Les lignes de Fraunhofer

Quel est le message qui se cache dans ces lignes noires ?

Pour y répondre, il a fallu une centaine d’années de réflexions, d’interrogations et de recherches des astronomes, des chimistes, des astrophysiciens, des mathématiciens, des ingénieurs, des opticiens, des chercheurs, pour en déchiffrer le sens. Des questions telles que :

Pourquoi notre planète est-elle belle ? 

C’est une multitude de phénomènes qui sont associés, les propriétés chimiques de la terre et son atmosphère, l’évolution de la vie et tant d’autres ramifications. 

Comment fonctionne les couleurs du monde qui nous entoure, la palette de couleurs présente dans la nature ?

Venus du soleil, les rayons lumineux de différentes longueurs d’onde atteignent la terre, l’interaction de la lumière d’une étoile avec un pétale, avec l’eau ou un autre objet est ce qui produit le bleu avec une onde plus courte et plus riche en énergie. Les ondes les plus longues qui produisent le rouge, sont les plus pauvres en énergie. La couleur est la manière dont nos yeux interprètent l’énergie des ondes lumineuses. Lorsqu’une couleur évoque chez une personne, un sentiment précis, quelque chose est affectée par une variation de fréquence et de l’énergie d’une onde lumineuse. 

Mais ces lignes verticales noires, comment s’expliquent-elles ?

Elles se produisent lorsque les ondes lumineuses d’une couleur précise sont absorbées. Cela se passe à une échelle bien plus petite, (dix milliards de fois plus petit) celui d’un atome.

Parmi les atomes, l’atome d’hydrogène5 est celui qui est le plus répandu dans l’univers et aussi le plus léger. Il ne possède qu’un seul électron et un seul proton. C’est l’univers de la réalité quantique. Toute interaction chimique dépend de l’orbite de ces électrons. La force qui retient l’électron autour du noyau l’atome n’a rien à voir avec la gravité, il s’agit d’une attraction électrique. L’électron tourne autour du noyau de l’atome d’hydrogène en une danse affolée, effectuant des bonds quantiques d’une orbite à une autre. Plus cette orbite est grande, plus cet électron est riche en énergie. Un électron doit gagner de l’énergie pour atteindre une orbite plus grande en en perdre pour revenir à une plus petite. Les bonds extérieurs sont causés par l’absorption d’une onde lumineuse par un atome. 

On ignore ce qui provoque les bonds vers l’intérieur. En revanche, on sait que ces bonds produisent une onde lumineuse dont la couleur correspond à la différence d’énergie entre les deux orbites.

La surface du soleil émet des ondes lumineuses de toutes les couleurs. En observant la lumière du soleil à travers un prisme on fait apparaître son spectre. Si on agrandit ce spectre avec un télescope comme le fit J. Fraunhofer, on lève le voile sur la danse de l’électron autour du noyau de l’atome. 

Lorsque l’énergie de cet électron diminue et qu’il revient à un orbite plus petit, l’onde lumineuse qu’il émet se disperse, la majeure partie de ses rayons ne nous parvient pas, ce qui laisse un intervalle sombre dans le spectre, une ligne verticale. Ces lignes noires sont les ondes causées par les atomes d’hydrogène de l’atmosphère du soleil.

En 1819, Fraunhofer devient directeur général et associé de J. von Utzschneider, il transfert l’institut d’optique à Munich où il est nommé conservateur du cabinet de physique de l’Académie des Sciences par le roi de Bavière en 1823.

A 39 ans, Joseph Fraunhofer contracta une maladie due probablement à sa longue exposition aux produits chimiques lorsqu’il était encore enfant. Grâce à la découverte de J. Fraunhofer, la Bavière se hissa de province rurale à celui de centre technologique. Avant sa mort, Joseph Fraunhofer confia son secret à une personne de confiance, le directeur de la Monnaie. Pendant 100 ans, le procédé de fabrication de son verre optique resta un secret d’Etat du royaume de Bavière.

Concernant ses travaux Joseph Fraunhofer n’avait de secret pour personne. Il savait que la science à besoin d’échanges pour prospérer. Les lignes spectrales révélèrent que l’ensemble de l’univers visible était constitué des mêmes éléments : les planètes, les étoiles, les galaxies, notre propre espèce et le reste du monde vivant. Nous venons tous des étoiles. 

Joseph Fraunhofer nous a permis de savoir ce que renferme des atmosphères extra-terrestres, et des galaxies6 distantes de millions d’années lumière. Il nous a révélé la composition d’objets très éloignés. Les lignes spectrales nous permettent de connaître leur mouvement relatif par rapport à nous. Nous savons grâce à elles, que notre univers est en expansion. Mais la plus grande découverte de la spectroscopie, c’est la mise en évidence de ce qu’elle ne voit pas : un univers caché fait de matière noire. La matière qui le compose n’émet pas de lumière, n’en réfléchit pas, n’en absorbe pas. On sait qu’elle est là par la force de gravité qu’elle exerce sur les galaxies qui conduit les étoiles à tourner anormalement vite. 

Il y a bien plus de types de lumière que nos yeux discernent. Elles diffèrent par leur longueur d’onde : la lumière infrarouge7, ou la lumière des rayons X8, ou encore celles des ondes radio9, ou même celles des rayons gamma10. Ces nouveaux types de lumière nous révèlent de nouveaux objets de notre univers. Nos yeux s’éveillent sur un nouveau monde. 

 

5. Théorie de la structure de l’atome par Niels Bohr, physicien danois (Né en 1885 – Mort en 1962), l’un des fondateurs de la physique quantique.

6. Amas d’étoiles, elle contient 10 Milliards d’étoiles.

7. Rayonnement électromagnétique d’une longueur d’onde.

8. Rayonnement découvert en 1895 par Wilhelm Röntgen, physicien allemand (Né en 1845 – Mort en 1923).

9. Onde électromagnétique qui se propage en dehors de tout support matériel, dans le vide. 

10. Radiations émises par les corps radioactifs, analogues aux rayons X mais beaucoup plus pénétrantes et de longueur d’onde plus petite, ayant une action biologique puissante.

Site  du musée de Fraunhofer : http://www.kloster-benediktbeuern.de/Einrichtungen/Fraunhofer-Glashuette :

“A l’endroit de la verrerie, dans les bâtiments du monastère se trouve maintenant un musée. L’exposition dans la verrerie historique montre deux grands fours de fusion avec des agitateurs pour la production de verre, des panneaux d’affichage et des outils pour le travail du verre et des métaux, des instruments d’optique et bien plus encore”.

Pour aller plus loin  : 

Centre d’instituts Fraunhofer en Allemagne.

https://www.fraunhofer.de/en/institutes.html

Joseph von Fraunhofer, le prodige

Nous avons vu dans un précédent article que Mickaël Faraday n’avait pas réussi à percer le secret du verre de Bavière. Ce secret bien gardé était le fruit du labeur d’un opticien et physicien allemand. Son histoire force l’admiration par son courage et sa détermination à réussir, et dont on éprouve de l’empathie pour celui qui n’avait pas eu une enfance heureuse. Ce jeune enfant allait devenir le meilleur fabricant au monde de lentilles de précision de son époque.

Joseph von Fraunhofer1 se tuait à la tâche comme apprenti, dans un atelier de tailleur de verre en Bavière. Il travaillait à brasser des substances toxiques dans un chaudron. Orphelin à l’âge de 11 ans, il avait été confié à un maître tyrannique, du nom de Wieshselberger. Celui-ci empêchait Joseph d’aller à l’école, l’obligeant à travailler toute la journée dans sa miroiterie. Le soir, il s’acquittait des corvées dans la maison de son maître. Mais la nuit, Joseph étudiait en cachette.

Un soir, la maison de son maître, s’effondre. Maximilien Joseph, futur roi de Bavière (Maximilien 1er) accourt sur les lieux du drame pour proposer son aide. Car il s’intéressait au bien-être de la population, chose rare en cette période. J. Von Fraunhofer entrevoit un monde très différent. Le roi Maximilien lui donne de l’argent et demande à son conseiller privé, homme politique et entrepreneur, Joseph von Utzschneider, d’apporter au jeune garçon toute l’aide dont il pourrait avoir besoin. Le miroitier continua de l’exploiter et de l’empêcher d’étudier.

En 1805, le fabricant Joseph von Utzschneider acquiert les bâtiments de l’ancienne abbaye de Benediktbeuern et y installe une verrerie pour la production de verre utilitaire et de verre optique, ainsi qu’un institut d’optique. Il fait appel à Joseph Fraunhofer pour polir des lentilles de verre. Joseph apprend vite ; il bénéficie du savoir-faire de Reichenbach, ingénieur, (l’associé de de J. von Utzschneider) et de Pierre-Louis Guinand, verrier suisse réputé. 

En 1809, Fraunhofer écrit un mémoire2 sur l’aberration de la lumière et invente une machine à polir des lentilles à surface parabolique. Il améliore le verre « Crown » anglais. Il invente la spectroscopie3 et réalise des technologies de pointe ; il développe du verre à silex sans stries et il découvre des lignes sombres dans le spectre solaire, les « lignes Fraunhofer ». 

A l’âge de 27 ans, J. Fraunhofer devient un verrier qualifié : il réalise des télescopes, des lunettes astronomiques, notamment pour l’Observatoire de Dorpat (Tartu en russe, aujourd’hui Estonie) et autres instruments d’optique. Fraunhofer utilise des prismes pour sélectionner le verre le plus approprié à la fabrication des lentilles. Il cherche un moyen pour mieux visualiser le spectre produit par un prisme.

Mais comment fonctionne un prisme ? Comment un prisme peut disperser les couleurs contenues dans un rayon de soleil ? 

Lorsque la lumière blanche voyage dans le vide, dans l’air, toutes les couleurs vont à la même vitesse. Mais quand un rayon oblique traverse le verre, la lumière ralentit et change de direction. Dans un prisme, chaque couleur se déplace à une vitesse différente. Les rayons violets dont la longueur d’onde est la plus courte de la lumière visible, sont davantage ralentis que ceux des rouges, dont l’onde est la plus longue. Les variations de vitesse séparent les couleurs dont les ondes lumineuses sont envoyées dans des directions légèrement différentes. C’est ce que Newton a failli découvrir, l’union de la physique et de l’astronomie : l’astrophysique. 

Lors de ses recherches, Fraunhofer voit apparaître dans la lumière, des lignes verticales noires, comme un code secret. En les voyant, il se demande, « pourquoi ? » Ce code provient d’un univers entièrement différent du nôtre. William Wollaston4 avant lui, avait découvert ces lignes noires (qu’il appelait « raies noires ») mais sans approfondir l’origine de ces lignes noires. 

A suivre…

Transcription et adaptation de J. Baby, Cosmos studios, Arte, 9 mars 2018.

  1. Joseph von Fraunhofer, mathématicien, physicien, astronome (Né en 1787 – Mort en 1826) Bavière, allemand (avant 1945).
  1. Mémoire de J. Fraunhofer, « Recueil des Mémoires de l’Académie de Bavière » (1814-1815) traduit en anglais dans l’Encyclopédie d’Edimbourg, à l’article « optique ».
  1. Etude des spectres des rayonnements électromagnétiques émis ou absorbés par une substance.

Qui était Edmond Halley ?

L’étude des comètes par E. Halley

En 1682, Halley fait la première observation précise de la comète à laquelle son nom est resté associé. Il compare les observations des étoiles les plus brillantes effectuées par les astronomes de la Grèce antique à celles qu’il réalise, dix huit siècles plus tard. Il découvre qu’il faut étaler les observations dans le temps. Halley va étudier les comètes, en rassemblant tous les témoignages crédibles. D’après ses recherches, la première observation a lieu à Constantinople en juin 1337, par un moine astronome byzantin.

Halley va répertorier les observations astronomiques à travers l’Europe entre 1472 et 1690. Le matériel qu’il utilise pour ses recherches, sont ses livres et son cerveau (à l’époque, l’informatique n’existait pas !). Par ses calculs mathématiques basés sur les connaissances de son ami Newton, il découvre que les comètes sont condamnées à décrire de longues orbites elliptiques autour du soleil. Il est le premier à comprendre que les objets aperçus en 1531, en 1607 et en 1682, ne sont en réalité qu’une même comète qui revient tous les 76 ans. Selon ses calculs, la comète réapparaîtra en 1758, en décrivant sa trajectoire. Ses calculs se sont révélés justes.

Les expéditions

À  l’âge de 42 ans, Halley travaille pour Flamsteed à l’Observatoire royal de Greenwich. C’est donc en 1698, que la Royal Navy le nomme capitaine et fait voile sur le Paramour pour tracer la variation du champ magnétique terrestre dans les hémisphères ouest et est. En fait, les variations fluctuent avec le temps et ne peuvent pas être utilisées pour trouver la longitude en mer.

Halley établira la première carte du champ magnétique terrestre. Il développe aussi la cloche de plongée, une invention qu’il met à profit en menant des opérations de sauvetage florissantes, car il est aussi un homme d’affaires.

Halley invente la première carte météo, et les symboles des vents dominants sont toujours utilisés de nos jours. Il jette les bases de l’analyse statistique de la démographie. Il nous a donné l’échelle actuelle du système solaire déterminant la distance séparant la terre du soleil (150 millions km du soleil). 

Newton, quelques mois après la mort de Hooke est nommé conservateur à la Royale Society. Halley lui succèdera et accomplit de nouveaux exploits jusqu’à l’âge de 85 ans. 

La comète de Halley a traversé notre ciel en 1986, pour ceux qui s’en souviennent ou qu’ils l’ont observée dans le ciel. Si vous assistez à ce spectacle en 2061, vous saurez qu’elle est de retour et vous pourrez partager l’événement de tous ceux qui vous ont précédés sans ressentir la peur. 

Les lois de Newton ont permis à Halley de voir cinquante années dans le futur et de prévoir le comportement d’une comète. Les scientifiques utilisent toujours les lois de Newton, au-delà de notre système solaire. 

La danse des étoiles 

Transcription et adaptation de J. Baby du film « Cosmos studios », Arte, 9 mars 2018.

  1. Isaac Newton, mathématicien anglais, philosophe, physicien, alchimiste, astronome, théologien (Né en 1642 – Mort en 1727), écrit l’ouvrage sur les principes mathématiques de la philosophie naturelle (Principia Mathematica).
  2. Edmond Halley, astronome anglais, ingénieur scientifique, mathématicien (Né en 1656 – Mort en 1742)
  3. Robert Hooke, scientifique anglais (Né en 1635 – Mort en 1703)
  4. Christopher Wren, architecte anglais, astronome, mathématicien, physicien (Né en 1632 – Mort en 1723)
  5. La lumière blanche est décomposée lors de la réfraction (une onde change de direction en passant d’un milieu dans un autre) en différentes couleurs : il se forme un spectre.
  1. Johannes Kepler, astronome allemand (Né en 1571 – Mort en 1630), il écrit des ouvrages sur l’astronomie et découvre les relations mathématiques, les Lois de Képler qui régissent les mouvements des planètes sur leur orbite, à partir des observations et mesures de position des planètes par Tycho Brahe, astronome danois (Né en 1546 – Mort en 1601).

La rencontre de Newton et de Halley

En 1661, Newton intègre l’université de Cambridge. Il n’a pas d’amis et vit en solitaire. Il étudie les philosophes de la Grèce antique, la géométrie et les langues. Il réfléchit sur la nature de la matière, de l’espace du temps. Il est fasciné par l’alchimie. Il se lance dans des calculs élaborés afin de découvrir la date du second avènement. Mais ses recherches n’ont jamais abouties.

Lorsque Halley cherche à rencontrer Newton, ce dernier s’est retiré à Cambridge depuis treize ans. Car Hooke avait publiquement accusé Newton de lui avoir volé son travail novateur sur la lumière et les couleurs. En réalité, c’est bien Newton qui a réalisé le spectre de la lumière5. Newton ne voulait plus jamais s’exposer à une telle humiliation publique. 

Halley relance le débat sur le mouvement des planètes, Newton démontre à Halley que la force gravitationnelle diminue avec le carré de la distance, et c’est pour cette raison que les planètes décrivent des ellipses. Halley est impressionné par la réponse de Newton, qui a élaboré cette loi mathématique depuis cinq ans. Newton promet à Halley de lui envoyer ses travaux.

Halley se demandait si Newton allait lui transmettre ses recherches comme il l’avait espéré pour Hooke auparavant. En l’espace de dix huit mois, Newton rédige Principia Mathematica (principes mathématiques de la philosophie naturelle), écrit en latin et transmet bien ses résultats sur la science moderne. Il y postule l’existence de la gravitation universelle. Grâce aux lois de l’inertie et du rapport de la force à l’accélération, il explique et confirme les lois de Kepler6. 

Halley décide de rendre visite à Newton et le supplie de mettre ses recherches dans un ouvrage et lui assure que la Royale Society le publiera. Mais Halley ne sait pas que la Royale Society est au bord de la faillite, à la suite d’un ouvrage paru sur les poissons qui n’a pas eu le succès escompté.

Halley est déterminé à aider son ami Newton et décide de publier le livre « Le Principia Mathematica » à son propre compte. Halley se voit verser son salaire, des copies des invendus de l’ouvrage sur les poissons par la Royale Society. Newton achève les deux premiers volumes, posant le cadre mathématique de la physique des mouvements des corps. Le troisième volume, sera consacrer aux principes de tous les mouvements connus de la terre, de la lune et des autres planètes. 

Halley et Wren décident de débattre avec Hooke sur ses soi-disants résultats sur le mouvement des planètes. Or, Hooke refuse de montrer ses calculs ; Halley le prend au mot, et lui rappelle la devise de la Royale Society et que ses allégations sont vaines et lance à Hooke : « Prouvez-le ou taisez-vous ! ».

Mais en quoi cela nous concerne ?

En 1642, le monde dans lequel vit Newton était très différent, le monde considérait les planètes issues de la force divine, l’oeuvre de Dieu. C’est lui qui avait créé le système solaire. Cette explication débouche sur une porte close et ne mène à aucune interrogation. 

Le génie de Newton 

Il pouvait énoncer les lois de la nature dans un langage mathématique moderne. Des formules qui s’appliquaient aussi bien aux pommes, qu’aux lunes, qu’aux autres planètes et autres objets célestes.

Le livre « Principia Mathematica » de Newton nous a libéré en édictant le mouvement des planètes, il a dissocié le mouvement des cieux de leur lien ancestral avec nos peurs. Halley peut être associé aux travaux de Newton, sans sa détermination, l’avenir de la révolution scientifique aurait été incertaine. Mais qui était Edmond Halley ? A suivre…

Transcription et adaptation de J. Baby du film « Cosmos studios », Arte, 9 mars 2018.

E. Halley et I. Newton, une profonde amitié

La comète qui passe dans le ciel en 1664 fait frissonner l’Europe, d’effroi. Peu de temps après la peste fait des ravages et Londres est la proie des flammes, l’incendie fait rage pendant une semaine. Le monde du 17è siècle est dominé par la peur, la comète est synonyme de peste, de famine et de guerre. 

Cette période est aussi celle de Newton1 et de Halley2. Ce dernier, dès son jeune âge est encouragé par son père qui lui achète les meilleurs instruments scientifiques de l’époque et financera l’expédition destinée à établir la première carte des étoiles de l’hémisphère sud. 

A vingt ans, Edmond Halley abandonne ses études à Oxford et embarque pour l’île de Sainte Hélène située sous l’équateur. A cause du mauvais temps, Halley mettra 12 mois pour établir la carte des étoiles australes. A son retour à Londres, sa carte créée la sensation. L’intérêt de cette carte pour les explorateurs est de pouvoir naviguer partout sur mer. 

La Royale Society de Londres est le bureau central des découvertes scientifiques du monde. Sa devise : « Nullius in verba », c’est-à-dire, « ne croyez personne sur parole ». Le conservateur, Robert Hooke3 de la Royale Society s’intéresse à tous les domaines, il découvre la cellule humaine en observant un bouchon de liège. Sur certains aspects, il devance les théories de Darwin en matière de l’évolution et il a aussi améliorer le télescope. Hooke fait des expérimentations sur l’élasticité (la loi de Hooke), perfectionne la pompe à air.

Après la destruction de Londres en 1666, Hooke s’associe avec l’architecte Christopher Wren4 pour la reconstruction de la ville, qui prendra dix ans. 

La boisson préférée de cette période est le café, et des café’s House s’ouvrent partout dans les grandes ville d’Europe. Les gens viennent pour s’y informer, entreprendre de nouvelles aventures et débattre de leurs idées. C’est un endroit où s’exerce l’égalité. C’est un laboratoire de la démocratie.

Hooke, Halley et Wren se rencontrent pour débattre d’un mystère : « pourquoi les planètes bougent comme elles le font ? » 80 ans plus tôt, l’astronome Johannes Kepler avait démontré que les planètes décrivaient des orbites elliptiques autour du soleil et que plus une planète était proche du soleil, plus elle se déplaçait vite. Mais pourquoi ?

Une force invisible du soleil était-elle responsable de ce changement de vitesse, et si oui, comme agit-elle ? En dépit de ses efforts, Christopher Wren ne parvient pas à résoudre l’énigme. Halley pense que Hooke peut parvenir à relever le défi. Après des mois de recherches, il ne parvint pas à trouver la réponse. 

Un autre homme, très doué, un mathématicien de Cambridge a déjà résolu des questions centrales sur la nature de la lumière et a développé le télescope à objectif réflecteur (qui réfléchit la lumière), Halley aidera cet homme. A suivre…

Transcription et adaptation de J. Baby du film « Cosmos studios », Arte, 9 mars 2018.

  1. Isaac Newton, mathématicien anglais, philosophe, physicien, alchimiste, astronome, théologien (Né en 1642 – Mort en 1727), écrit l’ouvrage sur les principes mathématiques de la philosophie naturelle (Principia Mathematica).
  2. Edmond Halley, astronome anglais, ingénieur scientifique, mathématicien (Né en 1656 – Mort en 1742)
  3. Robert Hooke, scientifique anglais (Né en 1635 – Mort en 1703)
  4. Christopher Wren, architecte anglais, astronome, mathématicien, physicien (Né en 1632 – Mort en 1723)
  5. Johannes Kepler, astronome allemand (Né en 1571 – Mort en 1630), il écrit des ouvrages sur l’astronomie et découvre les relations mathématiques, les Lois de Képler qui régissent les mouvements des planètes sur leur orbite, à partir des observations et mesures de position des planètes par Tycho Brahe, astronome danois (Né en 1546 – Mort en 1601).

Faraday, la science pour tous

Faraday arrive à visualiser l’espace entourant un aimant sous la forme de ligne de forces. Un aimant n’est pas seulement la barre aimantée que nos yeux peuvent voir, c’est aussi une entité invisible qui entoure la barre d’aimant. Faraday donna à cette entité le nom de champ magnétique. Il avait la conviction que tous les phénomènes naturels étaient unis entre eux.

 

Après avoir démontré la relation entre l’électricité et le magnétisme, Faraday se demanda si ces deux forces n’étaient pas liées à une troisième : la lumière. Il imagina un dispositif expérimental. Il savait que la lumière voyageait à la manière d’une onde. Les ondes lumineuses se propagent aléatoirement  dans toutes les directions, mais il existe un moyen d’isoler un rayon lumineux, la polarisation. Quand la lumière rebondit sur une surface réfléchissante comme un miroir, elle devient polarisée.

Faraday cherche à savoir si un rayon lumineux isolé pouvait être contrôlé grâce à un champ magnétique invisible. Mais il a fallu cent ans pour que les scientifiques puissent expliquer ce phénomène.

Après maintes expériences, sans résultat probant, Faraday décida d’essayer avec la brique de verre (le souvenir des années de servitude envers Davy). L’expérience fonctionna. La déviation imposée par les rayons lumineux par le magnétisme de l’aimant leurs permirent d’apparaître dans l’oculaire. 

Mais en quoi était-ce important ? 

Faraday était parvenu à démontrer l’existence de la réalité physique qui nous entoure mais que nul n’était encore parvenu à mettre en évidence. En prouvant qu’une force magnétique était capable d’agir sur la lumière, Faraday établit un nouveau degré d’unité des lois de la nature. Il ouvrit une porte depuis laquelle Einstein et les physiciens qui lui succédèrent allaient pouvoir entrevoir l’interaction cachée des forces primordiales de l’univers. 

A l’âge de soixante ans, il n’hésita pas à explorer toujours plus en profondeur, le monde mystérieux des forces invisibles. Le monde considérait Faraday comme dépassé. Pourtant, Faraday était resté curieux et passionné comme jamais, il comptait découvrir comment interagissait ces forces naturelles.

Faraday savait qu’un fil de fer se changeait en aimant sous l’effet d’un courant électrique, il pensait donc que limaille de fer produirait des motifs similaires autour d’un fil de fer électrique. Ces motifs existaient dans l’espace qui entourait un aimant ou un  courant électrique même en l’absence de limaille de fer. Ces motifs étaient une trace visible témoignant de l’existence des forces invisibles qui s’étendaient aux alentours de tout objet magnétisé. 

L’aiguille des boussoles dont le principe déconcertait l’homme depuis des milliers d’années, ne réagissait pas à l’influence magnétique éloignée du pôle nord, elle détectait la présence d’un champ continu qui s’étendait partout sur la Terre. 

La planète terre n’est rien d’autre qu’un gigantesque aimant. Et comme n’importe quel aimant, ces lignes de force s’étendent très loin dans l’espace qu’il entoure. Elles sont présentes partout et elles l’ont déjà été. Mais personne ne s’en était jamais rendu compte, du moins pas chez les humains !. Les oiseaux ont une boussole interne, ils ressentent le champ magnétique terrestre, leur cerveau analyse des informations magnétiques comme le nôtre analyse des informations visuelles. 

Pourquoi notre planète a-t-elle un champ magnétique, comment est-il produit ? 

La rotation de la terre met en mouvement le fer liquide qui se trouve autour de la partie solide du noyau terrestre, ce fer liquide joue le rôle d’une bobine électrisée. Comme l’a montré Faraday, les courants électriques produisent un champ magnétique, nous sommes ainsi protégés d’une grande partie des rayonnements cosmiques qui peuvent s’avérer néfaste pour notre biosphère (Les rayonnements peuvent abîmer l’ADN des espèces). 

Alors que Faraday travaillait à la dernière et la plus importante de ses découvertes, son enfance pauvre, lui porta préjudice plus lourdement que jamais. Il avait besoin d’aide. C’est d’un autre monde que le sien que la providence lui tendit la main.

Mickaël Faraday avait élucidé le mystère qui obsédait Isaac Newton5. Certains scientifiques se moquaient des théories de Faraday et disaient qu’il était un rêveur. Ils avaient besoin de voir ses idées exprimées dans la langue de la physique moderne,  « des équations exactes ». C’est le seul domaine qu’il fut réellement limité par la pauvreté de son enfance, son faible niveau d’instruction, il était incapable de raisonner en chiffres. Faraday avait finalement heurté un mur qu’il ne pouvait pas franchir. C’est alors q’intervint le plus physicien théoricien du 19è siècle, James Clerk Maxwell6. 

Maxwell avait plus de vingt ans, qu’il était déjà connu comme mathématicien. Pour nombre de ses contemporains, Faraday n’avait rien à apporter pour la physique moderne mais pas J. C. Maxwell. Il entreprit de lire sur tout ce que Faraday avait écrit sur l’électricité ayant acquis la conviction que les champs de force étaient bien réels. Il entreprit de donner une formulation mathématique précise sur les travaux de Mickaël Faraday. Maxwell, découvrit une asymétrie, en bon mathématicien, il ajouta un terme pour rétablir son équilibre. Il adressa ses recherches7  à Faraday, sur les champs magnétiques en les traduisant en équations de physique (transcription abrégé d’un phénomène spatio-temporel).

Les ondes allaient bientôt transmettre nos messages. Cette technologie a transformé à jamais la civilisation humaine :« Aucune idée n’est trop belle pour être vraie, du moment qu’elle est en accord avec les lois de la nature » (Mickaël Faraday)

Transcription et adaptation de J. Baby, Cosmos studios, Arte, 9 mars 2018.

5. Philosophe, mathématicien, physicien, alchimiste, astronome et théologien anglais.

6. Physicien et mathématicien écossais (Né en 1831 – Mort en 1879)

7. « On physical Lines of Force » (la lumière comme étant un phénomène électromagnétique en s’appuyant sur les travaux de Mickaël Faraday. 

Mickaël Faraday, le passeur des connaissances

Aujourd’hui, nos messages voyagent de manière invisible à la vitesse de la lumière. Les hommes détiennent le plus grand pouvoir qui domine le monde, la communication. Une personne est à l’origine de cette découverte. 

Un homme né en 1791 dans un quartier des plus pauvres des environs de Londres. Il s’appelait de Mickaël Faraday1. A l’école, ses résultats n’avaient rien de prometteurs. A l’âge de treize ans, on l’envoya travailler dans un atelier de reliure. Le jour, il reliait les livres et le soir, il les lisaient. Il avait un intérêt pour l’électricité qui ne le quitta jamais.

A vingt et un ans, Faraday s’ennuyait dans l’atelier où il travaillait depuis des années. Un jour, un client de l’atelier lui donna une entrée pour assister à une attraction sensationnelle, « la science à la portée de tous ». Faraday entreprit de prendre des notes pendant l’attraction et retranscrit par écrit la représentation de Sir Humphry Davy2. Faraday mit à profit son savoir-faire qu’il avait appris à l’atelier pour faire de ses notes, un volume relié. Il apporta lui-même le livre chez Sir H. Davy en espérant attirer son attention. 

Ce n’est qu’un peu plus tard, lorsque que Davy expérimenta un procédé chimique qui explosa à son visage, que celui-ci se souvint de Mickaël Faraday. Il lui demanda de devenir son secrétaire et Faraday passa le reste de sa vie à la Royale Institut3.

Pendant que Sir H. Davy et William Wollaston étudiaient un mystérieux phénomène. « Qu’est-ce qui peut donc détourner l’aiguille du fil ? On dirait que le courant électrique pousse l’aiguille à se comporter comme un aimant. Il doit y avoir une relation entre l’électricité et le magnétisme. »

Davy lança alors un défi à Faraday, n’imaginant pas la suite  des évènements. 

Faraday entreprit de consacrer tout son temps libre à relever le défi. Comment commence-t-on une révolution ? parfois, il suffit de pas grand chose ! Faraday expérimenta dans son laboratoire : il s’agissait du tout premier moteur, il convertissait le courant électrique en mouvement mécanique continu. 

Cet axe en rotation marque le début d’une ère nouvelle. Il annonce une révolution dont l’importance pour notre civilisation dépassera de loin tous les soulèvements et de toutes les guerres produisent au cours de notre histoire. 

La nouvelle de Faraday se répandit dans Londres comme une traînée de poudre, Davy eut du mal à l’accepter. Il fit en sorte que Faraday ne fit plus parler de lui avant longtemps. Davy lui lança un nouveau défi, de trouver la composition du verre bavarois qui restait encore un mystère, un secret bien gardé de Joseph Von Fraunhofer4.

Faraday expérimenta pendant quatre longues années, sans le moindre résultat. Il conserva une brique de verre en souvenir de son échec. Des années plus tard, cette brique allait changer le cours de sa vie et de la nôtre, aujourd’hui.

La mort de Sir H. Davy, allait mettre un terme à ce projet stérile. Faraday lui succéda au poste de laboratoire. Il en profita pour mettre en place une série de conférences sans précédent, à l’attention de la jeunesse. Initié en 1825, ce programme se perpétue encore de nos jours. Faire breveter ses trouvailles ou en tirer un profit personnel ne l’intéressait pas. 

Faraday se consacra à ses expériences et découvrit la conversion d’un mouvement en électricité, il s’agissait du tout premier générateur. Dès lors, on allait pouvoir produire de l’électricité à volonté.

Jusqu’à une maladie vint terrasser son esprit prestigieux. A l’âge de quarante neuf ans, Faraday fut victime de graves pertes de mémoire et de crises de dépression. Il dut interrompre ses travaux mais ses plus grandes découvertes restaient à venir !. A suivre…

  1. Physicien et chimiste britannique (Né en 1791 – Mort en 1867)
  2. Chimiste (Né en 1778 – Mort en 1829)
  3. Royal Institution of Great Britain, fondée en 1799, a pour double objectif d’enseigner les sciences et de diffuser leurs applications dans la vie de tous les jours.
  4. Opticien et physicien allemand (Né en 1787 – Mort en 1826) 

Strasbourg, élue capitale du vélo

Le vendredi 16 mars, les adhérents de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), réunis en congrès à l’Ecole normale supérieure de Lyon, ont découvert le palmarès des villes les plus « cyclables ».

A l’automne 2017, dans toute la France, 113 000 personnes ont répondu en ligne à une trentaine de questions afin de décrire la pratique du vélo dans leur commune. L’opération s’inspire d’une étude similaire réalisée en Allemagne par l’homologue de la FUB, tous les deux ans depuis 1998.

Les données récoltées, classées, triées par critère, ont permis à la fédération pro-vélo d’établir un palmarès, une sorte de « grand prix du public » des villes où il est le plus facile de se déplacer à bicyclette.

C’est donc Strasbourg qui obtient la meilleure note (4,1/6) dans la catégorie des agglomérations de plus de 200 000 habitants, suivie de Nantes (3,7) et Bordeaux (3,5). Parmi les communes de 100 000 à 200 000 habitants, Grenoble (3,9) est lauréate. La Rochelle (Charente-Maritime, 3,8), Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin, 3,9) et Sceaux (Hauts-de-Seine, 4/6) l’emportent dans les catégories des cités moins peuplées.

Ce baromètre des villes cyclables est l’enquête la plus aboutie jamais réalisée en France sur la pratique du vélo. A Paris, 7 600 personnes y ont répondu ; 4 700 à Lyon, 4 100 à Toulouse et 3 000 à Grenoble, où près de 2 % de la population ont pris la peine de s’exprimer. 

Ce sondage grandeur nature, qui suscite l’intérêt des chercheurs spécialisés en mobilité, a impressionné jusqu’au cabinet de la ministre des transports Elisabeth Borne, prompte à vanter le vélo comme un « transport du quotidien ».

Réduire l’espace de la voiture

Dans la liste des villes récompensées, on retrouve, sans surprise, celles qui ont fourni le plus d’efforts depuis des années, voire des décennies, pour développer ce mode de déplacement et, parallèlement, limiter l’espace octroyé à la voiture. A Strasbourg, les majorités municipales qui se sont succédé depuis les années 1970 ont, droite et gauche confondues, multiplié les aménagements – elle dispose aujourd’hui de l’un des plus importants réseaux cyclables d’Europe –, œuvré pour apaiser la circulation motorisée, posé des arceaux de stationnement en centre-ville ou à proximité de la gare et des stations de tramway. L’actuelle équipe, menée par Roland Ries (PS), cherche à limiter la part de diesel dans la logistique urbaine et présente les livraisons par des vélos cargos (dotés d’un bac) comme l’une des solutions.

Nantes, qui a accueilli le congrès mondial Vélo-city en 2015, continue de réduire l’espace de la voiture au profit des transports publics et du vélo. A Bordeaux, celui-ci fait partie des attributs du mode de vie citadin vanté par le maire Alain Juppé (LR). 

Son homologue de Grenoble, Eric Piolle (EELV), qui se déplace à bicyclette à assistance électrique dans la métropole, met en place des « autoroutes à vélos » balisées et séparées du reste de la circulation.

C’est à La Rochelle que furent proposés dès 1976 les premiers deux-roues en libre-service de France, les « vélos jaunes » du maire d’alors, Michel Crépeau.

Située dans la petite couronne parisienne, Sceaux s’est montrée pionnière dans l’installation des double sens cyclables, qui permettent aux cyclistes d’emprunter les rues secondaires en sens interdit, et des « tourne à droite », qui les autorisent à passer au feu rouge à condition de laisser la priorité aux piétons.

Une géographie du vélo

L’enquête fait apparaître une géographie du vélo. Plusieurs villes de l’ouest (Rennes, Angers, Lorient, Caen), du piémont alpin (Chambéry, Annecy) ou de la plaine d’Alsace (Sélestat, Colmar, Mulhouse) figurent parmi les mieux classées. En revanche, le pourtour méditerranéen se distingue par ses réticences manifestes à la bicyclette. Marseille(2/6), Nice (2,6), Toulon (2,5) ou Béziers (2,2) enregistrent en effet les pires notes, comme certaines communes autour de Paris : Neuilly-sur-Seine (2,2), Villejuif (2,2) ou Aubervilliers (2,1). Avec une note de 3,2, Paris obtient un résultat assez moyen, supérieur à celui de Toulouse (3) ou Montpellier (2,7), mais inférieur à la note de Lyon (3,3) ou Lille (3,3).

Au-delà du score brut, les élus locaux et les militants associatifs, ainsi que la presse régionale, regarderont avec attention les notes obtenues pour chacun des aspects. « Le baromètre doit contribuer à l’émergence d’une science cyclable. Il permettra aux municipalités de construire des aménagements selon des critères précis, et non au doigt mouillé », commente Olivier Schneider, président de la FUB.

Bordeaux, Lyon, Dijon et Mulhouse, qui disposent toutes de systèmes en libre-service, sont considérées comme les villes où il est le plus facile de louer une bicyclette. Strasbourg, Chambéry ou la bien nommée La Flèche (Sarthe) se distinguent grâce à leurs panneaux de signalisation pour les cyclistes. Quelques communes de la petite couronne parisienne – Aulnay-sous-Bois, Rueil-Malmaison ou Fontenay-sous-Bois, obtiennent des scores remarquables en matière de stationnement du vélo à proximité de la gare.

Les performances détaillées de Paris seront observées avec attention par la municipalité qui a placé la transition écologique au cœur de son mandat. La capitale obtient de mauvaises notes en matière de cohabitation avec les véhicules motorisés, notamment pour leur stationnement récurrent sur les pistes cyclables, ou le manque de sécurité aux intersections. Les cyclistes parisiens reconnaissent en revanche les efforts de la capitale pour développer le vélo et vantent la facilité avec laquelle on peut en louer un. Il est vrai que l’enquête a été réalisée avant le fiasco du nouveau Vélib’.

Archives « Le Monde »

Un sacré bol !

Un bol extrêmement rare de la dynastie Qing a trouvé preneur à Hong Kong mardi pour près de 25 millions d’euros, a annoncé Sotheby’s.

Le bol fut utilisé par l’empereur Kang Xi dans les années 1720. Il fut façonné dans un atelier impérial de la Cité interdite de Pékin par une petite équipe d’artisans avec l’aide de jésuites venus d’Europe munis de leurs propres techniques et matériaux, selon la maison d’enchères.

De 14,7 centimètres de diamètre, ce bol délicat est décoré à l’aide de falangcai, émaux peints combinant techniques chinoise et occidentale ainsi que de fleurs, dont des jonquilles, lesquelles ne figurent pas souvent sur la porcelaine chinoise. Il présente des motifs bleu vert sur fond rose.

“Le plus bel exemplaire de son espèce”

L’objet a été acheté par un anonyme au bout de cinq minutes pour 239 millions de dollars hongkongais (24,69 millions d’euros). “C’est absolument le plus bel exemplaire de son espèce”, a déclaré Nicolas Chow, le président de Sotheby’s Asie.

Source France-info, extrait de l’article.

De cet article de presse nous retiendront que la dynastie Qing (empire Mandchou, 1644-1911) a su préserver les acquis de la culture chinoise, en adoptant la langue et sa culture. Cela en valait la peine  !

La production de la céramique sous la dynastie Qing

L’importance de la production des objets en céramique de cette période, se remarque par la beauté et la pureté de style de ces porcelaines. Elles ont été fabriquées dans les ateliers de Jingdezhen et dans tout l’empire chinois. Selon les auteurs chinois de l’époque, il était dit que « ces porcelaines étaient remarquables par leur forme, la finesse de la pâte, la beauté des couleurs et l’habileté des ouvriers et des peintres ». 

Des nouveautés viennent s’y ajouter, tels que des vases et plats décorés de fleurs ou d’animaux fantastiques, gravés en relief et recouverts de l’émail antique, sorte de vert pâle d’un ton bleuâtre, qui était connus en Europe, sous le nom de céladons gravés. Les céramiques à couverte colorée bleu par le manganèse peroxyde cobaltifère représente le bleu du ciel après la pluie.

Deux écoles

C’est pendant l’époque Kang Xi* (1662-1722) que les décors de la « famille verte » se partagent en deux écoles distinctes. La première école s’inspirera des modèles anciens, tels que des produits ornés de fleurs, où sont représentés des oiseaux ou insectes, dont la composition est purement décorative.

La deuxième école s’orientera vers la recherche esthétique de la composition, tant les détails sont remarquables. Ces dessinateurs étaient des missionnaires jésuites qui envoyés à la cour impériale employaient tout leur talent d’artiste peintre, pour magnifier les décors par la délicatesse des tons utilisés.

Si la qualification artistique de l’objet pour certains puristes n’est pas attribuée, mais désignée sous le nom de « décors riches de la famille verte », elle n’en reste pas moins « remarquable » par sa composition.

Source : sur la porcelaine chinoise, livre de O. du Sartel.

Adaptation du texte par J. Baby.

* Kang Xi impose la domination chinoise à la Mongolie, à l’Asie centrale et conquiert le Tibet. La souveraineté chinoise s’étend à la Corée, à l’Annam, à la Birmanie et la Thaïlande puis au Népal durant son règne.

Exposition DAIMYO, à Paris

 

Photos vidéo : Aurélien Mole et Olivier Thierry pour les expositions.

Armure du clan Matsudaira, époque Edo (1603-1868), fin XVIIe-début XVIIIe siècle ‒ fer, galuchat, daim, cuir, laque, soie ‒ classée   « bien d’intérêt patrimonial majeur », achat 2015

« Cette armure, confectionnée pour un membre de la famille Matsudaira du fief de Matsue, est exceptionnelle par la qualité des matériaux employés. L’utilisation de cuir d’importation européenne et de galuchat [cuir de poisson], ainsi que le laçage en cuir de daim confèrent à cette armure un caractère unique. Le casque, du XVIe siècle, attribué à un illustre forgeron du nom de Yoshimichi, est surmonté d’une libellule. Cet animal censé ne pas reculer était autrefois appelé “kachimushi”, l’“insecte vainqueur”. Cette armure a été acquise par le MNAAG en 2016, grâce à la participation du fonds national du patrimoine et à une campagne de mécénat participatif. »

Casque du clan Wakizaka et son « mempô », époque Edo (1603-1868) ‒ fer, cheveux, laque, 0,42 x 0,39 m

« Le casque, aux armes de la famille des daimyos de Tatsuno, dans la province d’Harima, est composé de lamelles de fer verticales assemblées. Il présente une visière et un ornement au devant (“maedate”), un joyau doré tenu dans une griffe prolongée d’une longue touffe de poils qui recouvre le casque – signe qu’il s’agit de la griffe d’un dragon. Cet animal puissant et agile déclenche le tonnerre et l’orage, selon la mythologie chinoise. La moustache est en poil d’ours, comme pour s’attribuer les vertus de cet animal sauvage, courageux et féroce. »

Masque d’armure « sômen » (école Hauruta), époque Edo (1603-1868), XVIIe siècle ‒ fer (métal), repoussé

« Ce masque de protection faciale eut d’abord pour fonction de compléter le casque pour couvrir le visage et effrayer l’ennemi. A l’époque d’Edo (1603-1868), de tels masques servaient non plus pour les combats mais pour la parade ou pour être exposés, donnant une présence plus forte et terrifiante à l’armure du guerrier. »

Masque « menpô », XVIIIe-XIXe siècles ‒ fer, laque, soie

« Ce masque de protection en fer laqué rouge muni d’un gorgerin [protection pour le cou] est décrit dans le fameux traité d’armures “Meiko zukan” comme “à nez en bec d’oiseau”. Il peut s’agir d’une évocation de l’oiseau mythique “karura” (“garuda” dans la mythologie indienne, oiseau protecteur du bouddhisme), ou du personnage d’oiseau démoniaque “karasu tengû” au bec rouge. »

Armure de samouraï aux armoiries de la famille Ando, époque Edo, vers 1850 ‒ lamelles d’acier et de cuir, laquées noir et dorées à la feuille, assemblées par des tresses de soie

« Cette armure a été réalisée pour un membre de la famille Andô, qui gouvernait le fief de Tanabe, sans doute pour le rite de passage d’un jeune homme à l’âge adulte. Elle est faite, comme à l’époque ancienne, de lamelles fixées entre elles par de la soie. Le laçage somptueux sur la partie dorsale du plastron permet de maintenir les grandes épaulières mobiles (“ôsode”), dans le style de celles des cavaliers de l’époque de Heian. La jupe d’arme (“kusazuri”), en revanche, est divisée en huit pans pour faciliter le déplacement au sol. »

Casque (« kabuto ») japonais, époque Edo (1603-1868), début XVIIe siècle ‒ fer (métal), fourrure (matériau), laque (technique), repoussé, soie (textile)

« Ce casque en fer, muni d’un couvre-nuque, est fait d’une seule plaque martelée de l’intérieur pour lui donner l’aspect d’un dieu ou d’un démon. Il s’agirait, selon les textes anciens, de Shennong, souverain mythique de la Chine, inventeur de l’agriculture, représenté ici avec l’aspect effrayant d’un “oni” (diable). »

A propos de l’exposition « Daimyo » , seigneurs de la guerre au Japon

Sont-elles amusantes ou ­effrayantes ? La question se pose lorsque, en franchissant la salle d’exposition de l’hôtel d’Heidelbach, ­annexe du Musée national des arts asiatiques Guimet, à Paris, on découvre les silhouettes guerrières qui y sont présentées. Des ­armures de daimyo, ces seigneurs du ­Japon qui jouèrent, entourés de leurs samouraïs (guerriers) un rôle essentiel au cours de la deuxième moitié de la période dite « féodale » – entre les XIIe et XIXe siècles – accueillent le visiteur en position assise, comme habitées par leur propriétaire, le visage dissimulé derrière un masque à l’expression tantôt enjouée, tantôt grimaçante, qui rappelle le théâtre nô ou la commedia dell’arte.

Certains de ces masques sont décorés de laque rouge, d’autres de fer brun, quelques-uns sont garnis de moustaches en poil d’ours, l’un présente un nez de rapace, un autre, couvert de laque noire, fait irrésistiblement penser aux méchants de Star Wars, Dark Vador ou Kylo Ren. Ils sont surmontés de casques à caractère ­totémique présentant des décorations frontales plus extravagantes les unes que les autres : daim ailé à tête de dragon, libellule (métaphore de la bravoure pour un samouraï), cornes de cerf stylisées comme les coiffes portées par les combattants des films de Kurosawa ou de Mizoguchi… Mais le plus spectaculaire, ce sont les armures elles-mêmes, ces harnois composés d’écailles de fer et de cuir reliées par un savant ­laçage en peau de daim, ces couvre-épaules en cuir doré et laque d’argent, ces cuirasses gainées de galuchat, cuir de poisson cartilagineux, ces jambières recouvertes de soieries chatoyantes ou ­ornées de gueules de lion.

Du combat à l’apparat

C’est ce goût pour la magnificence des seigneurs japonais et la prouesse technique des artisans chargés d’imaginer et de concevoir ces armures qu’illustre l’exposition « Daimyo ». Conçue avec le collectionneur Jean-Christophe Charbonnier.

Dates : du 15 février au 13 mai 2018

Le Musée national des arts asiatiques – Guimet et le Palais de Tokyo, réunissent dans le cadre d’un partenariat inédit, un ensemble exceptionnel d’armures et d’attributs de daimyo, ces puissants gouverneurs qui régnaient au Japon entre le XIIe et le XIXe siècle.

La classe des Daimyos joue un rôle essentiel dans l’histoire japonaise dans la deuxième moitié de la période féodale (du XVe au XIXe siècle). L’exposition du musée réunit pour la première fois un ensemble exceptionnel issu des collections françaises, privées et publiques. Au total, trente-trois armures ainsi que de somptueux ornements associés à l’imaginaire guerrier japonais : casques, armes, textiles…

Les sites d’exposition

l’hôtel d’Heidelbach et la rotonde du quatrième étage du musée principal – cette spectaculaire exposition dévoile en deux grands chapitres des pièces magistrales, expression du pouvoir et de la toute puissance du guerrier, chaque espace devenant pour un temps des lieux d’animation.

Les armures et les ornements 

Nous plongeons dans la fascination d’une fresque historique militaire, jouant les atours du pouvoir et la notoriété des grands feudataires japonais. En écho à cet univers guerrier singulier,  propre à l’impermanence du monde flottant, l’installation au palais de Tokyo de George Henri Longly, artiste britannique, parachève le parcours en semant le trouble dans l’espace et la perception.

1. Début de l’exposition à l’Hôtel d’Heidelbach. 19 avenue d’Iéna, 75116 Paris.

2. Seconde partie : Rotonde du 4e étage du MNAAG. 6 place d’Iéna, 75116 Paris.

3. Poursuivez votre visite au Palais de Tokyo. 13 avenue du président Wilson, 75116 Paris.

 Vue de l’exposition de George Henry Longly, au Palais de Tokyo

” Daimyo. Le Corps analogue “

« George Henry Longly utilise les espaces d’exposition comme un outil d’expérimentation. L’installation intitulée “Le Corps analogue” a été conçue comme une expérience phénoménologique dans laquelle gravité, pression et oscillations agissent sur la perception des visiteurs. Huit armures de daimyo habitent l’exposition et flottent sur une image de chaînes en tension intitulée “Empire State Human” (2018, vinyle adhésif). »

« L’artiste manipule ici les dispositifs d’exposition, la lumière et le son qui participent aux mutations successives de l’espace en une arène, un champ de bataille ou encore un espace scénique. Composée avec Nelson Beer, l’œuvre sonore “The Sound of the Fight” (2018, 5’09’’) est une ballade pop d’amour, dans laquelle George Henry Longly chante, et qui nous conduit de l’armure à la peau, de la protection à la vulnérabilité. »

« “Could be a suit of armour protect you when the furies fly” (George Henry Longly, 2018) est une vidéo composée d’images enregistrées par des robots sous-marins. Là où l’homme ne peut accéder en raison de la forte pression des profondeurs océaniques, des robots téléguidés parcourent, échantillonnent et filment les abysses. A l’image des armures de daimyo, ces outils sont des chefs-d’œuvre de technologie conçus pour prolonger et dédoubler l’homme dans sa quête de territoires. »

« En temps de paix, les armures des daimyo étaient présentées assises sur leur caisse de rangement. Exposées ainsi, comme le double désincarné des seigneurs, elles symbolisaient la puissance et le pouvoir de leur propriétaire. George Henry Longly interroge les systèmes de présentation de ces objets historiques à l’aura puissante et les intègre au cœur d’un dispositif inédit qui renouvelle notre perception des armures japonaises. »

« Une série de cent-une sculptures intitulée “Me as a lot” (2018, métal, peinture en spray) contamine l’espace d’exposition. Réalisé à partir de potelets de mobilier urbain, chaque élément a été contraint, plié et froissé. L’ensemble des sculptures participe à une sensation de pression et de pesanteur, que semblent renverser celles qui se déploient sur les murs. »

« Dans son travail, George Henry Longly s’appuie sur la technologie, le consumérisme, la culture populaire ou encore l’anthropologie pour interroger les systèmes de présentation et de construction de l’expérience. Dans son exposition au Palais de Tokyo, la représentation d’un masque de privation sensorielle, ou encore la musique pop, créent les conditions d’une rencontre inédite avec les armures, les bannières et les fourreaux de lances ayant appartenu à des daimyo entre les XVIIIe et XIXe siècles. »