yvan Strelzyk « Pourquoi de grands industriels alsaciens sont venus s’installer au bord du Léman », actualité du Chablais du 12 septembre 2013.
  • Article : Mémoire mulhousienne  « la famille Engel », industriels et philantropes » par Nicolas Stoskopf, Maître de conférence à l’Université de Haute-Alsace et responsable du CRESAT.
  • Site : Ripaille.fr