Exposition “Costumes espagnols” à Paris

La Maison de Victor Hugo accueille l’exposition Costumes espagnols entre ombre et lumière jusqu’au 24 septembre.

Les costumes proviennent tous du Musée del Traje (Musée du Costume) à Madrid dont le fonds de la collection rassemble plus de 61 000 pièces. Pour la première fois, une quarantaine est dévoilée à Paris et raconte des provinces espagnoles. Les grands couturiers comme Balenciaga, Christian Lacroix, Yves Saint-Laurent et bien d’autres se sont inspirés de ces traditions ibériques d’une impressionnante variété qui nous sont révélées lors de cette exposition.

Une scénographie entre ombre et lumière

Les salles du musée ne sont pas très grandes et plongées dans la pénombre, mais chaque costume est mis en lumière et laisse apparaître l’incroyable travail d’ornements. On retrouve une ambiance à la fois austère, colorée et mystérieuse dans ces vêtements traditionnels. Frasquita avec ses doigts de fée transforme des chiffons en pièce unique faite de broderies merveilleuses. Ici, on prend conscience des heures que nécessitent ces œuvres tantôt habit du quotidien, tantôt habit de mariage ou de fête. Toutes les régions sont présentes avec chacune leurs spécificités. Les vêtements de tous les jours sont réalisés avec des tissus bruts, lourds et naturels comme des gros draps de laines, des cuirs ou d’épais cotons. Les grandes capes de la province de Zamora (nord-ouest de l’Espagne) sont faites de laine de mouton. Les rubans, la soie, la dentelle ou le taffetas servent à broder les robes pour des occasions plus festives. Dans la région de Tolède, la mariée superpose jusqu’à cinq toilettes.

José Ortiz Echagüe, photographe d’une Espagne révolue

En parallèle, le même nombre de clichés de José Ortiz Echagüe (1886-1980) donnent vie aux costumes. Il est un des photographes espagnols les plus renommés de la première moitié du XXe siècle. S’il fut ingénieur militaire puis président d’une entreprise automobile, la photo fut sa passion. Il utilisait des techniques considérées comme archaïques avec des retouches à la gomme bichromatée et au charbon. Il estimait son travail comme d’essence documentaire, et photographiait des gens simples dans leur environnement naturel. Ses oeuvres proviennent aussi de la collection du Musée del Traje.

Pourquoi l’Espagne au cœur de la Maison de Victor Hugo?

Victor Hugo est indissociable de l’Espagne. La petite année, entre neuf et dix ans, durant laquelle il y séjourne, sera déterminante et le liera pour toujours avec le pays.

«Si j’avais grandi et vécu en Espagne, poursuit-il, je serais devenu un poète espagnol, et mes œuvres étant écrites en espagnol dans une langue peu répandue (sic), n’auraient pas eu de portée. C’est par la chute de l’Empereur, et en conséquence de celle de Joseph, que mon père de général espagnol est devenu général français et que moi de futur poète espagnol, je suis devenu poète français». (Journal d’Adèle H., 1854). Lorsqu’il loua cette maison en 1832, son escalier lui rappela le Palais Masserano où il avait vécu en Espagne. Il était donc légitime d’y évoquer ses drames espagnols Hernani et Ruys Blas par de nombreuses photographies de comédiens. Au deuxième étage, sont ajoutés dans son appartement, des gravures de Goya et Delacroix qu’il admirait.

Costumes espagnols entre ombre et lumière.

Du 21 juin au 24 septembre. Tarifs: 8€, réduit 6€. Maison de Victor Hugo. 6, place des Vosges (IVe). Tél.: 01 42 72 10 16.

Parcours de la France à vélo

La France avec ses 13 600 km de véloroutes et de voies vertes – qui fêtent leurs 20 ans cette année –, la deuxième destination mondiale du tourisme à vélo, derrière l’Allemagne. Depuis plus de vingt ans, Michel Bonduelle, ancien rédacteur en chef de Vital et de Détours en France, a parcouru l’Hexagone à pied, à VTT ou sur l’eau et connaît par cœur ces voies vertes. Voici, sur ses conseils, une sélection de cinq itinéraires à parcourir en roue libre.

Dans la Somme, hortillonnages et Grande Guerre (27 km)

C’est l’un des circuits préférés de Michel Bonduelle, parce qu’il associe à la diversité des paysages un très émouvant parcours de mémoire dans les souvenirs de la Grande Guerre et du « Pays du coquelicot ». Sur les 120 km que compte cette route, entre Péronne et Saint-Valéry-sur-Somme, nous n’en avons retenu que 27 et choisi de partir d’Amiens vers Cerisy.

Le départ se fait depuis les quartiers bas d’Amiens, en dessous de la cathédrale, près du pittoresque quartier Saint-Leu, jadis peu fréquentable. Très rapidement, on passe le parc Saint-Pierre et l’on arrive à la première curiosité de la balade : les hortillonnages, ces marais entrecoupés de petits canaux destinés à la culture. Une succession de parcelles maraîchères dont la surface totale n’avoisine plus que les 300 hectares, contre 1 500 au XVe siècle. A la hauteur du pont de Camon, on passe sur la rive sud de la Somme, pour une portion très nature : nénuphars, hérons, poules d’eau et même des lapins jusqu’à Daours.

Pour la halte du midi, on peut choisir le passage d’Aubigny. Côté visite, à Corbie, on s’arrêtera à l’abbaye Saint-Pierre (monastère bénédictin datant du VIIe siècle) puis on poussera après Fouilloy vers l’émouvant mémorial de Villiers-Bretonneux consacré aux 10 000 soldats australiens qui laissèrent leur vie ici lors du premier conflit mondial.

Le voyage se poursuivra jusqu’à Cerisy, toujours sur le chemin de halage, en passant par Vaux-sur-Somme (où fut abattu le Fokker du Baron Rouge en 1918) puis Sailly-le-Sec et Sailly-Laurette. Ce circuit est faisable en une journée.

Somme.fr

Le long de la Mayenne, des écluses et des prairies (70 km)

L’une des dernières-nées des voies cyclables hexagonales s’appelle la      « Vélo Francette ». Elle relie Ouistreham, dans le Calvados, à La Rochelle, en Charente-Maritime, un parcours d’environ 630 km, soit une quinzaine de jours de périple pour un cycliste moyen, visites comprises… L’homme sage connaissant ses limites, nous n’avons retenu qu’une portion de       70 km, en deux étapes entre Mayenne et Château-Gontier, via Laval. La nature faisant bien les choses, les étapes s’équilibrent parfaitement, avec 35 km par tronçon pour Mayenne-Laval et Laval-Château-Gontier.

Cette piste a le mérite d’être très familiale, sans difficulté et pour tout public, le long de la Mayenne, avec à peine 60 mètres de dénivelé sur son ensemble. La balade commence au cœur de Mayenne, avec dès le départ trois écluses à franchir. Elles ponctueront le parcours jusqu’à Château-Gontier. Le chemin de halage de la Mayenne n’est pas asphalté mais il n’en demeure pas moins très roulant et très sécurisé. Le paysage est magnifique, alternant falaises, bois et prairies, et une succession de plans d’eau et de châteaux, comme ceux de Montgiroux, Montflours, La Roche ou La Rongère…

Vient ensuite Laval avec son Pont-Vieux, ses châteaux et ses quais, sans oublier son Musée d’art naïf. Une halte bienvenue avant de reprendre la route. Puis, encore plus au sud de Laval, un autre arrêt s’impose à Entrammes pour visiter l’abbaye Notre-Dame-du-Port-du-Salut, là où est né le fameux fromage, avant de poursuivre la route jusqu’à Château-Gontier, terme de la balade.

Mayenne-tourisme.com ; Lavelofrancette.com.

Pour Michel Bonduelle, l’un des plus riches tronçons de véloroute a pour cadre le Tarn-et-Garonne. Cette randonnée entre Valence-d’Agen et Montauban regorge de merveilles, et ce, même avant le départ !                Un conseil : avant de se lancer sur la piste du canal, il faut absolument prendre le temps d’aller visiter Auvillar, classé parmi les « plus beaux villages de France » et réputé pour ses faïences… Un petit détour d’une douzaine de kilomètres aller-retour par la D11 que vous vous féliciterez d’avoir fait.

De retour à Valence-d’Agen, c’est parti pour une première étape jusqu’à Moissac, connue pour être la capitale du chasselas, mais surtout pour abriter une abbaye unique dans le sud-ouest de la France. Le cloître qui s’y trouve, achevé en 1100, est le plus grand cloître historié du monde, classé, comme le tympan de l’abbatiale, au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Reprendre ensuite la route, passer par le pont-canal et ne pas oublier de photographier l’ouvrage de brique avant d’arriver dans les contreforts de Castelsarrasin, la célèbre ville forte du comté toulousain. On peut toujours faire une halte au port de plaisance, bel endroit situé à 200 mètres du centre-ville, et visiter l’église Saint-Sauveur et sa tour-clocher hexagonale. La suite de la balade s’effectuera vers Montech, le long du canal. Fini les courbes, ici le chemin devient quasiment rectiligne sur une douzaine de kilomètres. Depuis Montech, il suffira d’une heure pour arriver au Pont-Vieux, le cœur fluvial de Montauban, l’autre « ville rose »…

Tourisme-tarnetgaronne.fr

Dans le Vaucluse, en suivant la lavande (37 km)

Voila un parcours plein soleil dans le Vaucluse ! Entre Robion – à quelques coups de pédale de Cavaillon – et Saint-Martin-du-Castillon. Autant prévoir tout de suite boissons et protection solaire, car il y fait chaud ! En revanche, cette route, asphaltée, est on ne peut plus sûre pour qui veut partir en famille : l’itinéraire utilise l’ancienne voie ferrée Cavaillon-Apt-Volx sur une grande partie du parcours. Donc sans voitures ni dénivelé… Ce circuit est de par sa nature très roulant, mais ne roulez pas trop vite, vous risquez de manquer quelques villages, comme celui de Coustellet, certes un peu à l’écart de la voie verte, mais incontournable pour son Musée de la lavande. Tout comme ceux des Beaumettes ou de Goult…

En revanche, à moins d’être un sportif averti, dopé ou de posséder un vélo à assistance électrique, il faudra renoncer à Oppède, Ménerbes et Lacoste qui ont eu la curieuse idée de s’accrocher à la montagne du Luberon.

Qu’importe, cette route recèle d’autres trésors plus accessibles qui, comme le pont Julien, enchanteront la balade. Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un viaduc érigé par les Romains, il y a plus de 2 300 ans. Photo obligatoire et pourquoi pas pique-nique en contrebas au bord du Calavon. S’ensuit une petite portion de route partagée avant d’arriver à Apt, où l’on peut faire une pause en grignotant quelques fruits confits, l’une des spécialités locales avec la faïence. Le reste du paysage, jusqu’à l’arrivée, est tout aussi bucolique : de Saignon, petit village perché, aux carrières d’ocre de Rustrel… Un enchantement.

Veloloisirprovence.com ; Luberoncœurdeprovence.com.

Le long de la Loire, une vie de châteaux (31 km)

« La Loire à vélo », c’est la pépite du tourisme cyclable français, un itinéraire quasi mythique de 800 km qui relie Nevers à Saint-Brévin-Les-Pins, en Loire-Atlantique. Mais rassurez-vous, on ne vous propose ici que l’une des portions de ce parcours, en Indre-et-Loire, entre Tours et Langeais, soit une trentaine de kilomètres.

Entre Tours et Villandry, ce n’est pas la Loire que l’on longe mais le Cher… Qu’importe ! Les deux fleuves se ressemblent tellement, dans leurs allures, que le parcours vous procurera le même plaisir de bout en bout. Une fois sorti de Tours, dans une configuration urbaine, on rejoint les bords du Cher. Le choix des pauses ne manque pas : on peut s’arrêter au lieu-dit le Grand Moulin, ou mieux, à Savonnières, peu avant Villandry, où sont amarrées des gabares, des toues ou plus simplement des fûtreaux avec leur voile carrée. A 3 km de là, Villandry apparaît sur la gauche : l’occasion de visiter un véritable château Renaissance avec ses beaux jardins à la française.

De Villandry à Langeais, la route est tout aussi spectaculaire sur une levée (digue de Loire) construite par Colbert pour éviter les crues du fleuve… Vient ensuite le très beau château de Langeais, construit sur ordre de Louis XI juste après le pont suspendu, pour protéger cette partie de la Loire des incursions du duc de Bretagne. La récompense est toujours au bout du chemin.

Loireavelo.fr

A lire

Le Bonheur en roue libre, de Michel Bonduelle (Editions Ouest-France, 208 pages, 25 euros).

Photos Michel Bonduelle éd. Ouest-France.

Le mystère du chat angkorien

Chat céramique provenant d’Angkor, datant du 12è ou 13è s. L. Cort.

Dans un après-midi ensoleillé, un informaticien d’âge moyen qui attendait dans la file d’attente pour acheter des billets au Palais Royal, était fasciné par les chats maigres jouant à ses pieds. Certains d’entre eux avaient des queues courtes, tandis que d’autres n’en avaient pas du tout.

Ayant grandi dans la Moldavie des années soixante-dix, il avait déjà vu des animaux sans queue et ne connaissait qu’une seule explication: dès son enfance, il a appris que les propriétaires ont coupé les queues des chiens de garde pour les rendre plus en colère. Alors, lorsqu’il a visité Phnom Penh, il s’est demandé si les Cambodgiens les avaient coupés  aussi ?

Ce n’était pas la première fois que le guide touristique du Royal Palace, Teoun Lyneath, avait entendu la question. Alors que le chat domestique est l’un des animaux les plus courants au monde, les experts sont divisés sur l’élevage du chat cambodgien à queue écourtée et de son origine.

On pense que l’histoire des chats au Cambodge remonte à plusieurs siècles.

Certains historiens disent que les chats vivaient dans l’ancienne Angkor, qui régna sur le Cambodge actuel et des parties de la Thaïlande et du Laos du 9ème au 15ème siècle.

Les temples et les sculptures angkoriens représentent de nombreux animaux : les éléphants, les crocodiles, les lions, les poissons, les chevaux, les singes, les tortues, les vaches et même les chiens, mais pas les chats domestiques ?.

Néanmoins, le mot «chat» est mentionné à plusieurs reprises dans les inscriptions sur les portes en pierre des temples datant du 611 après J.-C., selon Im Sokrithy, un archéologue cambodgien et le porte-parole de l’Autorité pour la protection et la gestion d’Angkor (APSARA). Ces inscriptions se réfèrent à des serviteurs, qui ont travaillé dans les temples, surnommés «chat», a-t-il dit.

“Les gens communs [à ce moment-là], ont été nommés d’après les animaux, les arbres, les montagnes ou beaucoup de choses liées à la nature. Il y avait aussi des serviteurs nommés «chien», ajoute-t-il.

Un autre indice est une céramique angkorienne en forme de chat, probablement entre le 12ème et le 13ème siècle, selon Louise Cort, commissaire aux céramiques des musées Smithsonian d’art asiatique à Washington DC. La sculpture, un vase glacé brun représente un gros chat maintenu debout avec un col, une cloche et une longue queue.  » Une autre publication décrit des récipients semblables à des représentations de chiens, mais la queue se ressemble”, écrit Cort dans un courriel.

Plus tard, aux XVIIIe et XIXe siècles, les chats ont commencé à apparaître dans la littérature cambodgienne, en particulier dans les poèmes, où ils étaient associés à la féminité. En même temps, nous pouvons trouver des descriptions de rituels impliquant des chats. Par exemple, à la fin de la saison sèche, il était habituel de tenir une procession dans tout le village avec un chat pour demander la pluie. La personne qui portait le chat s’arrêtait devant chaque maison, et le propriétaire pulvérisait de l’eau sur le chat, a déclaré Sokrithy.

“De nos jours, cette coutume existe toujours dans toute la région d’Angkor”, a-t-il dit, en se référant aux villages situés près du parc archéologique d’Angkor, dans la province de Siem Reap.”C’est pourquoi l’UNESCO a énuméré Angkor comme patrimoine vivant”, a-t-il déclaré.

Les chats jouent également un rôle dans les traditions cambodgiennes.    « Pour porter chance aux habitants d’une nouvelle maison, la propriétaire doit marcher autour de l’habitation trois fois avec une chatte dans ses  bras », a déclaré Sokrithy.

Enfin, les chats – en particulier les femelles à fourrure à trois couleurs – ont une signification particulière pour le Palais Royal. De tels chats sont utilisés dans les cérémonies de couronnement des rois, et sont censés apporter la prospérité à l’ensemble de la nation cambodgienne.

Au couronnement du roi Norodom Sihamoni en 2004, un chat a été porté sur le tapis rouge des marches du Palais royal par l’entourage du roi. Ont été également apporté des statues, des rouleaux et des cornes d’animaux.

Malheureusement, il n’y a pas de mention – ni dans les inscriptions en pierre ni dans la littérature et les traditions cambodgiennes – des chats sans queue.

Les chats sans queue sont également communs à Singapour, en Thaïlande, en Indonésie et en Malaisie. Les théories sur leurs origines varient en particulier, lorsque les garçons attachent les queues des chats aux bandes de caoutchouc.

Mais Arnaud Demarti, un vétérinaire français qui gère Agrovet, l’une des plus grandes cliniques vétérinaires de Phnom Penh, estime que la queue courte ou tortueuse des félins domestiques cambodgiens peut être attribuée à un gène récessif.

“Deux chats avec une queue cassée ne peuvent avoir qu’un chaton avec une queue cassée. Mais un chat mâle avec une queue normale peut encore avoir des chatons à queue mal formée “, at-il expliqué. Il a estimé que 80 pour cent des chats nés dans la ville ont “un problème de queue ».” Il est rare de trouver un chat avec une queue normale”, a-t-il déclaré.

Demarti croit que les chats cambodgiens sont une race de chats, mais sans nom. Il a également déclaré que les chats à queue écourtée en Thaïlande portent probablement le même gène que les chats du Cambodge.

Mais Marianne Clark, le secrétaire de la Japanese Bobtail Breeders Society aux États-Unis, a déclaré que les chats à queue courte en Asie du Sud-Est étaient probablement des bobtails japonais, c’est-à-dire des queues écourtées..

Les bobtails japonais (qui ont été introduits aux États-Unis viennent du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale) ont été amenés du Japon en provenance de Chine par des moines bouddhistes, il y a environ 1300 ans. Les moines ont gardé les chats pour protéger leurs rouleaux de prières des rongeurs, car les rouleaux étaient écrits sur du papier de riz.

“Cela peut expliquer pourquoi il y a des bobtails dans toute l’Asie. Les moines ont apporté des chats bobtail avec eux “, a écrit Clark dans un courriel. Il ne fait aucun doute que les voyageurs chinois ont visité l’Asie du Sud-Est, y compris le Cambodge, à l’époque d’Angkor.

Mais Leslie Lyons, un généticien à l’Université du Missouri aux États-Unis spécialisée dans les félins, a déclaré que nous ne pouvons pas être sûrs  de l’origine des chats cambodgiens.

“Nous n’avons aucun moyen de savoir à moins que quelqu’un n’ait obtenu d’ADN et les a testés pour la mutation manx [chats de l’île de Man], en tant que géniteur”, a-t-elle écrit dans un courrier électronique.”Ils pourraient être manx, bobtail japonais, ou une nouvelle variante à l’un ou l’autre des gènes, ou bien un tout nouveau gène”.

Lyons a déclaré qu’un simple test d’ADN pourrait identifier si un chat était un manx alors que les chats bobtail pourraient être identifiés en comptant leurs vertèbres dans une radiographie.

Cependant, il semble que personne n’a analysé l’ADN ou les rayons X de tous les chats à queue écourtée du Cambodge ou de l’un des pays voisins de l’Asie du Sud-Est. Malgré le manque de recherches sur le gène qui affecte leur queue, la vie semble s’améliorer pour les félins cambodgiens.

Selon le vétérinaire Demarti, maintenant les Cambodgiens sont plus nombreux à garder les chats comme animaux de compagnie – et les amènent au vétérinaire pour les examens.”Il y a dix ans, lorsque je suis arrivé au Cambodge, les Cambodgiens ne gardaient pas tous les chats. Beaucoup de chats vagabondaient dans les rues et dans les pagodes “, at-il dit.

“Quatre-vingt-quinze pour cent des visites à ma clinique étaient pour les chiens. Maintenant, 30% des consultations concernent les chats. Il y a plus de Cambodgiens qui s’occupent des chats comme leurs propres membres de la famille. Et ils prospèrent au Palais Royal. Loin d’avoir sa queue coupée, comme l’a suggéré un informaticien de la Moldavie, ils sont pris en charge par le personnel et nourris avec du riz et des têtes de poisson restants.

Il y a même une espèce de lignée royale, le guide touristique Lyneath nous l’explique : « Il y a environ 15 ans, quelqu’un a abandonné deux chats à queue écourtée : un mâle et une femelle. Le personnel du palais a commencé à les nourrir, et ils se sont accouplés, et ont eu des chatons à queue écourtée.

Aujourd’hui, Ils vivent si nombreux dans les jardins du Palais Royal que Lyneath ne peut plus les compter.”Les chats peuvent vous porter bonheur”, ajoute-t-elle.

Je suis intriquée par cette histoire de chat d’origine angkorienne, je décide de mener mon enquête. En m’appuyant sur ce récit, j’oriente ma recherche vers les temples d’Angkor. Mon regard tombe sur un bas-relief d’Angkor, « un chat avec une longue queue en train de chasser une   souris ? ». Le mystère du chat d’Angkor est peut-être sous nos yeux…

Bas relief Baphuôn, chat chassant une souris ?

D’après un article publié en anglais, dans le Phnom Penh Post (Archives). Traduction J. Baby.

 

 

Les forêts de Labomera, îles Canaries

 

Bien qu’il pleuve rarement dans les forêts des îles Canaries, l’eau est présente par condensation qui coule sans interruption, formant des ruisseaux et des cascades.

La Laurisilve  est une forêt avec une végétation subtropicale humide, les champignons et les mousses sont abondantes. La plus impressionnantes de ces forêts est celle de Labomera, dans le Parc national  de Garajonay à la Gomera.

Ces forêts sont des fossiles vivants, elles datent de l’ère tertiaire, plus de deux millions et demie avant notre ère, elles couvraient la majeure partie du Bassin méditerranéen. Elles ont presque toutes disparues lors de la dernière glaciation.

Pourtant, aux Canaries comme à Madère, au Cap-Vert ou aux Açores, ces forêts perdurent. Elles sont tributaires des alizés qui leurs apportent l’humidité de l’Atlantique.

Des créatures fabuleuses vivent dans cette forêt dense, le pigeon de Bolle, du nom de l’ornithologue allemand. Il est descendant du pigeon ramier venu d’Europe, il y a très longtemps. Ce pigeon a évolué sur l’Archipel, en une espèce unique.

Les forêts humides sont parmi les plus riches en biodiversité que compte la planète. Toutes les plantes sont endémiques et ne pourraient vivre nulle part ailleurs. Elles sont parmi les espèces les plus rares et les plus menacées au monde.

La campanule canarina canariens est une plante issue des forêts tertiaires. Sa corolle est une véritable fontaine à nectar. Le pouillot des Canaries est prêt à toutes les acrobaties pour se nourrir de son nectar. Il doit plonger le bec tout au fond de la corolle, il se frotte aux étamines et emporte quelques graines de pollen jusqu’à la prochaine campanule.

Vidéo extraite du film de Michael Schlamberger (Autriche), archives 2016, Arte.

Une villa romaine dans votre jardin

Il est des endroits en France pour découvrir des trésors d’architecture insoupçonnés dans nos jardins. C’est l’histoire banale d’un propriétaire qui veut faire construire une maison dans son jardin.

Fouilles d’une luxueuse villa romaine

Nous sommes au pays d’Auch Antique, un lieu où s’élevait jadis une ville romaine « Augusta Auscorum1 ». Avant toute construction dans cette région, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sonde le terrain, et met à jour lors des premières pelletées, une partie d’une vaste demeure aristocratique à Auch.

« Sous à peine cinquante centimètres de terre, les archéologues dégagent des mosaïques polychromes, des motifs floraux et géométriques qui se mélangent harmonieusement ». 

Nous sommes en présence d’une luxueuse demeure romaine. Les fouilles ont permis de retrouver une pièce à effigie de l’Empereur Constantin-I (l’an 272-337) datant la domus2 à l’an 330. Nous reviendrons sur cette période de l’Histoire de la France3 pour mieux comprendre le contexte historique de cette découverte.

Des thermes privées ont été mis à nu ainsi qu’un système de chauffage par le sol, une technique déjà très bien maîtrisée par les Romains. La fouille va se révéler encore plus fructueuse, puisque cette villa fait apparaître trois niveaux successifs montrant des strates qui font ressurgir des vestiges plus anciens encore.

Jusqu’à ces derniers jours, seul un objet a été découvert, il s’agit d’un tout petit ouvrage sculpté représentant un lion en ronde bosse4 . Les chercheurs devront par des analyses, déterminer la matière utilisée de cette statuette dans les prochains jours.

C’est émouvant de contempler cet objet après seize siècles. Son propriétaire l’a certainement admiré comme nous aujourd’hui. Cet objet revient vers nous, pour nous raconter la longue histoire de cet endroit de France, au pays d’Auch du IVè siècle de notre ère, alors chef lieu de la province de Novempopulanie5 ville puissante et prospère.

Prémices d’une France

L’Histoire de la France, nous apprend que des peuples d’origine complexe ont édifié des cités romaines durant cette période.

La civilisation Gallo-romaine s’est construite tout d’abord par la force, contre les peuples de la Gaule. Des invasions successives des romains et d’autres peuples voisins ont profité de la division des peuples de la Gaule pour l’envahir et aboutir à la victoire de César (Ier siècle avant  notre ère).

Son successeur Auguste, va marquer son règne par la construction de cités et de grandes routes, un essor économique et culturel important s’en suivra. Les campagnes vont s’ouvrir, ce qui explique le titre « Augusta » donné au chef-lieu de Auch, et de l’ornementation des villas gallo-romaines dans cette province.

Au Ier siècle de notre ère, l’empereur Claude entreprend de parachever l’oeuvre de son grand oncle Auguste. Il mènera une politique de protectorat plutôt que de domination et construit un véritable réseau routier et consolide les frontières en aménageant de véritables forteresses. La romanisation se fera en trois temps : l’aménagement des cités, des routes et de l’armée, aboutissent à un siècle de prospérité dans la Gaule romaine.

L’édification des cités et des villas

L‘exploitation des carrières de marbres découvertes par les romains sont réservés  à l’ornementation des cités et des villas gallo-romaines. La villa regroupe autour d’une cour centrale, les appartements du propriétaire et de l’intendant, des thermes, comme cette villa l’atteste à Auch dans le Gers.

Une aristocratie gallo-romaine 

Avec la domination romaine, les citoyens romains étaient propriétaires de plein droit, les colons romains s’accaparaient les meilleures terres. L’aristocratie provinciale était le plus souvent des notables ruraux de très riches citadins. Il se crée une civilisation urbaine, une bourgeoisie d’artisans et de commerçants enrichis, l’élite dirigeante. Il n’est guère de régions qui n’est pas de villas comme le démontre les fouilles archéologiques dans bon nombre de régions de France.

L’activité multiforme de ces domaines ou villas, va de l’installation vinicole, les champs, les prairies, les bois, et ateliers. Le propriétaire pouvait mener une existence de citadin dans sa villa, aux murs revêtus de marbres polychromes, meublée avec goût et dotée d’un chauffage central par le sol, l’eau courante pour les besoins des thermes et de l’intendance. Une vie de châtelain dans un raffinement inégalé dans les périodes féodales qui suivront.

Les paysans libres ou esclaves vivaient à la périphérie de la villa, pour eux, la grande révolution pour les paysans de l’époque, était de passer de la maison en terre à la maison en dure. Toute habitation possédait des thermes, cela supposait qu’un aqueduc acheminait l’eau dans cette région, un des apports les plus utiles à la Gaule.

Au IIIè siècle, des invasions des Francs et autres peuples germaniques vont mettre à mal la Gaule romaine en multipliant les invasions. L’empereur Dioclétien va réformer l’Etat, se dotant d’un système politique basé sur la décentralisation des commandements et sur la hiérarchisation des pouvoirs, une nouvelle carte administrative est créée.

Constantin-I parachèvera le système politique par la réforme de l’armée, la réforme fiscale et monétaire. En l’an 410, le régime totalitaire de Rome sous l’empereur Honorius, succomba lui-même aux invasions menées par les Barbares, la Gaule fut incapable de résister seule.

La conquête franque

Cette abandon de la Gaule par Rome, va attirer les convoitises des peuples voisins et notamment des francs. Ce fut d’abord sous forme d’une petite migration puis leur chef Clovis entreprend la conquête de la Gaule romaine en l’an V. Il se convertit au catholicisme  pour se faire accepter par la classe dirigeante qui régnait alors sur la Gaule romaine. Ainsi la Gaule devint progressivement la France.

Recherches par l’auteur du site Villa Ô Cinq Epices.

Photos du site Le Monde.

  1. Ville romaine, sur la rive droite du Gers, cité gasconne, de la ville basse.
  2. En latin, signifie maison familiale.
  3. Ouvrage collégial de l’Histoire de la France, dirigé par Georges Duby, Institut, éd. Larousse,  1987.
  4. Sculpture taillé en relief
  5. La capitale de cette province était Eauze, où résidaient neuf peuples de l’ancienne Aquitaine au 3è siècle de notre ère.

Le tour de France à vélo

Envie d’un périple à bicyclette ? Découvrez Vélodyssée ou Vélo Francette, deux pistes cyclables idéales pour parcourir l’Hexagone en pédalant.

La véloroute la plus longue de France se déroule sur 1 200 km de Roscoff, en Bretagne, à Hendaye, au Pays basque. Compter un bon mois pour effectuer tout le parcours, au rythme de 40 km/jour – ou se contenter de picorer quelques étapes…

Longeant la côte sur les deux tiers du tracé, la Vélodyssée est un concentré de paysages maritimes : le passage du Gois, qui relie l’île de Noirmoutier au continent à marée basse, les ports ostréicoles du bassin d’Arcachon et les plages chahutées des Landes.

les 25 km reliant les Sables-d’Olonne à La Rochelle. La Vélodyssée serpente entre les marais salants de l’estuaire du Payré. Avec baignade sur la plage du Veillon, une langue de sable blond exposée plein sud, au pied d’une longue dune cernée de pinèdes.

Les gastronomes s’attablent à La Marine, à Noirmoutier, pour déguster le homard à la braise de pin du chef étoilé Alexandre Couillon. Pour une ambiance plus guinguette, opter pour des huîtres sur la terrasse ensoleillée de La Cabane, au cœur des marais de Brem-sur-Mer.

La Vélo Francette, de Ouistreham à la Rochelle

Deux fois plus courte que la Vélodyssée, elle est la dernière-née des pistes françaises. Un cycliste de niveau moyen rallie Ouistreham à La Rochelle (630 km) en quinze jours, pauses découvertes incluses. Les débutants préféreront les étapes de Mayenne ou des Deux-Sèvres, moins sportives.

Dessinée à l’intérieur des terres, La Vélo Francette dévoile en travelling la « douce France » des campagnes, avec ses petits villages fleuris, ses vergers et ses chemins de traverse. Et sillonne pas moins de trois parcs naturels régionaux : Normandie-Maine, Loire-Anjou-Touraine et Marais poitevin.

Après la visite de Laval et de son donjon, direction le sud, par la vallée de la Mayenne. Le long du chemin de halage, les cyclistes pédalent sur 35 km à l’ombre des frênes, en regardant défiler les maisons éclusières, les moulins à eau, la vieille abbaye Notre-Dame du Port du Salut. Terminus à Château-Gontier et pause au spa du Parc Hôtel.

Carnet de route

Infos et circuits

En solo, préparer son voyage sur la velodyssee.com et lavelofrancette.com, qui proposent cartes, parcours, loueurs, hébergements et séjours clé en main.

Plusieurs voyagistes spécialisés comme le Vélo Voyageur, la Bicyclette Verte, Rando Vélo, Safran Tours et Terres d’Aventure – proposent des randos à vélo (en individuel) de 3 à 8 jours, incluant location de vélos, hébergement en B & B ou hôtels 3*, repas, transport des bagages.

Guides. La Vélodyssée, le Guide du Routard, Hachette.

La Vélo Francette, de la Normandie à l’Atlantique, Ouest France.

Où dormir

Sur la Vélodyssée

A Noirmoutier (Vendée), camping Huttopia, pour ses tentes en toile et en bois, et sa situation en bord de plage.

À Rochefort (Charente-Maritime), La Villa des Demoiselles, un hôtel particulier du XIXe siècle abritant 3 chambres et une suite inspirées du film de Jacques Demy.

A Château-Gontier (Mayenne), le Parc Hôtel & Spa : 21 chambres et 2 suites, spa et piscine chauffée l’été, dans une résidence de maître.

A Châtillon-sur-Thouet (Deux-Sèvres), la Villa Ayrault, maison et table d’hôtes des fifties. Une plongée dans Mon oncle de Jacques Tati. 4 chambres et piscine côté jardin.

Archives du M le magazine du Monde, mai 2017.

Autre itinéraire à vélo, celle qui relie la capitale au plus célèbre rocher de France : 450 kilomètres entre paysages et monuments emblématiques de notre pays.

Des clochers de Notre-Dame de Paris à la flèche de l’église abbatiale de Saint Michel, la Véloscénie relie certains des lieux les plus remarquables du patrimoine hexagonal. Cette véloroute, un itinéraire entièrement balisé, emprunte au pire des routes à faible trafic, au mieux des «voies vertes»: des routes aménagées spécialement pour les cyclistes.

Pour ceux qui apprécient de voyager en prenant leur temps, c’est donc la bonne option pour découvrir cette partie de la France qui est, d’une certaine façon, victime de son succès : certes on y trouve pléthore de monuments exceptionnels mais aussi des banlieues interminables, des zones commerciales, des périphériques et des rocades, des échangeurs d’autoroutes: pas vraiment le paradis pour les cyclistes…

Dès le départ de Paris, au point zéro des routes de France, sur le parvis de Notre-Dame, la Véloscénie prend le contre-pied de cet univers de béton et de bitume. Conduisant les cyclistes vers le quartier Montparnasse, elle les embarque sur la coulée verte, une voie sans voiture qui conduit à Sceaux et Massy, d’où il est possible de bifurquer vers Versailles.

Après l’incontournable tour du Grand Canal à vélo, direction la vallée de Chevreuse et la forêt de Rambouillet: la porte d’entrée vers la vallée royale de l’Eure: entre Epernon et Chartres, l’itinéraire ne manque pas le ravissant château de Maintenon.

Puis, c’est la traversée de la Normandie: le Perche, le pays d’Alençon, le bocage Normand: en trois étapes de 66 à 77 km, les cyclistes atteignent leur objectif: la baie du Mont-Saint Michel.

Entre juin et octobre 2017, les étapes de la véloscénie accueillent une riche programmation culturelle: festivals de théâtre ou de photo, opéras en plein air ou pique-niques à l’ancienne.

Le LIN fait sa révolution !

Le lin fait partie du savoir-faire français en matière de textile et a effectué une véritable révolution ces dernières années, grâce à des designers qui ont su le remettre au goût du jour.

La révolution du textile du lin est le nom de jeunes designers français qui nous parlent des différentes étapes de la confection de ses vêtements fabriqués en lin, et que nous pouvons découvrir ici.

« Notre fournisseur de fil, Safilin, nous a transmis les coordonnées de la coopérative qui lui fournit une grande partie des fibres de lin qui seront transformées en fil. Il s’agit de Terre de Lin, une coopérative normande qui regroupe 650 agriculteurs adhérents en Normandie, terroir de prédilection pour le lin. J’ai eu l’occasion de visiter son site de production et de rencontrer plusieurs des agriculteurs qui cultivent le lin qui sera ensuite transformé dans leur usine de teillage. »

La coopérative Terre de Lin existe depuis les années 50. Elle représente aujourd’hui 650 adhérents (qui cultivent le lin sur une  superficie totale de 12000 ha) et 240 salariés.

La coopérative est présente sur l’ensemble des activités de la production de lin textile, de la création variétale, la production de semences à la production de fibres de lin.

Pour favoriser une bonne qualité de fibre, le lin ne sera idéalement cultivé sur une même parcelle que tous les 7 ans.

Champ de lin, au pays de Caux, France

On ne le sait pas assez mais la France est le premier producteur de fibres de lin (2ème en surface cultivée) au monde ! La zone de culture est plutôt étroite car elle s’étend de la Normandie au Nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Il existe d’autres pays cultivateurs de lin (Europe de l’Est, Chine) mais la qualité est loin d’être aussi belle et le rendement reste assez faible. Le lin requiert un climat et un terroir très particuliers, comme le vin.

Pour aller plus loin :

Confédération Européenne du Lin et du chanvre,

Recherche des ressources sur le lin, FR3 et sites sur le lin en France.

Morimoto, le maître de la soie, Cambodge

Morimoto, Siem Reap Cambodge

Un homme d’étoffe

« Notre objectif sera atteint si nous pouvons perpétuer les traditions et l’expérience de ceux qui ont vu « le clair de lune sur le Bayon ».

Au cœur de la forêt cambodgienne, Morimoto Kikuo remet sa retraite à plus tard. L’expert japonais en textiles internationaux est également le rajeunisseur du tissage de soie traditionnel basé dans un village khmer et qui épouse la sagesse de la forêt comme réponse au renouveau de la soie.

“Mais Morimoto”, “Apparemment, l’industrie de la soie du Cambodge est en train de mourir », lui dis-je.

– « Qui dit cela ? » répond-il ?

– « Eh bien, un magazine  “Economics Today”, Dans son numéro du 1er au 15 mars, le magazine cite un leader de l’industrie qui prétend que “l’industrie va s’effondrer”.

Je commence à expliquer l’article, mais je me rends compte que Morimoto est souriant. J’opte pour le silence, car il sort lentement une cigarette d’un paquet rouge, l’allume et expose sa philosophie.

Loin d’être en voie d’extinction, Morimoto affirme que la création de la soie khmère jaune ou “dorée” de haute qualité, autrefois considérée comme la suprême soie de l’Asie du Sud-Est, est en train de renaître.

Le magazine  “Economics Today” soutient que l’industrie de la soie du Cambodge ne peut pas maintenir la production pour répondre à la demande, mais Morimoto rétorque :

– Alors, quoi ?

En effet, Morimoto ne peut pas répondre à la demande, mais ne voit pas cela comme une mauvaise chose. Il croit que la production artistique de la soie est une affaire de qualité, et non de quantité :

– « l’avenir de la soie khmère repose sur un marché de niche d’excellence, la soie de haute qualité se vend à un prix supérieur. La demande insatiable en soie, assure le renouveau ».

Morimoto ne s’intéresse pas à la production de masse qui inondent par leur bas prix les nombreux marchés faits pour les touristes. La production de masse est un anathème pour lui, car assurément, Morimoto, âgé de 62 ans2, est un homme radical. Le cool t-shirt gris Haynes, le jean noir et la ceinture lisse qu’il porte aujourd’hui donnent un soupçon de l’hipster1 japonais qu’il était dans son jeune âge quand il protestait contre la guerre du Vietnam.

Au milieu des années 1960, son ambition était d’être peintre et, comme il l’écrit dans son livre Bayon Moon: «J’ai vécu mes jours absorbés par les vagues de la pop, du dada et du surréalisme. Gardant l’esprit de ces poètes et ces peintres, j’ai parcouru les rues de Yokohama et de Tokyo “.

Sa pulsion de devenir peintre survient du fait de l’industrialisation occidentale qui a balayé le Japon d’après-guerre. Il écrit: «En 1964, un tapis roulant a été introduit dans l’usine où je travaillais, et le mode de travail pastoral est soudainement devenu un problème face aux exigences de vitesse et d’efficacité».

Maintenant, Morimoto soutient qu’une forme pastorale moderne de travail est la clé de la renaissance de la soie khmère de haute qualité. Il se dirige vers le mouvement de la nature et, en avançant dans le passé, croit qu’il crée une route de la soie vers un nouvel avenir.

Morimoto à l’origine s’est découvert une carrière dans la technique japonaise de la peinture et la teinture du kimono connu sous le nom de yuzen. En 1995, l’UNESCO le chargea de consulter sur le renouveau du tissage de soie traditionnel cambodgien.

En 1996, il fonde l’Institut pour les Textiles de la Tradition Khmer, ou IKTT, à Phnom Penh. Incidemment, IKTT est un jeu de mots sur le terme pour les tissages de soie pré-teints appelés ikat.

En 2000, il a déplacé l’organisation à Siem Reap et, en 2002, a acheté cinq hectares de terres dénudées à 10 kilomètres au nord de Bayon, dans le district d’Angkor Thom, à environ une heure de route de Siem Reap. Ici, il a créé le projet « la sagesse de la forêt », qui abrite maintenant 23 hectares de terre, principalement reboisée appelée Chot Sam, où vivent Morimoto et ses 150 travailleurs de la soie ainsi que leurs familles.

À Chot Sam, je demande:

-“Alors Morimoto, quelle est la sagesse de la forêt ?”

Il fulmine. Nous nous entretenons. La forêt, explique Morimoto, est le dépôt de presque tout ce qui est nécessaire pour réaliser l’autosuffisance villageoise pastorale.

Dans le passé, chaque village avait une forêt vivante et de soutien. La forêt contient tout ce qui est nécessaire pour le tissage traditionnel de la soie : les mûriers pour nourrir les vers à soie ; Le bois pour fabriquer les métiers à tisser qui fabriquent la soie ; Les écorces, les plantes et les insectes pour fournir les colorants pour teindre le tissu ; Et la nourriture et l’eau pour soutenir les travailleurs.

Alors que parfois Morimoto ressemble à un “western hippy communard” (sa philosophie est :”mono wo tsukuru kokoro” en japonais, (l’amour du travail bien fait), il est également imprégné d’un pragmatisme qui l’empêche de perdre le fil. Plutôt que de recréer un village de soie du passé, il construit “un nouveau modèle de village qui utilise la sagesse traditionnelle”.

Comme il l’écrit dans son livre : “Notre but sera atteint si nous pouvons recevoir et perpétuer les traditions et l’expérience de ceux qui ont vu le clair de lune sur le Bayon au cours de plusieurs centaines d’années, et si nous pouvons passer le flambeau à la prochaine génération. C’est le début de la nouvelle phase du projet”.

1- Homme libéré, anti-conformiste.

2- Interview avec Morimoto, de Peter Olszewski, le 19 mars 2010. Traduction de l’anglais par Joëlle Baby.

Je viens d’apprendre la triste nouvelle, Morimoto est décédé au Japon, il y a quelques jours, à l’âge de 70 ans. Le maître de la soie nous a quitté, mais Morimoto restera dans nos pensées comme “le fil qui unit toute belle initiative”.

Fleur de Champeï en khmer, Siem Reap, Cambodge
Le bureau de travail de Morimoto, sa photo et les condoléances du Roi du Cambodge.
De gauche à droite : Midori, japonaise travaillant chez IKTT et deux tisserandes cambodgiennes.

Photos : Villa Ô Cinq Epices

Textile IKAT, IKTT

Christian Dior, ses plus belles créations au musée des arts décoratifs

1. A l’occasion de son 70ème anniversaire, Dior expose ses plus belles créations au Musée des Arts Décoratifs. L’exposition “Christian Dior, couturier de rêve”, qui débute ce mercredi 5 juillet et dure jusqu’au 7 janvier, retrace l’histoire de l’une des plus prestigieuses maisons de haute couture française. Conçue par la scénographe Nathalie Crinière, l’exposition réunit 300 robes, 80 accessoires (dont des bijoux, chapeaux et chaussures), mais aussi des photographies de mode et peintures. L’Obs a pu voir en avant-première cette exposition qui entremêle mode et art.

2.”Mes robes font de chaque femme une princesse” disait Christian Dior. Pas étonnant que, dès l’ouverture de la Maison, les plus grandes stars comme Marilyn Monroe, Elisabeth Taylor ou encore Marlène Dietrich élisent Dior comme le couturier du rêve hollywoodien. Plus récemment, Marion Cotillard, Nathalie Portman, Jennifer Lawrence ou encore Isabelle Adjani sont apparues en Dior sur les plus prestigieux tapis rouges.

3. Pour sa première montée des marches au 70ème Festival de Cannes, la chanteuse Rihanna portait cet ensemble manteau et robe en taffetas signé Maria Grazia Chiuri. Une tenue ultra élégante qui a permis à la pop star de faire sensation sur le red carpet cannois.

4. “Après la femme, les fleurs sont les créations les plus divines” disait Christian Dior. C’est donc tout naturellement que l’on retrouve l’imprimé fleuri dans un grand nombre de collections du créateur. Marc Bohan, Gianfranco Ferré ou John Galliano fleuriront eux aussi leurs collections de broderies végétales. Pour sa première collection, Raf Simons a même fait défiler ses mannequins entre des murs tapissés de fleurs fraiches.

5. Les bals de l’après-guerre offrent à Dior l’occasion de créer de somptueuses robes. Robes longues en tulle, broderies, diamants, dentelle, soie… le créateur imagine des tenues qui donne aux mannequins des allures de vraies princesses.

6. John Galliano imagine à son tour, pour sa collection haute couture printemps-été 1997, sa vision du bal, en créant une robe en panne de velours et tulle, incrustée de broderies fleuries.

7. L’exposition Christian Dior montre aussi la façon dont la peinture, qu’elle soit antique ou moderne, a influencé les pièces conçues par le créateur mais aussi par tous ceux qui lui ont succédé. Pour sa collection automne-hiver en 1984, le créateur Marc Bohan s’est inspiré des “dripping paintings” de l’artiste Jaskson Pollock pour sa robe de cocktail rose et noir.

8.”Une robe telle que je la conçois est une architecture éphémère destinée à exalter les proportions du corps féminin” disait Christian Dior. Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliani, Raf Simons et Maria Grazia Chiuri ont eux aussi travaillé en véritable architectes du vêtement tout en traduisant l’allure Dior à leur façon, exprimant la modernité et l’attitude de leur époque.

9. En 1947, pour sa première collection haute couture, Christian Dior dévoile une vision révolutionnaire qui va radicalement redéfinir l’allure des femmes de l’après-guerre : le New Look. Lors de la présentation de sa première collection pour Dior, la créatrice Maria Grazia Chiuri s’est inspirée de Christian Dior, en faisant défiler une mannequin avec un t-shirt au slogan “We should all be feminists”, immédiatement devenu culte.

10. La mythique robe sirène blanche faite de crêpe et de bretelles drapées, incrustée de mains sur les hanches. Présentée lors de la collection automne-hiver 2007-2008, cette création a fait de la collection l’une des plus marquantes du créateur John Galliano pour Dior.

11. Le 12 février 1947, Christian Dior organise son premier défilé et enflamme le monde de la mode. C’est la naissance du nouvelle femme, mise en valeur par une ligne révolutionnaire, la ligne Corolle (taille cintrée et jupes tombant en dessous du genou). A partir de ce moment, le tailleur Bar va devenir une légende de la mode.

12. L’art et la culture des quatre continents ont toujours été une source d’inspiration pour Christian Dior et ses successeurs. John Galliano et Raf Simons s’intéressent à l’art africain et aux parures traditionnelles. Marc Bohan réinterprète les effigies des divinités Egyptienne. Christian Dior rend hommage à la calligraphie et au costume chinois. Les créations Dior sont un continuel voyage.

13. John Galliano s’est inspiré de l’Espagne, pour sa collection haute couture automne-hiver 1998. Voici la robe “Isabella de Cordoba” qui réinvente l’ensemble de torero, faite de froufrous, de laine et de soie, brodée de cristaux Swarovski.

14. Première femme nommé à la direction artistique de la Maison, en 2016, Maria Grazia Chiuri souhaite que “la nouvelle femme Dior soit désirable, fragile mais sûre d’elle, avec une vraie force intérieure”. La créatrice donne ainsi une expression moderne à la princesse chère à Christian Dior.

15. Pour sa première collection de haute couture, qui a lieu dans un jardin enchanté, la créatrice présente des robes aériennes incrustées de délicates broderies, tout droit venues d’un véritable conte de fées moderne.

16. Admiratif du XVIIIème siècle, Christian Dior est souvent revenu sur cette époque qui lui rappelait son enfance. Et les références à ce siècle d’or sont nombreuses dans les robes créées par Dior et ses successeurs. Que ce soit le style des robes de cours portées à Versailles ou les robes élégantes portées par Marie-Antoinette au Petit Trianon, elles ont su inspiré les créateurs, qui en ont fait des versions plus contemporaines.

17. Les ateliers sont depuis toujours la pierre angulaire de la maison Christian Dior. Selon le créateur “le vrai luxe exige le vrai matériau et le vrai travail artisanal. »

18. A partir des croquis, les ébauches de robes sont réalisées par les ateliers. Les ouvrières, sous la direction des “premières” et des “secondes” y confectionnent les robes, consacrant parfois plus de mille heures de travail pour les modèles les plus complexes.

Données de Juliette Thévenot pour l’Obs

Montage J. Baby